Les restaurants vont reculer à l'Hermitage :

"C'est inadmissible de privatiser des plages"


Publié / Actualisé
La mairie de Saint-Paul confirme le déplacement de plusieurs mètres des restaurants installés sur la plage de l'Hermitage. Mais ne donne pas encore de calendrier. Une pétition en ligne et des actions citoyennes dénoncent ces constructions trop près de la mer. Des initiatives menées par le collectif Rend a nou la plage et le docteur Karl Bellon, ex-conseiller général du canton saint-paulois. Ce dernier indique : "C'est inadmissible de privatiser des plages."
La mairie de Saint-Paul confirme le déplacement de plusieurs mètres des restaurants installés sur la plage de l'Hermitage. Mais ne donne pas encore de calendrier. Une pétition en ligne et des actions citoyennes dénoncent ces constructions trop près de la mer. Des initiatives menées par le collectif Rend a nou la plage et le docteur Karl Bellon, ex-conseiller général du canton saint-paulois. Ce dernier indique : "C'est inadmissible de privatiser des plages."


Un avis partagé par Virginie Peron, conseillère municipale de Saint-Paul, chargée de la politique environnementale, de la majorité du maire Joseph Sinimalé. "Je ne suis par pour une privatisation de la plage. Je suis d’accord avec ce que dit Rend a nou la plage. Ce sont des faits avérés avec l’érosion permanente. Si nous continuons à construire, nous allons à l’encontre de notre patrimoine", lance-t-elle. Rend a nou la plage interpelle en ce moment la municipalité par le biais de lettres ouvertes.

Ses membres contestent le déplacement des restaurants. "Faut-il payer les restaurateurs pour le manque d'activité durant leur déplacement ? Mais comment avez-vous fait sur le front de mer ? Vous avez bien construit deux rondavelles et un des occupant n'a pas eu à être indemnisé", assurent-ils en s'adressant à Joseph Sinimalé. Il y a un an, les élus se réunissaient afin d’acter le recul des établissements. Mais Virginie Peron ignore à quelle échéance seront réalisées seront les opérations.

Lire aussi : "Vous avez du boulot pour un meilleur respect de notre environnement"

Une réunion entre les services de la DEAL et de la mairie le mois prochain permettra peut-être d'y voir plus clair. Parallèlement, Joseph Sinimalé et le sous-préfet de Saint-Paul Frédéric Carre échangent sur le sujet. "Tout le monde sait que l’on veut reculer. La municipalité, l’État et les restaurateurs sont prêts. Il faut faire les choses sans gêner les riverains (lors du déplacement, Ndlr). Ce recul est-il un serpent de mer ? Nous arriverons à le faire. Nous n’avons jamais été aussi prêts d’y parvenir", glisse l’élue.

La majorité désire reboiser l’arrière-plage de l’Hermitage. Pour replanter des veloutiers et des patates à Durand afin de retenir le sable. Dans la zone située sur le haut de la plage, des filaos, en partie déracinés, seront abattus. "Les espèces replantées seront en production à la pépinière communale de Cambaie au premier trimestre 2018. Cela prend du temps donc nous n’avons pas encore de calendrier complet. Nous fermerons à très très long terme les voies aux voitures mais cela se fera via une concertation avec les riverains", commente la conseillère.

- "Sans respecter la loi" -

Ce déplacement prévu irrite pourtant Karl Bellon, riverain à l’Hermitage. Le docteur du Port balaye cependant toute envie de revenir en politique. "Reculer, cela veut dire prendre des espaces sur des aires de pique-nique. L’autorisation d’occupation temporaire précise que ce doit être des structures démontables. Trois ou quatre personnes ont pris une partie de la plage et se sont étendues sans respecter la loi littorale et sur l’environnement.", accuse-t-il.

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L’homme de 64 ans dénonce le "laxisme" des autorités. Et assure ne pas être à l’initiative de la pétition lancée en ligne afin d’alerter le président de la République et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Karl Bellon préférait annuler le pique-nique, censé se tenir dimanche dernier, à l’Hermitage pour s’opposer "à la privatisation des plages". Une décision prise par crainte des débordements.

"Des jeunes étaient tellement remontés que j’ai préféré tout annuler. Il faut trouver d’autres moyens. Par la pétition, en sollicitant les élus. Si ça ne marche pas, on verra comment faire. Une autre solution est de mettre en place un collectif de Réunionnais. On ne peut pas laisser faire n’importe quoi." Il affirme également ne pas connaître les représentants du collectif Rend a nou la plage.

- La mer monte toujours -

"On a fait les rondavelles mais pourquoi les restaurateurs ont besoin d’autant d’espace ? J’ai lancé un cri d’alarme qui a fait 1200 partages sur Facebook. La population est sensible à part nos élus qui ont les yeux bouchés", ajoute-t-il.

Il nie toute proximité avec l’ex-maire saint-paulois Alain Benard, très actif en ce moment sur cette question des restaurants installés sur la plage. "S’il se présente en 2020 à Saint-Paul, je ne ferai pas partie de sa liste. C’est le seul maire qui a osé s’attaquer à ce problème durant son mandat. On l’a ensuite traité de raciste", complète-t-il. En attendant le lancement de toutes ces actions, le niveau de la mer monte toujours de quelques millimètres tous les ans. Et la zone continue à être grignotée.

Des phénomènes confirmés et expliqués par Jacques Écormier, chef prévisionniste à Météo France. Il évoque notamment la houle ravageuse de mai 2007 pour les établissements implantés à l’Hermitage. Des vagues géantes les dévastaient tous ainsi que leurs terrasses. De l’eau inondait des maisons à Saint-Gilles-les-Bains. En février 2007, le cyclone Gamède passait près de nos côtes. Il avalait la plage des Roches Noires et creusait le cimetière marin de Saint-Paul.

- Vagues de 11m30 -

"Gamède avait impacté fortement la baie de Saint-Paul et avait touché les villas du côté du secteur de la maison des pêcheurs. En mai 2007, cette forte houle avait touché le Sud-Ouest avec des hauteurs moyennes de vagues mesurées à 6m30 et des valeurs maximales de 11m30 à Saint-Pierre", détaille-t-il. La plage avait été rognée à l’Hermitage se souvient-il. Cette houle sert de valeur de référence à Météo France. Jacques Écormier fait aussi référence aux inondations des maisons à Saint-Louis durant le dernier hiver austral.

"Il y un impact fort de l’installation sur la plage. Prenons la baie à Saint-Paul, dans les années 60, les maisons des pêcheurs étaient espacées et il y avait des patates à Durand. Mais ces habitations ont été rachetées et on a fait des murs en béton qui empêchent l’eau de s’écouler. Le sable s’entasse contre le mur et va finir par céder. Il y a ensuite des inondations", explique-t-il.

Un constat saisissant quand on observe les constructions dans la zone de l’Hermitage. Avec des restaurants et des terrasses qui empiètent sur le domaine public maritime. Sans oublier les maisons édifiées les unes à côté des autres. De quoi augmenter les risques en cas de cyclone ou de forte houle.

ts/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Jose, Posté
Je suis tout à fait d'accord, la plage est à tout le monde, virez moi aussi tous ces transats réservés devant certains snacks !
De quel droit se permettent-ils de s'approprier ces espaces publiques, pareil pour certains lieux de culte sur le domaine publique.