Premier tour de l'élection présidentielle :

Ces dix maires qui ont vu leur commune tomber dans l'escarcelle Le Pen


Publié / Actualisé
Ce dimanche 23 avril 2017, dix communes réunionnaises ont placé Marine Le Pen en tête du premier tour. A Saint-André, Sainte-Marie, Saint-Benoît, Saint-Louis, Saint-Philippe, La Plaine-des-Palmistes, l'Entre-Deux, Petite-Île, Salazie et Le Tampon, la candidate FN s'est imposée, même si elle n'arrive "que" deuxième, derrière Jean-Luc Mélenchon, à l'échelle départementale. Si André Thien Ah Koon était le seul à avoir reçu la candidate lors de sa visite à La Réunion, Marine Le Pen s'est invitée, par les urnes, dans neuf autres communes.
Ce dimanche 23 avril 2017, dix communes réunionnaises ont placé Marine Le Pen en tête du premier tour. A Saint-André, Sainte-Marie, Saint-Benoît, Saint-Louis, Saint-Philippe, La Plaine-des-Palmistes, l'Entre-Deux, Petite-Île, Salazie et Le Tampon, la candidate FN s'est imposée, même si elle n'arrive "que" deuxième, derrière Jean-Luc Mélenchon, à l'échelle départementale. Si André Thien Ah Koon était le seul à avoir reçu la candidate lors de sa visite à La Réunion, Marine Le Pen s'est invitée, par les urnes, dans neuf autres communes.

23,46%, 82 219 voix, dix communes. Deux jours après le premier tour, le résultat de la candidate du FN au premier tour de la présidentielle à La Réunion est historique. Marine Le Pen fait deux fois mieux qu'en 2012, et surtout mieux que son père, que les Réunionnais boudaient jusque-là. Au lendemain de l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, le 21 avril 2002, beaucoup de Français étaient descendus dans la rue, mais cette fois, rien. Certes, un "front républicain pour faire barrage au FN" se constitue, mais certains responsables politiques refusent de prendre position clairement pour Emmanuel Macron. Dans le même temps, des hashtag comme #SansMoiLe7Mai, prônant l'abstention ou le vote blanc, fleurissent sur la toile. Le discours aussi a changé. Les "on s'y attendait" ont laissé place à l'indignation, même dans les communes réunionnaises où la candidate FN arrive en tête.

"On s'y attendait"

André Thien Ah Koon ayant réagi par voix de communiqué - il ne donne pas de consigne de vote pour le second tour - nous avons contacté les neuf autres maires concernés par cette percée du Front National. 

• Stéphane Fouassin : un vote "sanction" motivé par "la peur des attentats et de l'immigration"... même à Salazie !

"Je m'attendais à ce score de Marine Le Pen assez fort puisqu'après tout quand on est maire, on fait du porte à porte et on entend ce qui se passe, explique le maire de Salazie, soutien de François Fillon. Surtout sur les marchés, ça parlait beaucoup de Marine Le Pen. L'analyse est toute simple : là où la droite a échoué, là où la gauche a échoué, les militants de Marine Le Pen disaient peut être que elle, n'échouerait pas. C'est un vote sanction contre la droite et contre la gauche dont il faudra absolument tenir compte dans les années venir. Mais ce n'est pas parce que la population ne vote pas comme le Maire le demande que c'est un échec, cela n'a rien à voir avec la politique que l'on mène sur le terrain".

Plus surprenant, le maire de Salazie estime que les attentats ont beaucoup joué sur ce vote. "Les gens écoutent les informations, ils regardent ce qui se passe dans le monde. Forcément les attentats en France et l'immigration qui est actuellement importante en métropole a joué dans le vote". Une pointe de racisme alors? "Absolument pas", rétorque le maire. Le maintien de la candidature de Fillon, malgré les affaires alors ? Peut-être, concède Stéphane Fouassin. "500 000 voix séparent Marine Le Pen sur près de 30 millions d'électeurs. Je pense que l'abstention a joué en la défaveur de Fillon, il s'est empêtré dans les affaires et la campagne n'a pas été suffisamment portée sur les idées."

Maintenant que son favori est éliminé, Stéphane Fouassin appelle sans ambiguïté à voter pour Emmanuel Macron. "J'estime que son programme est plus proche de la réalité réunionnaise que le programme de Marine Le Pen". Mais le maire de Salazie pense déjà "aux législatives, qui arrivent juste derrière. Il faut qu'on se remette en ordre de marche, que l'on revoit un petit peu nos différentes positions par rapport aux attentes de la population, notamment sur le pouvoir d'achat, la sécurité, les budgets des collectivités." 

• Jean-Claude Fruteau : La gauche est divisée mais si on aditionne les voix des candidats de gauche, elle est devant Le Pen

Pour Jean-Claude Fruteau, seul maire d'une commune de gauche qui a viré à l'extrême droite, si Marine Le Pen a séduit autant de Bénédictins, c'est d'abord parce qu'elle a redoré son image. "Il y a eu une dé-diabolisation qui s'est opérée et il n'y a plus de tabou, il n'y a plus d'interdit. Dans l'esprit des gens, Marine Le Pen n'est plus une personne qui fait peur, elle s'est transformée en une personne charitable, qui oeuvre pour les pauvres".

Le maire socialiste, qui a préféré Macron à Hamon, estime que sa commune a malgré tout voté "majoritairement à gauche". "Si on ajoute les voix obtenues par Macron, pour qui moi j'avais demandé de voter, et les voix obtenues par le parti socialiste avec Benoît Hamon, cela nous fait 3 858 voix, c'est-à-dire 28,14% et c'est le 1er score. Et si on ajoute les scores de tous les candidaits qui se réclament de la gauche, on atteint 55%. Cela relativise le vote Le Pen. Quant à la droite traditionnelle, elle arrive péniblement à 18% en ajoutant Dupont-Aignan et François Fillon. Si on transpose ces résultats dans une élection d'un autre type, nous avons la majorité.".

Paye-t-il alors son revirement ? "Quand on me dit "ce sont vos électeurs qui sont partis chez Marine Le Pen", je réponds qu'on n'en sait rien, ce sont peut-être ceux de M. Fillon qui sont allés chez Mme Le Pen. Elle est devant parce que les autres forces en présence sont divisées à l'échelle nationale. Ca n'est pas une élection municipale, c'est une élection présidentielle. Les électeurs écoutent un peu ce que disent leur maire, mais s'ils ne sont pas d'accord, car ils savent que ça n'aura aucune espèce d'influence sur la municipalité. Je ne suis pas de ceux qui disent "ils sont couillons, ils ont mal voté". Ils ont exprimé un sentiment, pour certains de colère, de raz-le-bol pour d'autres, de peur pour les troisièmes et enfin d'appel au secours pour beaucoup d'autres".

"La séparation avec l'Europe, de la restitution du Franc.... Je sais que tout cela peut être populaire ! Mais si ça arrivait, à la Réunion, nous serions parmi ceux qui souffriraient le plus sur le plan social et sur le plan économique. Nous devons les convaincre qu'il ne faut pas revoter Marine Le Pen parce qu'ils mettraient leurs propres enfants et petits enfants en danger demain, c'est aussi simple que ça", martèle-t-il.

• Serge Hoareau : un maire et des administrés "indécis"

Pour expliquer le score de Marine Le Pen, le maire de Petit île s'appuie sur un autre chiffre, celui de la participation. "Elle a baissé de 8 points par rapport au 1er tour des présidentielles de 2012 et nous avons un taux de blancs ou nuls qui dépasse les 7%, alors qu'habituellement ils représentent 3% des votants. Cela montre les hésitations que la population a pu avoir". Cette indécision, même le maire l'a ressentie, puisqu'il a n'a pas fait campagne au premier tour, et il ne le "regrette pas". "Je n'ai pas pris position parce que je ne retrouvais pas dans les programmes des éléments qui pouvaient m'inciter à faire campagne pour un candidat", justifie-t-il. Néanmoins, pour le deuxième tour, Serge Hoareau prendra position, pour Emmanuel Macron. "Je vais faire ce que je pourrais pour faire barrage à Marine Le Pen. Ce n'est pas un vote franc pour le candidat Macron, ni une consigne de vote mais en tout cas, je ferai le nécessaire pour faire barrage à Marine Le Pen".

Comme d'autres élus, Serge Hoareau confirme avoir "senti venir" la vague Le Pen. "J'ai par exemple entendu beaucoup de personnes dire "je vote Marine Le Pen parce que je suis contre l'Europe. Or ceux qui disent ça chez moi, ce sont souvent ceux qui bénéficient du soutien européen. C'est là où il y a une contradiction dans le positionnement et dans le choix(...). D'autres ont le sentiment qu'on n'encourage pas celui qui travaille. Enfin, certains ont le sentiment d'être victimes de décisions, de lois injustes, émanant de bureaucrates. On a senti cette volonté de sanctionner les politiques de droite ou de gauche. Cette exaspération s'est transformée en un vote à la fois pour Madame Le Pen et pour Monsieur Mélanchon". D'ailleurs, pour le maire, la véritable surprise, c'est le score du candidat de la France Insoumise dans sa commune. Seules quelques centaines de voix séparent la candidate FN et Jean-Luc Mélenchon.

Silence radio à droite

Parmi les communes qui ont viré à l'extrême droite, sept sont administrées par des maires de droite. Et la défaite semble leur avoir coupé le sifflet. Jean-Paul Virapoullé, maire de Saint-André, Olivier Rivière, maire de Saint-Philippe et Marco Boyer, n'avaient pas répondu à nos sollicitations au moment de la première publication de cet article. Jean-Louis Lagourgue, maire de Sainte-Marie, n'était pas en mesure de s'exprimer, pour des raisons de santé. Quant à Patrick Malet, maire de Saint-Louis, il a fait savoir qu'il ne souhaitait faire aucun commentaire sur le score de Marine Le Pen dans sa commune.  

Le président de Région, Didier Robert, qui avait soutenu François Fillon pour les primaires, puis Nicolas Sarkozy, puis re-Fillon, est lui aussi silencieux. Pourtant, Didier Robert avait suivi le candidat de la droite pendant l'intégralité de ses déplacements à La Réunion, contrairement à d'autres élus plus évanescents. En guise de réaction après le premier tour, il s'est fendu d'un post sur sa page Facebook. Il n'en démord pas : Fillon a fait preuve de "détermination, dans une campagne d'une rare violence". Néanmoins, sans mentionner le nom de Macron, Didier Robert appelle à faire barrage au Front National. 

ch/www.ipreunion.com

   

2 Commentaire(s)

T42, Posté
"500 000 voix séparent Marine Le Pen sur près de 30 millions d'électeurs".
La sépare de quoi ? On ne le saura jamais.
Gramoufm, Posté
Parce que Marine le Pen est arrivée en tête ( avec généralement moins de un quart des suffrages exprimés soit Moins de 15% des électeurs...) , vous titrez les communes "TOMBEES DANS L'ESCARCELLE DU FN" !!!
C'est du journalisme ça ?