La campagne sucrière va commencer :

La convention canne est signée mais le conflit laissera des traces profondes


Publié / Actualisé
Blocages d'usines, opérations escargot, syndicats débordés par leur base, tension avec l'usinier, camping géant et tracteurs à la préfecture.... Ces opérations des planteurs marqueront durablement la filière canne-sucre à La Réunion. Retour sur les grandes étapes de cette bataille, l'une des plus longues et des plus dures de l'histoire de la filière cannes - sucre.
Blocages d'usines, opérations escargot, syndicats débordés par leur base, tension avec l'usinier, camping géant et tracteurs à la préfecture.... Ces opérations des planteurs marqueront durablement la filière canne-sucre à La Réunion. Retour sur les grandes étapes de cette bataille, l'une des plus longues et des plus dures de l'histoire de la filière cannes - sucre.

Et finalement, après l’impasse : la sortie de crise ! Les trois syndicats et Téréos signaient la nouvelle convention canne 2017-2021 ce mardi 11 juillet 2017 peu avant 19 heures à la préfecture dans le cadre du comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS). Un dénouement rendu possible après les dernières propositions de l’usinier. Il offrait 2,6 euros de revalorisation du prix de base de la tonne de canne, une prime d’intéressement de 0,88 centimes d’euros et une aide à la production de 0,4 cts (pour ceux coupant un volume de moins de 700 tonnes).

Soit un total de 3,88 € et l’équivalent d’une enveloppe de 7,2 millions d’euros si l'on tient  compte de l'enveloppe supplémentaire dédiée à la replantation.  Un dispositif débloqué par le conseil départemental. Les petits professionnels percevront au minimum 3 €. Ils représentent 70 % des producteurs selon  les calculs de Frédéric Vienne, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA). Les plus gros toucheront, eux, 3,48 €. Un chiffre éloigné des six euros d’augmentation demandée. Le prix de la tonne s’élève, lui, à 39,09 €.

Dans un communiqué envoyé ce mardi soir, le syndicat du sucre réagissait.  "Les planteurs seront payés en moyenne 3,93 € de plus par tonne. Les industriels ont mis en place des mesures représentant un effort financier à 4,75 € par an, soit une augmentation de 2,6 € sur le prix de la tonne payée. À cela s'ajoutent les mesures de la collectivité départementale et de l'État. Cela permet de passer de 2,60  € à 3,05 € la tonne", précisait-il.

- "Chahutés voire bousculés" -

Un peu plus tôt, ce mardi matin, la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion (CGPER), la FDSEA  et les Jeunes agriculteurs (JA), réunis en assemblée générale avec leur base respective, se prononçaient pour un accord avec l’industriel. Après un vote à bulletin secret, au champ de foire de Bras-Panon, les troupes des JA et de la FDSEA validaient à 59 voix pour et, à 36 voix contre, l’accord. Dans le Sud, devant l’usine et la central thermique du Gol, la base de la CGPER acceptait aussi. Malgré de vives accusations portées à l'encontre de son porte-parole, Jules Houpiarpanin, et à Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’agriculture.

Le scrutin ne pouvait se dérouler dans de telles conditions. "Les planteurs CGPER les accusent de mensonges et pensent que ces deux responsables savaient qu’ils n’arriveraient pas à arracher les 6 euros. Les dirigeants syndicaux n’ont pas tout dit aux troupes concernant les négociations. Ils ont très mal communiqué. Jules Houpiarpanin a menacé de mettre fin à son mandat de son porte-parole. Lui et le président de la Chambre ont été chahutés voire bousculés. Isidore Laravine est aussi dans le collimateur. Des têtes vont tomber", confirme une source, proche du dossier.

L'heure des règlements de comptes risque de sonner. Notamment chez l'organisation majoritaire : la CGPER. Plusieurs sources remettent en cause les rôles de Jules Houpiarpanin et d'Isidore Laravine, co-président du CPCS. L’accord signé ce mardi intervient à l’issue d’un conflit social très dur. Les discussions liées à ce dossier démarrait le 13 avril. De quoi laisser des traces durables dans l’histoire de la filière canne-sucre. Avant de parvenir aux 2,6 € de plus et aux dispositifs complémentaires, le groupe industriel proposait zéro euro d’augmentation. Puis 0,49 cts d'euros, 0,98 cts d'euros, et 2,50 € .

Rétrospective de ce mouvement d’ampleur qui s'est s’achevé ce mardi 11 juillet avec la signature de la convention canne 2017-2021.

• lundi 10 juillet

Les agriculteurs quittent leur camping à ciel ouvert à la préfecture au bout de 13 jours. Près d’une centaine de personnes dormaient dans leurs tracteurs ou leurs véhicules. Les syndicats de transporteurs, les deux plus puissantes fédérations CGTR : Ports et Docks et BTP leur apportaient ensuite du soutien et menaçaient d’entamer un conflit généralisé.

On ne compte plus les opérations escargot menées dans toute l’île, le blocage de l’usine du Gol ou encore les évacuations forcées de la Chambre d’agriculture, de la DAAF ou de tous les sites en lien avec la filière canne-sucre. Des actions menées par les planteurs.
 

Mercredi 28 juin

Les planteurs décident de passer la nuit au  Barachois afin de maintenir la pression sur l’État mais aussi sur Téréos. Les représentants du conseil départemental, de la Région et de la préfecture les reçoivent également.

• Mardi 27 juin

Le syndicat du sucre annonce que les JA et la FDSEA sont écartés de la négociation en raison de "comportements inacceptables". L’organisation ne veut plus prendre en compte les revendications de Bruno Robert et de Frédéric Vienne. La structure s’inquiète d’une escalade de la violence et condamne des propos inacceptables.

Jeudi 8 juin

Les agriculteurs intensifient leurs actions mais n’obtiennent aucune avancée. Les négociations se succèdent mais Téréos ne plie pas. Les trois syndicats s’unissent lors d’une réunion en préfecture pour tenter de débloquer la situation. La journée était marquée par une vive tension. Les planteurs veulent bloquer l’accès à l’usine de Bois Rouge avec des galets. Une initiative vaine en raison du déploiement des forces de police.

• Mardi 6 juin

Les industriels s’insurgent des débordements intervenus sur le site d’eRcane à Sainte-Clotilde avec un portail détruit, du saccage de variétés expérimentales ou encore du blocage et de l’intrusion sur les sites de Téréos lors des manifestations de planteurs.

Jeudi 1er juin

Le dialogue reprend entre les deux parties à l’occasion d’un nouveau CPCS. Une réunion tendue avec l’offre de 49 centimes pour la revalorisation du prix de la tonne de la ressource. "Un manque des respect de la part des industriels", estime Frédéric Vienne.

Mardi 30 mai

Dans un communiqué, le syndicat du sucre confirme la reprise des négociations le jeudi 1er juin. Les industriels acceptent de reprendre les discussions malgré de nouveaux débordements.

Mercredi 24 mai

La colère s’exprime avec un premier blocage à l’usine de Bois-Rouge, à Saint-André puis à la préfecture, à Saint-Denis. La première opération escargot du mouvement se déroule. La première d’une longue liste.

Vendredi 19 mai

Le mécontentement monte encore d'un cran. Les agriculteurs interrompent même l’assemblée générale du CPCS en quittant la séance. Une attitude dénoncée par le syndicat du sucre de La Réunion. Les industriels espérent encore à ce moment-là une reprise des discussions constructives afin de permettre des avancées concrètes.

• Samedi 13 avril

Le premier épisode de ces négociations remonte au jeudi 13 avril. Le président des JA, Bruno Robert, évoque alors des actions brutales envers Téréos si l’entreprise multinationale n’accède pas à leurs revendications. Il menace même de perturber ses sites de production.

ts/rb/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

CHABAN, Posté
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