VIDEO - Ericka Bareigts a présenté des mesures gouvernementales :

Les "Réunionnais de la Creuse" vont bénéficier de billets et d'une aide psychologique


Publié / Actualisé
La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, a présenté ce jeudi 16 février 2017 les premières mesures gouvernementales pour les "Réunionnais de la Creuse", issues des travaux de la commissions gouvernementale d'experts. Victimes de migrations forcées entre 1963 et 1982, ils vont pouvoir bénéficier d'aides pour billets d'avion et nuitées d'hébergement, ainsi que d'une aide psychologique.
La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, a présenté ce jeudi 16 février 2017 les premières mesures gouvernementales pour les "Réunionnais de la Creuse", issues des travaux de la commissions gouvernementale d'experts. Victimes de migrations forcées entre 1963 et 1982, ils vont pouvoir bénéficier d'aides pour billets d'avion et nuitées d'hébergement, ainsi que d'une aide psychologique.

Ils ont été "transplantés" de La Réunion vers l'Hexagone alors qu'ils n'étaient que des enfants: victimes d'une migration forcée orchestrée par l'Etat entre 1963 et 1982, les "Enfants de la Creuse" vont  bénéficier de billets d'avion pour retrouver leur île d'origine, un nouvel acte dans la reconnaissance d'une Histoire peu connue.

On les appelle les "Enfants de la Creuse", parce qu'ils ont majoritairement été accueillis dans ce département rural, mais au total, 2.150 "ex-mineurs transplantés" ont été envoyés dans "75 départements", selon le recensement effectué par la commission d'experts chargée de faire la lumière sur ces déplacements forcés.

Placés en foyers, familles d'accueil ou familles adoptives, au motif de résoudre les problèmes de démographie galopante et de grande pauvreté que connaissait alors La Réunion, ces enfants n'ont parfois jamais remis les pieds sur l'île, ont perdu tout contact avec leurs familles et ne connaissent pas leur histoire.

 

Création d'une bourse de mobilité : un retour possible tous les 3 ans

Jeudi, lors d'un point d'étape de la commission créée il y a un an et présidée par le sociologue Philippe Vitale, en présence de nombreux "ex-mineurs", la ministre Ericka Bareigts a répondu "positivement" à certaines préconisations des experts, qui rendront leur rapport définitif au premier trimestre 2018.

Mme Bareigts, à l'initiative d'une résolution adopté en 2014 à l'Assemblée nationale reconnaissant la responsabilité de l'Etat dans cette migration forcée, a annoncé la création d'une "bourse de mobilité", pour que ces ex-enfants déplacés puissent être aidés dans l'achat de billets d'avion (jusqu'à 90% du billet) pour retourner à La Réunion, "à raison d'une fois tous les trois ans", afin de "reconstituer leur histoire personnelle".

Ils bénéficieront également d'aides au financement de trois nuitées sur place. Ces aides interviendront "dès le mois qui vient", a précisé la ministre, sous réserve que les personnes soient identifiées comme faisant partie des 2.150 ex-mineurs déplacés.

Ils bénéficieront également d'un soutien psychologique et d'un accompagnement dans leurs démarches juridiques, grâce à une convention de partenariat entre l'Etat et l'Institut national d'aide aux victimes et de médiation.

Ces "réparations" pour "vous faire rentrer dans l'Histoire de France", selon les mots de la ministre, étaient très attendues par les "ex-mineurs", qui l'ont longuement applaudie, parfois émus aux larmes.

 

'Blessure profonde'

"Ces billets d'avion, c'est une grande avancée pour nous", a déclaré Valérie Andanson, de la Fédération des Enfants Déracinés des Départements et régions d'Outre-mer, déplacée dans la Creuse à 3 ans, avec ses 5 frères et soeurs, dans des familles séparées. Elle a cependant regretté que l'aide à l'hébergement ne concerne que trois nuitées. "C'est un peu court". 

Sylvie Arcos, une autre "déplacée" de 49 ans, débarquée dans l'Hexagone à 3 ans et demi, avec son frère de 5 ans, et adoptée par une famille bretonne sans que sa mère ait jamais signé d'acte d'abandon, a salué de son côté la cellule psychologique: "On a tous besoin d'une aide. Le traumatisme et la blessure sont profonds, et certains ne savent même pas qu'ils sont des +déplacés+".

Les experts sont en train d'établir la liste de toutes les victimes, dont certaines ont changé de noms (adoption, mariage, etc.). Autour de 1.900 personnes ont déjà été identifiées.

La commission, qui préconise aussi la création d'un lieu mémoriel ou l'intégration de cet épisode dans l'enseignement scolaire, a également déterminé que, contrairement à ce qui était jusque là couramment admis, le déplacement des mineurs réunionnais "ne naît pas avec Michel Debré", l'ancien député gaulliste de la Réunion.

Si celui-ci "donne une impulsion nouvelle" au dispositif, "la question démographique et celui du transfert de population pauvre" remonte bien plus tôt, comme le montre un rapport de 1948 d'un inspecteur général, préconisant "l'exportation de population" pour 5.000 pupilles de l'Etat de l'île, a expliqué Philippe Vitale.

Plus largement, "notre mission permet de révéler une politique globale en matière d'enfance en difficulté", où l'enfant "n'est pas considéré comme au coeur du dispositif", a-t-il ajouté, espérant que les conclusions de la commission "permettront d'éclairer les politique actuelles en la matière".


"Réunionnais de la Creuse" : Point d'étape de... by Ministere_outremer

ch/www.ipreunion.com avec AFP

   

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