28 % d'agricultrices à La Réunion :

"Pas prise au sérieux car je suis une femme"


Publié / Actualisé
Dans le cadre de la quatrième journée internationale de la femme rurale, la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) organisait le troisième trophée des agricultrices ce dimanche 15 octobre 2017 à la Plaine des Cafres. 15 professionnelles participaient à ce concours. Neuf d'entre elles recevaient une récompense dans trois catégories différentes. Celles de l'engagement, de l'innovation et du savoir-faire. À ce jour, l'île compte 7872 agriculteurs dont 2269 femmes selon les chiffres de la Chambre d'agriculture. Une proportion de 28 % contre 20 % sur le plan national. (Photo d'illustration)
Dans le cadre de la quatrième journée internationale de la femme rurale, la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) organisait le troisième trophée des agricultrices ce dimanche 15 octobre 2017 à la Plaine des Cafres. 15 professionnelles participaient à ce concours. Neuf d'entre elles recevaient une récompense dans trois catégories différentes. Celles de l'engagement, de l'innovation et du savoir-faire. À ce jour, l'île compte 7872 agriculteurs dont 2269 femmes selon les chiffres de la Chambre d'agriculture. Une proportion de 28 % contre 20 % sur le plan national. (Photo d'illustration)

 

La Réunion surpasse donc la métropole dans ce domaine. Machisme, difficultés, regard négatif porté sur elles ? Quatre maraîchères ou éleveuses racontent leur métier vécu de l’intérieur. Reine May-Vitry ne se laisse pas impressionner depuis le lancement de son entreprise en août 2016. Elle gère une exploitation sur laquelle se trouvent des bananes, de la rouroute, des songes et du curcuma à la Plaine des Grègues. Une totale reconversion pour elle après une expérience dans le prêt-à-porter.

Elle suivait une formation au lycée agricole de Saint-Joseph. Et devait subir des réflexions machistes à son retour dans les classes. "On se moquait de moi car j'arrivais maquillée et avec des escarpins. Pendant les travaux pratiques, j’avais des bottes fleuries et fantaisistes. Même aujourd’hui, dans mon champ, je suis maquillée et en tenue de couleur. Les femmes ont leur place. On peut très bien être coquette et agricultrice", lance-t-elle.

La quinquagénaire était d'ailleurs victime de clichés de la part de  clients ou de certains confères. "Quand je dis que je suis agricultrice, on minimise ma tâche.  Certains trouvent ça dévalorisant d’être agricultrice. Ce n'est pas toujours facile", glisse-t-elle. Madame Vitry encourage les femmes à épouser son métier. "Il n’y a pas d’âge pour être agricultrice", précise-t-elle. Sudiste elle aussi, Isabelle Payet, subissait les mêmes types de moukatages.

- "C'est toujours très compliqué" -

La quadragénaire prenait la relève de son père, agriculteur également. Et s’installait il y a  six mois à la Grande Ferme, à la Plaine des Cafres. Elle pratique la permaculture sur deux hectares et produit des haricots, des choux, des brèdes, des betteraves et des carottes. Des denrées écoulées sur les marchés.

"Quand on est une femme, c’est toujours très compliqué. Cela reste un milieu très macho. Quand on débarque avec un nouveau projet comme le mien, ce n’est pas facile. Il faut travailler deux fois plus et montrer que l’on résiste", juge-t-elle. La relation avec les administrations lui pose également problème.

"Les hommes arrivent à engager plus facilement un rapport de force. J’ai du mal à taper du poing sur la table. Cela aide d’être un homme. Parfois, je ne suis pas prise au sérieux car je suis une femme dans mes relations avec les organismes", ajoute l’ex-secrétaire de métier, âgée de 44 ans. La Cafriplainoise intégrait la commission féminine mise en place par la FDSEA. Sa collègue Nadine Bigey partage son avis sur certains points. Mais la cultivatrice de fraises, de poivrons et de tomates depuis 2006 à Grand Tampon-les-Hauts relativise ce sentiment de machisme.

- "Les choses évoluent" -

"Ces réflexions  tendent à disparaître même s'il y a toujours des hommes qui trouvent que ce n’est pas un travail de femmes. C’est très macho de dire qu’une femme n’est pas capable de porter ses caisses ou d’utiliser une pioche mais les mentalités évoluent", souligne-t-elle. La Tamponnaise incite les femmes à se lancer s’ils souhaitent cultiver la terre ou élever des bêtes. Evelyne Robert, présidente de la commission des agricultrices à la FDSEA, sautait le pas il y a treize ans.

Elle passait huit années passées dans le secteur des travaux publiques en tant que secrétaire. La maraîchère s’occupe aussi de vaches et de moutons. Elle rejoint l'opinion de Nadine Bigey. "Il y a encore du machisme mais les choses évoluent. Les femmes trouvent leur place. Elles ne doivent plus rester dans l’ombre de leur mari. Nous les accueillons bien à la FDSEA. Leur travail commence à être primé", commente-t-elle.

Après les trophées des agricultrices du syndicat, les instances comme la Chambre verte tente de valoriser l'activité réalisée par les professionnelles. Depuis 2010, la structure propose également les Journées des femmes agricultrices. Il y encore du travail avant d'atteindre la parité. Mais ces initiatives ont le mérite d'exister.

ts/www.ipreunion.com

   

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