Après la crise des planteurs :

La CGPER et la FDSEA au bord de l'explosion


Publié / Actualisé
La nouvelle convention canne signée : les syndicats de planteurs vont-ils se déchirer en interne ? Une question brûlante avec les tensions apparues durant le plus long conflit des 30 dernières années de l'histoire de la filière cannes-sucre.
La nouvelle convention canne signée : les syndicats de planteurs vont-ils se déchirer en interne ? Une question brûlante avec les tensions apparues durant le plus long conflit des 30 dernières années de l'histoire de la filière cannes-sucre.

 

Plusieurs agriculteurs s’opposent à l’accord signé avec Téréos au dernier comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS). Mécontents, plusieurs membres de la base contestent leurs leaders. "À l’assemblée générale de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs, à Bras-Panon, la base votait pour l'accord. Au Gol, les agriculteurs FDSEA disaient non. Même si Frédéric Vienne s’en sort mieux que les leaders CGPER, il peut s’attendre à des contestations", glisse un adhérent de la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles présidée par Frédéric Vienne.

Au sein de son organisation, les résultats de ces deux scrutins apparaissent très serrés. 59 voix pour et 36 contre dans l’Est. 40 pour et 60 contre dans le Sud. Soit 99 bulletins en faveur de la nouvelle convention et 96 s'y opposant. D’autres sources évoquent d'ailleurs l’influence de l’ex-président de la Chambre d’agriculture, Guy Derand, élu entre 2001 et 2006. Une figure présente tout au long du mouvement achevé le 11 juillet.

"Je ne pense pas qu’on puisse renverser le président Vienne mais une scission se profile au sein de la base. Notamment dans le Sud. On assiste au retour de Guy Derand. Certains planteurs se fient à lui et le considèrent comme un sage. Il peut s’engager ou pousser quelqu’un d’autre", analyse un syndicaliste. La même ambiance de fronde règne aussi à l'intérieur de l’organisation majoritaire. Les règlements de compte commencent à la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion.

- "Il a menti" -

Clarel Coindin-Virama accuse ses dirigeants de l’écarter de son rôle de représentant de la zone Ouest. "Le porte-parole, Jules Houpiarpanin, m’a bordé avec d’autres représentants car on l’ouvrait trop. Durant les négociations, il s’est isolé avec un petit groupe. Sans consulter la base, les représentants ou les élus de la Chambre. Il a menti en promettant les 6 € d’augmentation. C’est la première fois que le syndicat majoritaire reste en retrait dans un combat", lance-t-il d’entrée.

Les termes "d’incompétent et de manque de courage" reviennent souvent dans la bouche du troisième vice-président de la Chambre d'agriculture pour qualifier Jules Houpiarpanin. Clarel Coindin-Virama réclame sa démission et celle du co-président du CPCS, Isidore Laravine, trésorier de la CGPER. Il l’accuse d’avoir cédé trop facilement devant le groupe industriel.

"Il n’y a pas eu de grands défilés comme avant, avec 1 000 planteurs. Les dirigeants se sont comportés comme des moutons", ajoute l’agriculteur de la Saline. Il espère d’ici la fin de l’année une nouvelle assemblée générale de la CGPER. Objectif : élire un nouveau président. Un poste laissé vacant depuis le départ de Jean-Yves Minatchy.

"La majorité de la base veut un renouvellement en prenant le leadership. La CGPER doit revenir au premier plan", précise-t-il. Une échéance cruciale avec les élections à la tête de la Chambre verte en 2019. Un autre élu sent, lui, de la défiance envers Jean-Bernard Gonthier, en poste depuis 2013. "Jean-Bernard a eu un rôle technique aux négociations. Il voulu calmer le jeu mais a été mangé par le préfet et Téréos. Il n’y a pas eu assez de pression syndicale."

- "Tout le monde a été mauvais" -

Une autre source confie : "On ne peut pas demander la tête du président car nous sommes à 18 mois des élections à la Chambre. S’il tombe, la structure passe sous tutelle." Le responsable actuel réagit à ces accusations. Il commence par un mea culpa. "En terme de communication, tout le monde a été mauvais. La base était mécontente car certains ont laissé croire que les six euros étaient possibles." Il ne sent pas monter la contestation autour de lui. Il affiche sa sérénité.

"Quand on prend la décision de signer ce type d'accord, on ne fait jamais 100 % de satisfaits. Je prendrai mes responsabilités. Si on revenait à l’ancienne convention, on aurait été perdant." Il souligne que cette convention était arrachée durant le combat syndical le plus dur des 30 dernières années. "C’est la première fois que l’on obtient six millions de la part de l’industriel. Il est passé de 49 centimes à trois euros d’augmentation. C’est un accord raisonnable en dessous des attentes des planteurs", nuance le dirigeant.

Le premier vice-président de la CGPER semble lui aussi appeler au renouvellement. "Comme dans toute organisation, il y a des courants qui se forment. Il faut organiser une assemblée générale, déterminer un bureau et mettre en place un président. Je ne serai pas candidat à la présidence", assure-t-il. Un autre observateur interne au milieu agricole estime que Monsieur Gonthier aurait dû jouer à fond son rôle d’arbitre. "Il aurait dû insister pour prononcer le PV de carence en appliquant le prix de la tonne de la convention 2015. Cela aurait permis de négocier les prix de la nouvelle convention le temps que la coupe débute."

- Querelles syndicales -

D’après cette même source, des dissidents veulent tenter de prendre le pouvoir à la prochaine AG. "Patrice Pounoussamy vient d’être nommé porte-parole du syndicat dans l’Est. Son nom était cité à l'époque pour succéder à Jean-Yves Minatchy. C’est un leader naturel qui pourrait très bien prendre le pouvoir", prédit-il. Les oreilles de Jules Houpiarpanin sifflent beaucoup en ce moment. Dans le collimateur au sein de son propre camp, le porte-parole n’ignore pas cette volonté de changement.

Nous aurions bien voulu le questionner sur tous ces sujets. Encore fallait-il qu'il décroche son téléphone et réponde à nos (multiples) sollicitations, ce mercredi 12 juillet...

En attendant de savoir où mèneront toutes ces querelles syndicales, les agriculteurs reprennent actuellement le chemin de leurs champs. La campagne devait démarrer fin juin dans l’Est. "Les planteurs ont perdu en moyenne 100 tonnes de cannes avec la grève. Ils sortent très fatigués de ce long conflit", indiquent les services de la Chambre d’agriculture.

"Les essais techniques vont débuter aux usines de Bois Rouge et du Gol afin de remettre en route les machines de chauffe et de presse. Le temps de couper les cannes, de les stocker et d’attendre le top départ de l’usinier, la coupe ne devrait pas commencer avant le jeudi 20 juillet dans le Nord-Est et, le lundi suivant, le 24 juillet, dans le Sud-Ouest", avancent-ils. 

L’heure de retourner au travail vient de sonner. Celle du règlement de compte chez les syndicats de planteurs également…

ts/rb/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

CHABAN, Posté
Tout le monde a été mauvais!!!!!!!!!!!

le mot est faible!
Illustration : Kwa Films

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