Santé :

Il y a 10 ans le chikungunya s'abattait sur La Réunion


Publié / Actualisé
Depuis quelques semaines maintenant une épidémie de Zica, une maladie infectieuse transmise par les moustiques, ravage les Antilles en général et la Martinique en particulier. La Réunion a connu la même situation il y a 10 ans lorsque le chikungunya s'est abattu sur elle tuant 225 personnes et contaminant 260 000 habitants, le tiers de la population.
Depuis quelques semaines maintenant une épidémie de Zica, une maladie infectieuse transmise par les moustiques, ravage les Antilles en général et la Martinique en particulier. La Réunion a connu la même situation il y a 10 ans lorsque le chikungunya s'est abattu sur elle tuant 225 personnes et contaminant 260 000 habitants, le tiers de la population.

Tout commence en février 2005. Des médecins libéraux informent les services sanitaires que des patients sont venus les consulter pour de fortes fièvres accompagnées d'importantes douleurs articulaires.

Les cas sont isolés, le paludisme est quasiment éradiqué, l'offre de santé et des soins est équivalente à celle de proposée en Métropole, la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS), ancêtre de l'Agence régionale de santé de l'océan Indien (ARS OI) ne s'inquiète pas outre mesure.

Elle a tort. La Réunion est alors au tout début d'une épidémie que ne prendra officiellement fin qu'à la mi 2006. Entre temps cette maladie infectieuse transmise par l'aedes albopictus, un moustique tigré d'à peine quelques millimètres aura frappé environ 260 000 personnes, le tiers des habitants de l'île, et tuée 225 malades.

C'est que le danger n'est pas tout de suite mesuré à son juste risque par les autorités sanitaires. Loin s'en faut.

Alors que les médecins libéraux, les médecins de ville selon la terminologie médicale, alertent sur les cas de plus nombreux de malades se présentant à leur cabinet, les autorités sanitaires misent sur la fin de l'été austral pour mettre "naturellement" fin au virus.

Le répit avant l'épidémie

C'est ce qu'explique en substance un bref communiqué de la Drass publié à la fin du premier trimestre de 2005. Les autorités sanitaires écrivent alors que quelques cas de la maladie de "l'homme courbé" – ce que signifie littéralement chikungunya en Afrique -, ont été recensés à La Réunion. La maladie viendrait des Comores, croit alors savoir la Drass. Fin mai, 474 cas sont enregistrés.

Puis, la maladie laisse effectivement un répit à la population au cours de l'hiver austral de 2005. Les moustiques, les tigrés comme les autres, n'aiment pas le froid.

Ils reviendront plus dès le début de l'été austral à la fin de l'année 2005. Car à La Réunion où les ravages des épidémies de paludisme n'existent plus que dans le souvenir des plus anciens, on a depuis longtemps perdu certaines pratiques salutaires. Au sein des services sanitaires, la cellule prophylaxie n'a plus qu'une vague existence. Les dépôts sauvages de déchets, souvent dans les fonds de cours sont légions. Les points d'eaux stagnantes - ravines non curées, coupelles de pots de fleurs, évacuation défaillantes, sont nombreux. Autant de gîtes larvaires propices au développement du moustique tigré.

De fait, il se déchainera dès le retour de la chaleur en octobre 2005. Le virus est particulièrement actif. Les malades se comptent par milliers, 4 500 personnes contaminées en novembre, puis très vite par dizaines de milliers.

Les cabinets de médecins de ville sont blindés de malades venant consulter parfois en se trainant au sol – au sens littéral du terme -, tant la maladie torture leurs articulations. Les urgences de tous les hôpitaux de l'île reçoivent elles aussi de plus de plus de malades.

Les services médicaux sont relativement démunis face à la souffrance des malades. Ils ne connaissent pas encore vraiment le chikungunya. La maladie semble résister aux médicaments, seuls des anti-douleurs et du paracétamol contre la fièvre sont prescrits.

Les médecins alertent les services sanitaires, parlent ouvertement d'épidémie, mettent en garde contre le risque létal que la maladie peut faire courir aux malades les plus fragiles. Rien n'y fait.

L'heure du déni

Pour les autorités sanitaires c'est l'heure du déni. Déni aussi au plus haut sommet de l'État. Alors qu'en ce mois de décembre 2005 la maladie a déjà frappé près de 100 000 personnes, que toutes les unités médicales sont saturées, François Baroin, alors ministre des Dom -Tom, déclare au nom du gouvernement que le chikungunya n'est pas autre chose qu'une "grosse grippe" et que la lutte contre le virus ne sera pas déclarée "cause nationale".

La position déclenche la colère de la population et des élus locaux. La Réunion se sent délaissée, abandonnée. Elle ne comprend pas qu'une mobilisation sanitaire soit déclenchée en métropole pour quelques cas de gastro entérite et que l'épidémie massive de chikungunya ne soit pas déclarée "cause nationale". Cela d'autant que sont enregistrés les décès de personnes ayant été contaminées alors qu'elles souffraient d'autres maladies.

Il faudra attendre janvier 2006 pour qu'enfin l'épidémie soit appréhendée à sa juste gravité par les pouvoirs locaux. Dépêchés à La Réunion par le ministère de la santé et le ministère de l'outremer, le professeur Didier Houssin, directeur général de la Santé, et le professeur Gilles Brücker, directeur général de l'institut de veille sanitaire (INVS), tirent la sonnette d'alarme et annoncent que le pic épidémique maximum n'a pas encore été atteint

La presse nationale s'empare du sujet. L'effet est immédiat. Les annulations de réservations dans les hôtels et toutes les autres structures d'accueil sont massives. Les plages se vident, les artistes annulent leur concert dans l'île… Le tourisme s'effondre. Et les effets - conjugués à d'autres crises, celle du requin notamment -, continuent de se faire sentir actuellement.

Fin janvier, la lutte contre la maladie prend enfin de l'ampleur. Les campagnes de démoustication lancées sur toute La Réunion s'intensifient. Ce qui déclenche une polémique sur la dangerosité pour les habitants des insecticides utilisés. La démoustication est réalisée par l'armée locale renforcée des centaines de miliaires venues de Métropole.

Des urgentistes de l'Hexagone viennent aussi aider leurs homologues de La Réunion submergés par l'afflux de malades et souvent eux mêmes frappés par la maladie.

Des séquelles pendant des années

Malgré ses campagnes massives, l'épidémie continue de faire rage. Les décès se multiplient, des enfants notamment ne résistent pas au virus. Les rayons des grandes surfaces et ceux des pharmacies sont vidés de leurs produits de lutte anti-moustiques par une population traumatisée.

Les arrêts maladies, parfois longs, perturbent gravement la vie économique. Les TPE (petites et moyennes entreprises) majoritaires à La Réunion sont particulièrement impactées.

Les ministres, y compris Dominique de Villepin alors chef du gouvernement, défilent dans l'île. Les annonces en faveur de la prophylaxie et du renforcement de la sécurité sanitaire sont nombreuses. La solidarité nationale joue enfin à plein.

L'épidémie - la plus meurtrière depuis 40 ans -, est déclarée terminée à la mi 2006. Les centaines de milliers de personnes contaminées ont gardé des séquelles de la maladie pendant des années.

www.ipreunion.com

 

   

1 Commentaire(s)

Josette Brosse, Posté
Je viens de lire votre article au sujet de l'épidémie du chik.
Nulle part, vous ne faites allusion au travail considérable de l'association "Ile de la Réunion contre le chikungunya".
C'est grâce à cette association que les professeurs sont venus de Paris et qu'il y a eu une réunion à la mairie de Saint-Louis, grâce à l'association que Xavier Bertrand est venu, grâce à l'association de mettre fin au trois jours de carence pour les malades, grâce à l'association d'avoir obtenu le 100% pour les malades qui toujours en vigueur.
Vous ne parlez pas des séquelles terribles pour les bébés qui sont nés alors que leurs mamans étaient infectés.
Les autorités locales, élus locaux, autorités nationales nous ont bien laissés dans la merde pendant x mois.
Les élus étaient en vacances pour mémoire.
Merci