Des milliards de tonnes de produits dans la nature (actualisé) :

Plastique - Le recyclage encore trop peu rentable pour être efficace


Publié / Actualisé
Notre planète est submergée par des milliards de tonnes de déchets plastiques accumulés depuis les années 1950, une situation qui empire en l'absence d'un recyclage efficace, selon une étude publiée mercredi dans la revue américaine Science Advances. La complexité de sa molécule de fabrication est l'une des raisons pour laquelle les milliards de tonnes de ce matériau ne retrouvent pas une seconde vie et polluent de larges pans de nature. Il existe plus d'une centaine de types de plastiques. A La Réunion, si les gestes de tri commencent à s'ancrer dans les nouvelles habitudes de la population, encore trop de déchets, pouvant être recyclés sont enfouis. Et les sites d'enfouissement sont saturés.
Notre planète est submergée par des milliards de tonnes de déchets plastiques accumulés depuis les années 1950, une situation qui empire en l'absence d'un recyclage efficace, selon une étude publiée mercredi dans la revue américaine Science Advances. La complexité de sa molécule de fabrication est l'une des raisons pour laquelle les milliards de tonnes de ce matériau ne retrouvent pas une seconde vie et polluent de larges pans de nature. Il existe plus d'une centaine de types de plastiques. A La Réunion, si les gestes de tri commencent à s'ancrer dans les nouvelles habitudes de la population, encore trop de déchets, pouvant être recyclés sont enfouis. Et les sites d'enfouissement sont saturés.

 

Depuis le boom de la consommation de masse et l'accroissement de la production industrielle dans les années 50, la matière plastique, aux nombreuses vertues montre le revers de sa médaille en envahissant les sites naturels et les océans du monde entier. Et La Réunion n'échappe malheureusement pas à la règle.

Le plastique est une matière très modelable, permettant de fabriquer toute sorte d'objets. Mais voilà, selon leur molécule de base - PVC, PE-HD, PET et tant d'autres - les plastiques qui composent nos emballages quotidiens ne s'entendent pas tous entres eux, raison pour laquelle leur recyclage n'est pas toujours évident. Plus d'une centaine de plastiques différents sont utilisés dans les chaînes de production. Plusieurs sortes peuvent composer un seul et même emballage, alors que "leur décomposition est aujourd'hui trop compliquée pour les recycler. Alors, mettre des tonnes de déchets à l'enfouissement coûte moins cher" que de leur donner une seconde vie, observe Jacques Potier, chargé de mission réduction des déchets au sein de l'intercommunalité TCO (Territoires de la côte Ouest).

- Les gestes changent -

A La Réunion, le TCO, compétent en matière de collecteur de déchets, recense pour l'année 2016, 7.300 tonnes de plastiques, soit 6% du gisement total de déchets qui termine à l'enfouissement. "Un peu plus de la moitié serait recyclables" note Jacques Potier, chargé de mission pour la réduction des déchets au TCO. Le plastique provient des collectes des poubelles jaunes, destinées aux produits recyclables, et des poubelles réservées aux ordures ménagères, dans lesquelles "on retrouve encore trop de plastique". "Le tri à La Réunion existe depuis moins de 10 ans et le changement de comportement prend beaucoup de temps" souligne le chargé de mission.

Même si les déchets recyclables sont collectés à part, aucune filière importante de recyclage du plastique, destinée à fabriquer de nouveaux objets, n'existe à La Réunion. La totalité de ces déchets est exportée, majoritairemment en Asie, par le biais de l'un des trois exportateurs de l'île, dont Cyclea, chargé du tri et du transport des déchets recyclables.

Pour l'année 2016, 2.520 tonnes de plastiques ont été exportées et recyclées, selon les données de Cyclea, ce qui représente 10% des exportations totales de l'entreprise. "Mais on peut presque doubler les chiffres" concernant l'ensemble de l'île souligne Marijke Payet responsable des exportations au sein de Cyclea.

En Inde ou en Chine par exemple, le plastique usagé est destiné à la fabrication de textiles, "le recyclage pour la fabrication d'emballages alimentaires demandant trop de normes" pour être appliqué, souligne la responsable. "Le plastique est extrêmement difficile à traiter, parce qu’il faut d’abord trier les molécules de base, car elles sont absolument incompatibles entre elles". Ce qui explique le nombre important de plastique se retrouvant à l'enfouissement, le recyclage n'était que trop peu rentable. Car, pour qu'une filière fonctionne, il est nécessaire de traiter une masse importante de déchets. Le paradoxe est que nous n'en produisons pas assez pour la pérenniser.

Alors, si la filière recyclage ne réduit que trop peu la pollution par le plastique, responsable notamment de la mortalité des tortues marines, l'accent est mis sur la sensibilisation du jeune public, dans les écoles, où le TCO effectue 380 interventions par an. "15 000 enfants sont sensibilisés à la thématique des déchets chaque année" ajoute Jacques Potier. Ce dernier reconnaît que quelques petites filières locales contribuent à la lutte contre la pollution, comme l'entreprise Verleo, qui récupère le plastique des poubelles usagées pour fabriquer des fosses septiques. Mais rien n'empêche la pollution des océans, à cause notamment des microparticules de plastiques, qui encrassent les eaux du monde entier.

Selon le chargé de mission du TCO, le recyclage des déchets plastiques serait bien plus efficace "par avantage fiscal. En Allemagne par exemple, de la valeur est donnée aux déchets, par le biais d'une consigne. Le consommateur gagne un peu d'argent lorsqu'il ramène son produit au bon endroit". A La Réunion, seules les bouteilles en verre de bière Bourbon et Fischer et celles du soda Cot peuvent être rapportées à l'entreprise contre rémunération

- Ce que dit l'étude -

Les chercheurs des universités de Géorgie et de Californie ont déterminé que 8,3 milliards de tonnes de plastiques avaient été produites entre 1950 et 2015 parmi lesquelles 6,3 milliards de tonnes sont devenus des détritus très peu biodégradables.

Sur ces 6,3 milliards de tonnes, seulement 9% ont été recyclés, 12% incinérés et 79% se sont accumulés dans les décharges ou dans la nature, en particulier dans les océans où plus de huit millions de tonnes de plastiques sont déversées tous les ans.

La part des plastiques dans les déchets solides des décharges municipales des pays développés et à revenu intermédiaire a bondi de 1% du volume total en 1960 à plus de 10% en 2005.

Si le rythme actuel persiste, il y aura quelque 12 milliards de tonnes de déchets plastiques dans les dépôts d'ordures ou dans la nature d'ici 2050, soit l'équivalent de 35.000 fois la masse de l'Empire State Building de New York, prédisent les auteurs de l'étude.

"La plupart des matières plastiques ne sont pas vraiment biodégradables, ce qui fait qu'elles pourraient persister des centaines voire des milliers d'années" dans l'environnement, explique Jenna Jambeck, professeure adjointe d?ingénierie à l'Université de Géorgie, l'une des co-auteurs de cette étude. "Nos estimations montrent la nécessité de mener une réflexion plus critique sur les matériaux que nous utilisons et la manière dont nous gérons nos déchets", estime-t-elle.

La production mondiale de plastiques est passée de deux millions de tonnes en 1950 à 400 millions de tonnes en 2015, soit plus que la plupart des autres matériaux fabriqués par l'homme, selon cette étude. Ces scientifiques ont compilé les statistiques de production de résines, de fibres et des additifs provenant d'une variété de sources industrielles.

- Encourager le recyclage -

"La moitié de tous les plastiques deviennent des déchets après seulement quatre années ou moins d'utilisation", explique Roland Geyer, professeur adjoint à la faculté des sciences environnementale à l'Université de Californie à Santa Barbara, le principal auteur de ces travaux. "Ce que nous essayons de faire c'est de créer les fondations d'une gestion durable des matériaux", précise-t-il.

Et "nous pensons que les discussions de politiques à suivre dans ce domaine seront mieux étayées et fondées sur des faits maintenant que nous avons produit ces chiffres", fait valoir le professeur Geyer. Ces chercheurs insistent sur le fait qu'ils ne plaident pas pour une élimination des plastiques dans l'économie mais cherchent à encourager une réflexion sur les usages de ces matériaux et leur recyclage.

"Il y a des usages pour lesquels les plastiques sont indispensables surtout pour fabriquer des produits conçus pour durer longtemps", précise Kara Lavender Law, chercheuse à Sea Education Association (SEA), un organisme de recherche océanographique. "Mais je pense que nous devons réfléchir soigneusement à notre utilisation étendue des plastiques et nous interroger sur le fait de savoir quand le recours à ces matériaux est nécessaire ou pas", juge-t-elle. Les auteurs de cette étude relèvent que le fait de recycler est utile si cela permet de réduire la production de nouveaux plastiques.

Ils mettent en garde contre l'incinération de ces débris qui peut avoir des effets néfastes pour l'environnement et la santé publique. Presque aucun des plastiques les plus courants sont biodégradables, ce qui fait que les déchets ne peuvent que s'accumuler.

Publié ce lundi 31 juillet 2017 à 3h/jm/www.ipreunion.com avec l'AFP

   

2 Commentaire(s)

Jose, Posté
Ce qui prouve encore une fois qu'il n'y a que le fric pour rendre les gens vertueux.
Handi Bouchons Réunion, Posté
Il est possible de collecter utile les bouchons en plastiques. Depuis 11 ans l'association collecte les bouchons en plastiques des bouteilles pour les revendre, 150 ? la tonne (le cours mondial est de 200 ? environ). L'intégralité des fonds récupérés permet de soutenir des projets en faveur du sport handicap à La Réunion. 120 tonnes de plastiques ont ainsi été collectées... depuis 2006.
Aujourd'hui, HBR risque de fermer à cause du coût pour acheminer ces bouchons vers l'entreprise qui rachète cette matière. Construite et fonctionnant sur un total bénévolat, HBR est visible sur Facebook : Handi Bouchons Reunion
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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