Enquête inédite de la Sécurité Sociale :

Les Aides à Domicile souffrent


Publié / Actualisé
En mai 2008, La Direction de la Prévention des Risques Professionnel de la CGSS de La Réunion (Caisse Générale de la Sécurité Sociale) a initié une étude inédite sur les risques psychologiques qu'encourent les professionnelles de l'Aide à Domicile (AD) dans la pratique quotidienne de leur métier. Cette action s'est déroulée sur 18 mois et vient de s'achever, en octobre 2009. Le bilan n'est pas heureux et invite à de nombreux changements.
En mai 2008, La Direction de la Prévention des Risques Professionnel de la CGSS de La Réunion (Caisse Générale de la Sécurité Sociale) a initié une étude inédite sur les risques psychologiques qu'encourent les professionnelles de l'Aide à Domicile (AD) dans la pratique quotidienne de leur métier. Cette action s'est déroulée sur 18 mois et vient de s'achever, en octobre 2009. Le bilan n'est pas heureux et invite à de nombreux changements.
L'objectif de cette étude de la CGSS est d'évaluer les risques psychosociaux du métier des Aides à Domicile en identifiant les facteurs de souffrance et de satisfaction au travail. La mise en place d'un dispositif d'accompagnement psychologique adapté en a découlé.

Plusieurs études, notamment celles de médecins du travail, montrent que les Aides à Domicile connaissent de graves problèmes de santé. Certains sont liés à des accidents du travail et des maladies professionnelles, mais la majorité se traduit par des troubles de la santé physique et psychique. 46,5% des Aides à Domicile sont concernées par des arrêts maladie en lien avec des états de mal de dos, dépression, fatigue et surmenage entraînant des consommations médicamenteuses dans 55% des cas.

Les Aide à Domicile (dont 95% sont des femmes de 45 ans en moyenne) sont devenus des " travailleurs sociaux ". Le métier a évolué du statut d'aide ménagère à l'accompagnement de personnes fragilisées. Subséquemment, le besoin de formation s'est accru.

Les Aides à Domicile ne se sentent pas reconnus, ni par le public, ni, trop souvent, par leurs patients. L'étude à établi que ce métier est moralement éprouvant du fait de côtoyer la vieillesse, la maladie, la dépendance parfois agressive, un manque d'hygiène fréquent et finalement la mort sans pouvoir extérioriser leur vécu auprès de professionnels.

En outre, l'absence d'un cadre de travail clair ressort comme une cause supplémentaire de déstabilisation. "L'instabilité, l'imprévisibilité, l'absence de règles formellement établies et tangibles ainsi que l'absence de référence à une culture de métier conduisent les Aides à Domicile à ?uvrer parfois au prix
d'une souffrance psychique considérable, de façon secrète et invisible", peut-on lire dans les résultats de l'enquête publiée hier.

Les Aides à Domicile sont pourtant appelés à travailler de plus en plus. Alors qu'en 2005, les plus de 60 ans représentaient un peu plus de 10 % de la population, ils constitueront 22 % de l'ensemble des réunionnais à l'horizon 2030. Ce vieillissement entraîne des problématiques de santé importantes et des pathologies de plus en plus lourdes à prendre en charge : Alzheimer, Parkinson, diabète... 12% des personnes âgées de plus 70 ans sont touchées par des maladies neuro-dégénératives et apparentées. Alors que les personnes bénéficiant des Allocations Personnalisée d'Autonomie (APA) ne sont que 57% au niveau national, à la Réunion 92% reçoivent cette aide pour le maintien à domicile. Cette différence s'explique par la préservation à la Réunion du lien familial ainsi que par les capacités d'accueil limitées en hébergement spécialisé.

Selon les conclusions de l'enquête, les Aides à Domicile aspirent à avoir accès à une formation, un véritable statut (CDI, VAE), un salaire plus valorisant et d'autres avantages (la modulation du temps de travail, les indemnités kilométriques) qui leur permettrait d'économiser un peu d'énergie. Par ailleurs, la mise en place de réunions pour partager les expériences et débattre des difficultés rencontrées apparaît être un élément très important de leur bien-être. Les quelques séances pratiquées avec 20 Aides à Domicile dans le cadre de l'étude a, selon leurs témoignages, permis de faire baisser leur stress. La CGSS propose donc d'établir des séances de discussion plus régulières entre les Aides à domiciles, mais également avec le soutien de leur responsable de secteur.

En outre, la Direction Prévention des Risques Professionnels a entrepris de réaliser, en concertation avec les structures employeurs Proxim'Services et l'ARAST, qui participent activement à son financement, un logo (cf. visuel) permettant la reconnaissance des Aides à Domicile. Un logo pour valoriser le métier d'Aide à Domicile, lui conférer une dimension professionnelle et créer un signe d'appartenance à un corps de métier


   

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