Économie :

"Les transporteurs vont péter les plombs"


Publié / Actualisé
La fermeture et le basculement à répétition de la route du littoral, le recours à de non professionnels pour le ramassage des déchets verts, la difficulté de répercuter sur les tarifs l'augmentation des charges... Les sujets de mécontentement ne manquent pas pour la FNTR (fédération nationale des transporteurs routiers). "Un jour nous allons péter les plombs et s'est toute l'économie de l'île qui sera bloquée" a averti ce jeudi 23 mars 2006 Joël Mongin, président de la FNTR
La fermeture et le basculement à répétition de la route du littoral, le recours à de non professionnels pour le ramassage des déchets verts, la difficulté de répercuter sur les tarifs l'augmentation des charges... Les sujets de mécontentement ne manquent pas pour la FNTR (fédération nationale des transporteurs routiers). "Un jour nous allons péter les plombs et s'est toute l'économie de l'île qui sera bloquée" a averti ce jeudi 23 mars 2006 Joël Mongin, président de la FNTR
"Si les transporteurs ont la grippe, toute La Réunion va tousser". La formule, imagée, est significative de l'état d'esprit dans lequel se trouvent les adhérents de la (FNTR). Joël Mongin, président de cette structure représentant un tiers des 900 camionneurs de l'île, affirme "notre profession est atomisée et ce n'est pas la faute du chikungunya, même si l'épidémie a encore accentué nos difficultés". C'est la route du littoral qui est à l'origine de cette "atomisation". Cet axe de circulation est Vital pour l'économie, car il est le seul à pouvoir être emprunté par les camions et les poids lourds circulant entre le Nord et l'Ouest. Or depuis le début de l'année, il y a eu 45 jours de fermeture totale ou de basculement. "Cela nous a fait perdre 40% de notre chiffre d"affaires. On ne peut pas continuer comme ça" estime Fabrice Banon, trésorier de la FNTR. "On ne peut pas nous taxer en nous disant que nos impôts vont servir à construire et améliorer le réseau routier et en même nous interdire, de fait, de circuler sur la route du littoral" ajoute Joël Mongin.

Moratoires

Il indique avoir interpellé à ce propos le ministre de l'outremer, François Baroin, lors de son récent séjour dans l'île. Invoquant la baisse du chiffre d'affaires engendrée par les fermetures et basculement de la route, il a demandé le gel des charges sociales et fiscales des entreprises de transport. François Baroin l'a renvoyé au dispositif d'aides mis en place en raison de l'épidémie. "Il m'a dit que l'on pouvait obtenir des moratoires, mais nous ne voulons pas que ces derniers entrent dans le cadre du dispositif économique anti chikungunya. Nous voulons une aide spécifique" précise Joël Mongin.
Et comme les routiers "n'ont pas que des gros muscles mais aussi un cerveau", le président de la FNTR dit que les transporteurs ont des solutions à proposer pour "régler définitivement" le problème de la route du littoral. "Il existe déjà des tunnels, il faudrait en percer d'autres pour éviter les zones où la falaise est instable" expose Joël Mongin. La construction d'une telle infrastructure, à supposer qu'elle soit réalisable et efficace, nécessiterait de longs mois de travaux, reconnaît la FNTR "mais les gens seront compréhensifs puisqu'ils verraient que l'on s'occupe enfin du problème" rermarque Joël Mongin. Quant à savoir si cette "compréhension" suffira à compenser les 40% annoncés de perte de chiffre d'affaires, la fédération n'a pas vraiment de réponse, mais "il faut de toute façon trouver une solution. Si ce n'est pas le cas, on finira par péter les plombs et par bloquer complètement cette route" tonne Joël Mongin. "Les transporteurs sont un maillon essentiel et incontournable de l'économie réunionnaise, pourtant on nous considère comme des moins que rien. Cela ne peut plus durer" note pour sa part Fabrice Banon.

Pas dans les champs de cannes

La FNTR a un autre gros sujet de mécontentement. Depuis le mois de décembre, les communautés des communes mandatent des prestataires pour procéder au ramassage des déchets verts. Ces opérations sont liées à la lutte contre la prolifération des moustiques. Or, selon les camionneurs, les prestataires sous-traitent le ramassage avec des agriculteurs équipés de tracteurs. "Ce n'est ni normal ni légal. Les transporteurs sont les seuls habilités à faire ce genre de travaux" souligne Jean-Valère Mahé, 1ER vice-président de la FNTR. Cette dernière a demandé des comptes à l'un des prestataires d'une communauté de communes. "Il nous a répondu qu'il y avait une circulaire du préfet l'autorisant à faire cela. C'est faux" insiste Jean-Valère Mahé. "Nous n'allons pas dans les champs de cannes avec nos camions. Il n'y a pas de raison que les planteurs viennent nous prendre notre travail" s'insurge Roger Narayanin Ramaye, trésorier adjoint de la FNTR.
En conclusion, la fédération a une nouvelle fois mis l'accent sur la difficulté que les transporteurs ont à répercuter l'augmentation de leurs charges sur leurs tarifs. Les donneurs d'ordre sont en effet très réticents à accepter une quelconque hausse des prix. Un motif de satisfaction cependant. Un texte de loi voté le 6 janvier oblige les donneurs d'ordre à payer les factures des transporteurs dans un délai maximum de 30 jours. "Actuellement les délais vont de 30 jours pour les bons payeurs à 120 jours et même plus pour les mauvais payeurs" indique Joël Mongin.
   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !