Au lendemain de l'attentat de Rouen, l'émotion reste vive :

AUDIO - A La Réunion on veut encore faire confiance au vivre-ensemble


Publié / Actualisé
Mardi 26 juillet 2016, deux hommes s'introduisent dans une église de Rouen en Seine-Maritime et prennent en otage cinq personnes : le curé, deux soeurs et deux fidèles. Lors de la prise d'otage, les deux assaillants tuent l'homme de foi avant d'être eux-mêmes abattus par les hommes de la brigade de recherche et d'intervention (BRI). Au lendemain du drame et après quatre attentats survenus en France, le regard des Réunionnais envers les Musulmans a-t-il changé ? Monseigneur Gilbert Aubry se lie à la peine et s'inquiète notamment des 140 jeunes partis en Pologne pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Dans le même temps, le président du groupe de dialogue inter-religieux, Idriss Issop Banian, apporte son soutien à l'église française, très ému par ce qu'il s'est passé. Enfin, dans la communauté musulmane réunionnaise, on espère le vivre-ensemble solide, tandis que les amalgames n'ont pas leur place au sein de la population, selon plusieurs témoignages recueillis aux abords de la mosquée de Saint-Denis. (Photo d'illustration : Iftar, célébré rue Maréchal Leclerc quelques jours avant l'Eid)
Mardi 26 juillet 2016, deux hommes s'introduisent dans une église de Rouen en Seine-Maritime et prennent en otage cinq personnes : le curé, deux soeurs et deux fidèles. Lors de la prise d'otage, les deux assaillants tuent l'homme de foi avant d'être eux-mêmes abattus par les hommes de la brigade de recherche et d'intervention (BRI). Au lendemain du drame et après quatre attentats survenus en France, le regard des Réunionnais envers les Musulmans a-t-il changé ? Monseigneur Gilbert Aubry se lie à la peine et s'inquiète notamment des 140 jeunes partis en Pologne pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Dans le même temps, le président du groupe de dialogue inter-religieux, Idriss Issop Banian, apporte son soutien à l'église française, très ému par ce qu'il s'est passé. Enfin, dans la communauté musulmane réunionnaise, on espère le vivre-ensemble solide, tandis que les amalgames n'ont pas leur place au sein de la population, selon plusieurs témoignages recueillis aux abords de la mosquée de Saint-Denis. (Photo d'illustration : Iftar, célébré rue Maréchal Leclerc quelques jours avant l'Eid)

"On ne peut pas dire que ces actes sont des actes de foi.” A Saint-Denis, rue Maréchal Leclerc, nombreux sont les musulmans à la sortie de la mosquée. Certains d'entre-eux ont accepté de réagir sous anonymat à la dernière attaque en date, visant cette fois la religion catholique. Entre peur, désarroi et colère, les croyants et non-croyants s'accordent à dire que c'est "l'humain" qui est blessé dans cet énième attentat.

Il y a quelques jours seulement, les Réunionnais étaient réunis sur le parvis des Droits de l'Homme de Champ Fleuri pour rendre hommages aux 84 victimes de Nice. Au lendemain d'une nouvelle attaque, c'est émus et meurtris, que les représentants des différents confessions à La Réunion on repris la parole, de manière à promouvoir encore et toujours la paix, face à la barbarie. Idriss Issop Banian, le président du groupe de dialogue inter-religieux -, évoque avec émotion cette horreur commise contre un homme d'église, et se lie au deuil des catholiques réunionnais.

Monseigneur Aubry est lui aussi abasourdi. "Nous devons tout faire pour construire la paix" dit-il ému et inquiet, pour les 140 jeunes qui sont actuellement en Pologne, pour la venue Pape François à l'occasion des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ).

Dans les rues de Saint-Denis, cela fait partie des conversations courantes, d'une étrange banalité. Lorsque l'on tend le micro à des Dionysiens de confession musulmane, une seule voix s'élève : celle de l'incompréhension. Plusieurs personnes ont réagi à cette dernière attaque, tout en voulant garder l'anonymat.

Lui a grandi à Lyon. Et il témoigne du regard lourd porté sur la communauté musulmane en métropole, avec des idées reçues qui ont la vie dure. “Ce ne sont pas des Musulmans. Islam ça veut dire paix, amour, tuer quelqu’un non, et encore moins un homme de paix. A La Réunion les gens ont tous grandi ensemble, ils savent ce qu’est l’Islam tout le monde se respecte, chacun respecte la religion de l’autre, les gens sont intelligents. Tandis qu’en métropole directement t’es musulman, t’es un voleur t’es un terroriste, c’est triste !". Selon le jeune-homme qui tient un commece en centre-ville, La Réunion ne peut pas basculer dans l'idéologie islamiste. "Les gens sont intelligents ici".

Même pour les non-croyants, l'incompréhension demeure. "Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi ces messieurs quand ils se font sauter ils se servent du seigneur. C’est pas le seigneur qui leur a dit de se battre et de mettre son nom dedans !". Un métropolitain, ancien militaire s'attend à partir sur le terrain d'une minute à l'autre. Chef réserviste selon ses dires, il attend qu'on l'appelle, lui qui a déjà fait l'Afghanistan.

À La Réunion c’est différent, en tant que femme voilée je n’ai jamais ressenti de racisme.” confie alors une jeune femme aux abords de la mosquée dyonisienne, après avoir lourdement condamné l'acte odieux commis à Rouen. Pour elle aussi, il est incompréhensible de tuer quelqu'un au nom de Dieu.

"Le risque zéro n’existe pas, il y a des tarés partout.". La Réunion et son vivre-ensemble ne serait peut-être pas la cible du terrorisme islamique, comme en croît un fidèle à la sortie de la mosquée. "Le créole d’ici ou n’importe quelle personne qui est née à La Réunion, qui a grandi à La Réunion sait que le “Zarab” de La Réunion c’est pas ça.” Pour lui le rôle des médias est primordiale : “expliquer correctement, se renseigner correctement sur ce qu’est l’Islam plutôt que d’infliger à l’Islam toutes ces tares qu’on voudrait lui affecter.” serait une des solutions à explorer, selon le jeune homme.

 

Morgane Tomas pour www.ipreunion.com

   

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