Nicolas Villeneveuve, ex-physicien et directeur de l'Observatoire volcanologique :

"Monsieur Volcan" retrouve l'université


Publié / Actualisé
Nicolas Villeneuve, physicien, chercheur et ancien directeur à l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), redevient maître de conférences à l'université de La Réunion. Il continuera à travailler à l'OVPF. Le scientifique rejoignait la structure à la fin des années 90 quand il y terminait sa thèse. (Photos d'archives)
Nicolas Villeneuve, physicien, chercheur et ancien directeur à l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), redevient maître de conférences à l'université de La Réunion. Il continuera à travailler à l'OVPF. Le scientifique rejoignait la structure à la fin des années 90 quand il y terminait sa thèse. (Photos d'archives)

 

"Depuis quatre ans, j’avais un statut de physicien adjoint. J’ai eu un détachement et je retrouve le corps des universités ce 1er septembre. Je redeviens maître de conférences. Je perds la composante observatoire pour retrouver celle de l’enseignement. Je continue à faire de la recherche dans une unité qui a deux sites. À l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF) et au laboratoire géosciences Réunion auquel je serai rattaché. Je ne quitte donc pas mon bureau de la Plaine des Cafres", précise-t-il depuis… son bureau cafriplainois.

L’ex-dirigeant de l’Observatoire, du 1er septembre 2013 au 1er septembre 2016, essayera d’y venir deux à deux jours et demi par semaine. Un lieu où il restera un membre actif. "J’ai eu le cœur gros jeudi soir au moment de la symbolique et du passage de l’un à l’autre", ajoute-t-il. Nicolas Villeneuve rend hommage aux dix personnes composant l’équipe actuelle de l’OVPF. Des chercheurs et des ingénieurs.

"Le niveau de l’équipe technique est reconnu internationalement. Et si l’OVPF tient, c’est car ses membres sont de gros communicants. L’objet est fabuleux et est particulièrement bien instrumenté grâce à des ingénieurs qui trouvent des solutions avec des bouts de ficelles." Le spécialiste loue la densité et la qualité du travail effectué avec ses collègues. Des années pendant lesquelles il pensait, travaillait et dormait "volcan". Même en vacances à l’autre bout du monde ou de la France. Comme en juillet 2015 au Futuroscope de Poitiers.

- "J'ai dû broder" -

Il se trouvait dans une attraction et répondait à son téléphone lorsque le directeur-adjoint de l’Observatoire l’appelait pour l’informer d’une crise sismique. Une implication toujours forte. Et des moments forts vécus depuis près de 20 ans. Difficile de tous les citer. Le physicien se rappelle notamment de l’éruption du mois de juillet 2015 où avec son collègue anglais, il réalisait des images thermiques de très haute qualité. Ou encore avec son équipe, en septembre 2016, quans il observait la pleine lune montante, pile en face de l’éruption. "Nous avions travaillé plus tard afin de rentrer de nuit."

"Monsieur Volcan" se remémore également sa visite au directeur de l’Observatoire d’Hawaï. "C’est frappant de voir que nous avons pu tenir un Observatoire à dix permanents scientifiques ou techniques alors qu’ils le font à 60 à Hawaï." Sa plus belle éruption ? Sa première en 98. Période où il préparait sa thèse. Celle du 24 août 2015 lui reste aussi en mémoire. À chaque crise sismique, c’est à la préfecture d’annoncer le début ou la fin de l’éruption. Mais ce jour-là, les choses changeaient un peu. Notamment pendant son direct au journal télévisé du soir à Réunion Première.

"Entre 18 h 50 et 19 heures, l’éruption avait commencé. L’État n’avait pas eu le temps de l’annoncer. J’ai donc parlé d'un phénomène tellurique. J’ai dû broder... Et la journaliste me disait : on voit sur vos web cams les fontaines de lave. Que voulez-vous répondre à ça ? Si même mes caméras se mettent à me trahir", glisse-t-il avec humour. Autre anecdote : sa première éruption en tant que directeur le 21 juin 2014, déclenchée à 1 heure du matin.

- "Montagne du diable" -

"Les rédactions n'étaient pas encore en veille. Les journaux étaient déjà imprimés. Mais on savait que les journalistes allaient nous appeler vers 6 heures. On a donc savouré ce silence. Jusqu’à 6 h, on se sentait comme seuls au monde." Nicolas Villeneuve se passionne toujours pour le Piton de la Fournaise. Il se replonge même dans les écrits des anciens qui le qualifiait de "montagne du diable".

Une grande montagne vivante et magique surtout quand il fait beau."Quand vous êtes là-haut, sur le flanc Est, et que vous devinez Piton Sainte-Rose au loin, c’est un truc de fou. On se sent vraiment petit face aux éléments.", lâche-t-il. Un volcan en constante évolution. De par sa nature et sa physionomie. Comme en 2007, durant l’effondrement du Dolomieu. "Ce Piton de la Fournaise, les spécialistes l’écoutent respirer. Il est changeant et n’est jamais pareil", commente le quadragénaire.

Un état de santé scruté en permanence par les scientifiques de l’OVPF grâce à leurs instruments. Eux et Nicolas Villeneuve demeureront à jamais indissociables de l'histoire du Piton de la Fournaise. Ses "docteurs volcan" continueront encore à veiller sur le monstre endormi depuis le 28 août.

Revivez ici les précédentes éruptions.

ts/rb/www.ipreunion.com

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !