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Saison cyclonique : "un calme exceptionnel" mais "il faut rester vigilant"


Publié / Actualisé
Dans un communiqué publié ce 31 janvier 2016, Météo France met l'accent sur la situation globale de l'activité cyclonique dans la zone océan Indien. Ce début de saison a été marqué par "un calme exceptionnel", bien qu'une menace soit toujours probable. Sébastien Langlade, ingénieur prévisionniste à Météo France établit un lien entre la sècheresse actuelle et l'activité cyclonique anormalement basse.
Dans un communiqué publié ce 31 janvier 2016, Météo France met l'accent sur la situation globale de l'activité cyclonique dans la zone océan Indien. Ce début de saison a été marqué par "un calme exceptionnel", bien qu'une menace soit toujours probable. Sébastien Langlade, ingénieur prévisionniste à Météo France établit un lien entre la sècheresse actuelle et l'activité cyclonique anormalement basse.

L'activité cyclonique attendue lors de la deuxième partie de saison devrait rester plus faible que la normale, sans pour autant reproduire le calme exceptionnel de la première partie de saison. Malgré ce contexte, il est important   de   rester   vigilant   et   mobilisé,   car   la   saison   est   loin d’être terminée et une menace cyclonique reste toujours possible sur les terres
habitées de la zone. Pour Sébastien Langlade, ingénieur prévisionniste de Météo France et interrogé par RTL Réunion, "il y a un lien entre la faible puviométrie et le calme de l'activité cyclonique" lors de cette première partie de saison.

Après les épisodes atypiques d'ABELA (juillet) et BRANSBY (octobre), un calme absolu s'est installé sur le bassin depuis le début officiel de la saison cyclonique (mi-novembre), à peine troublé en fin de semaine dernière par l'émergence d'une éphémère et anecdotique dépression tropicale (03-20162017). Une aussi longue période sans activité notable, alors que nous sommes maintenant quasiment au cœur de la saison, est un fait sans précédent et exceptionnel :  2016-2017 est la première saison cyclonique depuis 1967 et le début de l'ère satellitaire, à ne pas connaître le moindre épisode cyclonique significatif (i.e. tempête tropicale ou cyclone) sur le trimestre novembre-décembre-janvier !

Notons de surcroît qu'un mois de janvier totalement "blanc" (en termes de tempête ou cyclone), comme nous venons de le vivre en 2017, constitue un événement tout aussi remarquable, mais cette fois-ci pas unique, puisque la dernière (et seule !) occurrence similaire remonte à janvier 2011. On est tout de même en droit d’affirmer que janvier 2017 aura été encore moins"actif" que janvier 2011, puisqu'à l’époque une (brève) dépression tropicale et une perturbation tropicale avaient été suivies au cours du mois...

Cette pénurie de phénomène cyclonique s’explique en grande partie par l’installation, depuis le printemps austral, de conditions anormalement et durablement stables et sèches sur une grande partie de l’océan Indien tropical Sud, incluant le lieu privilégié de formation des phénomènes cycloniques. Une oscillation marquée du Dipôle Subtropical de l’Océan Indien (DSOI   ou   SIOD   en   acronyme   anglais)   atteignant   actuellement   son   pic   d’intensit? (cf. explications  au paragraphe "Contexte de grande échelle"), apparaît comme le facteur à incriminer le plus probable pour expliquer au moins en partie une telle situation.

Pour la suite de la saison, si le relâchement graduel de cette phase du DSOI devrait permettre à l’activité cyclonique de s’exprimer un peu plus, les éléments de prévision disponibles ne permettent pas d’envisager un renversement de tendance radical et l’activité globale de cette seconde partie de saison devrait rester inférieure à la normale (le trimestre février-avril voit habituellement  5 à 6 phénomènes cycloniques  atteignant  au moins  le stade de tempête tropicale, se développer sur le Sud-Ouest de l’océan Indien).

Dans cette perspective, les probabilités  de connaître au final une saison 2016-2017 d’activité inférieure à la normale sont significativement augmentées : estimées à 60% en début de saison, celles-ci sont maintenant  révisées  à 90%, tandis  que la possibilité  de connaître une saison plus active que la normale apparaît désormais écartée. On rappelle qu’une saison à l’activité inférieure à la normale correspond à une saison ayant un nombre total de tempêtes et cyclones inférieur à 8 (saison que  l’on rencontre en moyenne une fois tous les 4 ans).

Nous insistons sur le fait que ces prévisions de faible activité ne présagent toujours rien de l’impact éventuel sur les terres habitées de la zone. Parce qu’il suffit d’un seul système pour connaître un impact pouvant être catastrophique, même une saison peu active peut être source de dégâts majeurs. En 1998-1999, saison présentant des caractéristiques similaires à la saison courante, le cyclone tropical Davina était venu menacer les Mascareignes entre le 8 et le 10 mars (même si au final l’impact est resté plutôt modéré sur La Réunion, le centre du cyclone passant à quelques dizaines de kilomètres au sud de l’île, qui a ainsi échappé à la partie la plus active du phénomène)

Autre conséquence sur le domaine tropical : on constate l’injection par la façade orientale de cette anomalie anticyclonique (entre 80°E et 100°E), d’air frais et sec en provenance des latitudes tempérées. Cet air sec se propage sur une bonne partie du bassin, remontant même jusqu’au niveau de la Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT), où il génère des déficits d’humidité conséquents sur le centre et l’est du bassin.

Cet afflux d’air sec côté sud, doublé, côté nord et sur la partie ouest équatoriale, d’air encore sec resté probablement en place depuis le DOI de l’hiver dernier, n’a pas permis l’installation d’une activité pluvio-orageuse pérenne à proximité des faibles minimums dépressionnaires qui sont apparus au sein de la ZCIT, condition indispensable à la formation des phénomènes cycloniques.

Cette   caractéristique   atmosphérique   durable   depuis   l’intersaison   au   niveau   des   latitudes subtropicales, a fini par se répercuter sur la configuration des températures de surface de la mer, avec une langue d’eaux plus fraîches que la normale s’étendant depuis le sud-est de l’océan   Indien   jusqu’au   nord-est   de   Madagascar   (façade   est   et   nord   de   l’anomalie anticyclonique atmosphérique) et une langue d’eaux plus chaudes que la normale s’étendant dans le domaine subtropical entre le sud-est de Madagascar et le centre de l’océan Indien subtropical (façade ouest et sud de l’anomalie anticyclonique atmosphérique).

Il s’agit de l’expression d’une phase positive du Dipôle Subtropical de l’Océan Indien, phénomène mis en évidence au début des années 2000 dans des publications internationales (notamment Behera & Yamagata en 2001) et présentant une corrélation avec le régime pluviométrique   d’ét? de   certaines   régions   de   l’Afrique   australe.   Le   phénomène   atteint
climatologiquement son pic au cœur de l’été austral (janvier-février), pour décliner à partir du
mois de mars. 

Le lien entre activité cyclonique dans le Sud-Ouest de l’océan-Indien et le DSOI gagnerait à être étudié en profondeur (peu ou pas étudié jusqu’à présent). En effet, un rapide coup d’oeil sur les événements positifs les plus significatifs des 20 dernières années (2010-2011, 2005-2006, 1998-1999) les associe tous à des saisons à l’activité inférieure à la normale, ce qui n’apparaît pas relever du hasard...

Pour la suite de la saison actuelle, les paramètres de grande échelle prévus par les modèles de
climat, suggèrent un affaiblissement relativement lent du DSOI, avec des anomalies sèches qui devraient rester bien marquées, notamment sur l’est et le centre du bassin.

Par contre, un changement de régime pluviométrique pourrait bien s’amorcer sur une région sud-ouest élargie du bassin. Pour autant, la descente d’échelle effectuée grâce aux modèles statistiques mis en place pour prévoir les paramètres de l’activité cyclonique à partir des paramètres de grande échelle prévus par les modèles de climat, ne suggère pas un trimestre Février-Mars-Avril (qui concentre l’essentiel de l’activité de la seconde partie d’une saison) plus actif que la normale. Ce résultat est aussi conforté par la prévision dynamique de l’activité cyclonique faite directement par les modèles de climat (simulation de janvier 2017).

Avec ces nouveaux éléments et cette compréhension des phénomènes en jeu, la probabilité de cyclogenèse supérieure à la normale sur la partie Est du bassin, annoncée en début de saison, apparaît maintenant beaucoup moins plausible. En termes de répartition, l’élément le plus significatif devrait rester le déficit de cyclogenèses (i.e. formation d’une tempête tropicale) sur une zone habituellement prolifique du bassin, c’est-à-dire au nord de 15°S et à l’est de 60°E.

L'intégralité du communiqué, accompagné des illustration est à retrouver sur le www.meteofrance.re)

   

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