Elle s'est achevée très tôt :

Une saison cyclonique 2016-2017 exceptionnellement faible


Publié / Actualisé
Ce mardi 1er août 2017, Météo France a diffusé son bilan de la saison cyclonique 2016-2017. Avec une activité plus faible qu'à la normale, elle s'est également terminée de façon particulièrement précoce. Les systèmes recensés : Bransby, Abela, Carlos, Dineo, Enawo et Fernando. Nous publions le communiqué météorologique dans son intégralité ci-dessous.
Ce mardi 1er août 2017, Météo France a diffusé son bilan de la saison cyclonique 2016-2017. Avec une activité plus faible qu'à la normale, elle s'est également terminée de façon particulièrement précoce. Les systèmes recensés : Bransby, Abela, Carlos, Dineo, Enawo et Fernando. Nous publions le communiqué météorologique dans son intégralité ci-dessous.

La saison cyclonique 2016-2017 a officiellement pris fin le 30 juin, même si, en pratique, elle s’est terminée, de manière très précoce, dès la mi-mars.

Comme anticipé dès le mois de novembre, cette saison a connu une activité cyclonique plus faible que la normale. Elle n’a, pour autant, pas été indolore pour les terres habitées de la zone, en l’occurrence pour Madagascar et le Mozambique...

La saison cyclonique 2016-2017 du Sud-Ouest de l’océan Indien, a été à la fois peu active et très singulière dans son déroulé. L’irruption ultra précoce, en plein hiver austral, du premier système dépressionnaire significatif de la saison (ABELA), avait signé un démarrage sur les chapeaux de roue.

Ce système a, qui plus est, atteint une intensité exceptionnelle, puisqu'il est devenu la première forte tempête tropicale observée au mois de juillet sur le bassin. Il a été suivi de la première dépression subtropicale jamais répertoriée en octobre : BRANSBY. Mais le bassin est ensuite tombé dans une léthargie absolue durant près de quatre mois. Si bien qu’il a fallu s’avancer assez profondément au cœur de l’été austral, avant de voir l’activité perturbée se réveiller et sortir de son état de "catalepsie", permettant au troisième système dépressionnaire significatif de la saison (et tout premier de la saison chaude) d’émerger enfin, au début du mois de février.
Une aussi longue phase d’inactivité à cette période de l’année, constitue un fait tout à fait exceptionnel et sans précédent dans l’histoire récente : depuis 1967 (qui correspond au début de l’ère satellitaire dans le bassin), soit un demi-siècle, 2016-2017 est la première saison cyclonique à ne pas connaître le moindre épisode cyclonique significatif (i.e. tempête tropicale ou cyclone) sur le trimestre novembre-décembre-janvier ! Notons au passage qu’un mois de janvier totalement "blanc" (en termes de tempête ou cyclone), constitue déjà en soi un événement tout à fait remarquable, si ce n’est unique, puisqu’il y avait eu un précédent en 2011, dernière (et seule autre !) occurrence similaire... A la différence près que janvier 2017 aura été encore moins "actif" que janvier 2011, qui avait tout de même vu une (brève) dépression tropicale et une perturbation tropicale être suivies au cours du mois.


Cette pénurie de phénomène cyclonique durant la première moitié de la saison chaude, a tenu en grande partie à l’installation, depuis le printemps austral, de conditions anormalement et durablement stables et sèches sur une grande partie de l’océan Indien tropical Sud, incluant la zone privilégiée de formation des phénomènes cycloniques. Une phase positive marquée du Dipôle Subtropical de l’Océan Indien (DSOI – ou SIOD en acronyme anglais), apparaît, selon toute probabilité, comme le facteur principal pouvant expliquer une telle situation.
Il est, toutefois, à souligner que cette disette de systèmes dépressionnaires ne s’est pas limitée à  la seule zone du Sud-Ouest de l’océan Indien. Elle a concerné l’ensemble de l’hémisphère Sud, ce qui lui confère un caractère encore plus exceptionnel. Ce déficit initial n’a d’ailleurs pu être rattrapé ensuite, si bien qu’au décompte final, la saison cyclonique 2016-2017 aura été la moins active depuis au moins 1970, avec, à l’échelle de l’hémisphère Sud, une activité équivalant à peine à la moitié de celle de la moyenne climatologique de référence (1981-2010). Nombre de records d’inactivité ont de fait été battus ou pulvérisés (sur 50 ans de données "fiables").

Hormis celui de l’activité globale, le plus emblématique a sans doute été celui de la date d’occurrence du premier cyclone tropical de la saison de l’hémisphère Sud: il aura fallu attendre le 9 février 2017 (avec CARLOS), soit un mois de plus que l’ancien record de la date d’occurrence la plus tardive, jusque là détenu par le cyclone ANNE (c’était le 9 janvier 1988, dans le Pacifique Sud-Ouest) ! Pour le Sud-Ouest de l’océan Indien proprement dit, cela ne constitue toutefois pas un record, puisque c’est toujours le cyclone DAVINA qui détient la palme de la date la plus tardive pour l’occurrence du premier cyclone tropical de la
saison (c’était le 5 mars 1999).


Avec seulement six tempêtes tropicales ou subtropicales formées durant la saison, dont trois ayant ensuite atteint le stade de cyclone tropical (une proportion normale), 2016-2017 figure parmi les dix saisons cycloniques les moins actives recensées dans le bassin du Sud-Ouest de l’océan Indien depuis le début de l’ère satellitaire (i.e. depuis 50 ans). Si l’on ajoute à cela, qu’un seul système supplémentaire a fait l’objet de l’émission de bulletins par le CMRS/Centre des cyclones tropicaux de La Réunion (la perturbation tropicale n°03), il s’agit là du plus petit nombre de systèmes dépressionnaires jamais suivi au cours d’une saison par les prévisionnistes cyclone du CMRS (depuis son implantation officielle en 1993).

Après l’occurrence précoce des deux phénomènes atypiques ABELA et BRANSBY, le cœur de la saison cyclonique 2016-2017 proprement dit, a donc démarré excessivement tardivement, été à la fois peu prolifique et surtout hyper concentré dans le temps, se cantonnant à une fenêtre temporelle de moins de six semaines, bornée entre le début février et la mi-mars, au cours de laquelle quatre phénomènes ont réussi à se développer (dont trois cyclones tout de même), en deux vagues successives ayant vu en chaque occasion temporairement coexister deux systèmes (CARLOS et DINEO, puis ENAWO et FERNANDO). Ce n’est que lors de cette période correspondant au maximum de potentiel climatologique de cyclogenèse, que l’activité perturbée a pu émerger et parvenir à passer outre le contexte de grande échelle excessivement défavorable et rédhibitoire le restant de la saison. Cette fin de saison dès la mi-mars, fait figurer l’exercice 2016-2017 au 5ème rang des saisons s’étant achevées le plus précocement depuis le début de l’ère satellitaire (soit 50 ans).

Aucun système dépressionnaire de la saison ne s’est formé sur la partie orientale du bassin (i.e. à l’est du méridien 75°Est) ou n’a été issu de la zone du Sud-Est de l’océan Indien, une configuration de localisation des cyclogenèses sur le Centre ou l’Ouest du bassin que l’on sait toujours plus à risque pour les terres de la zone. Les phénomènes ayant climatologiquement tendance à se déplacer en direction de l’ouest ou du sud-ouest en début de vie – ce qui s’est encore vérifié cette saison –, ils peuvent, en effet, plus aisément se rapprocher des îles et terres concentrées sur la partie occidentale du bassin océanique, dans cette configuration. Les quatre systèmes formés sur la partie Centre-Ouest de l’océan Indien, ont de fait tous, à des degrés divers, influencé les terres habitées : CARLOS et, à un degré moindre FERNANDO, ont concerné les îles de l’archipel des Mascareignes, avec une influence essentiellement pluvieuse (en l’occurrence providentielle, dans un contexte de sécheresse exacerbée) ; si ABELA est venu mourir sur le Nord-Est de Madagascar, avec une influence marginale, il n’en a pas été de même pour le cyclone ENAWO, qui a sévèrement impacté la Grande Ile ; tandis que l’unique phénomène formé cette saison dans le Canal de Mozambique, le cyclone DINEO, venait pour sa part durement secouer la province mozambicaine d’Inhambane, zone qui n’avait pas été touchée par un tel phénomène depuis très longtemps, y faisant de trop nombreuses victimes.

Avec ENAWO, Madagascar a connu son impact cyclonique le plus violent depuis le cyclone GAFILO de 2004. Ce cyclone tropical intense a frappé la côte nord-est de la Grande Ile au maximum de sa puissance, avant de traverser ensuite les terres malgaches du nord au sud, faisant plus de 80 victimes. ENAWO a ainsi mis fin à une période exceptionnellement longue de cinq années de tranquillité pour la façade orientale de Madagascar ; la côte orientale de la Grande Ile n’avait, en effet, pas subi de phénomène significatif depuis le cyclone GIOVANNA en 2012.

De sorte que malgré une activité pouvant être qualifiée globalement de "faible" et un nombre réduit de phénomènes, cette saison 2016-2017 aura été loin d’être bénigne pour les terres habitées du bassin, illustrant une nouvelle fois le fait qu’on ne peut établir de lien entre l’activité à l’échelle du bassin et le risque d’impact : saison peu active ne signifie en aucun cas risque faible !

   

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