Foot - Entretien croisé avec les coachs de l'Excelsior et de la Petite-Île :

Coupe de France : Dominique Veilex et Jean-Marc Payet se confient avant le 7ème tour


Publié / Actualisé
Les 11 et 12 novembre prochains, ils auront le même objectif : atteindre le 8ème tour de la coupe de France en créant la surprise. Il se déplacera en métropole avec ses joueurs, Dominique Veilex entraîneur de l'Excelsior, sera opposé à l'Entente Feignies Aulnoy (National 3). Il recevra à Saint-Pierre le club de l'AS Beauvais, Jean-Marc Payet entraîneur de la Petite-Île. Leur mot d'ordre : faire rayonner le football réunionnais. Entretien croisé.
Les 11 et 12 novembre prochains, ils auront le même objectif : atteindre le 8ème tour de la coupe de France en créant la surprise. Il se déplacera en métropole avec ses joueurs, Dominique Veilex entraîneur de l'Excelsior, sera opposé à l'Entente Feignies Aulnoy (National 3). Il recevra à Saint-Pierre le club de l'AS Beauvais, Jean-Marc Payet entraîneur de la Petite-Île. Leur mot d'ordre : faire rayonner le football réunionnais. Entretien croisé.

 

Ils entraînent deux clubs que tout oppose ou presque. L'AS Excelsior de Saint-Joseph, mastodonte de la scène footballistique réunionnaise et l'AJ Petite-Île, en première division depuis à peine sept ans et dont les moyens ne se rapprochent guère du club Saint-Josephois. Si les deux équipes semblent diamétralement opposées, leurs deux entraîneurs ont le même objectif pour ce 7ème tour de coupe de France : gagner, et faire honneur au foot réunionnais.

D'un côté, Dominique Veilex. Entraîneur de l'AS Excelsior depuis le mois d'avril dernier, Dominique Veilex connaît bien la métropole. Joueur puis entraîneur, il avait mené à la surprise générale en 2012 le Gazélec d'Ajaccio jusqu'en Ligue 2. Vainqueur de la coupe régionale de France contre la Saint-Pierroise (1-0) et dauphin du même club en championnat, le coach croit en ses chances mais ne veut pas s'enflammer.

De l'autre, Jean-Marc Payet. Arrivé en tant que coach à La Réunion en 1992, après un passage de six ans en métropole, il entraîne la Petite-Île depuis avril 2016. Sept ans après être montée pour la première fois de l'histoire du club dans la plus haute division, l'AJPI s'est offert dimanche 23 octobre, le premier titre majeur du club. Un peu plus d'un an après l'arrivée de Jean-Marc Payet. Une finale régionale remportée contre la Tamponnaise (1-0) pour une qualification au 7ème tour de coupe de France, et des ambitions toujours plus grandes.
 

Votre première réaction après le tirage au sort du 7ème tour de la coupe de France ?

Dominique Veilex - Excelsior (D.V.) : "Vu les équipes qu'on pouvait rencontrer, je pense notamment à Rodez -1er de National- que je connais bien c'est plutôt un bon tirage. Une équipe de National 3, ça paraît être le tirage le moins pire auquel on pouvait s'attendre, après on verra sur le terrain".

Jean-Marc Payet – Petite-Île (J-M.P) : "Ce tirage nous laisse dubitatif dans le sens où ça aurait pu être pire, comme ça aurait pu être mieux. Après, peu importe l'équipe qui serait sortie, on restait le petit poucet. On est que les invités surprises, on assume notre victoire en finale régionale et on veut prouver à travers notre exemple que le foot réunionnais est présent et que n'importe qui peut battre n'importe qui".

Qu'est-que cela représente pour vous de disputer la coupe de France ?

D.V. : "J'ai connu le fait de jouer en métropole avec la Possession à l'époque. Quand on est entraîneur on est passionné, donc il est vrai qu'avec la coupe de France on s'identifie. On a l'honneur de représenter La Réunion, donc il faut nourrir d'ambitions, ne pas se fixer de limite… Surtout après avoir éliminé la Saint-Pierroise. Et égoïstement, je dirais qu'on représente aussi avant tout l'Excelsior et la ville de Saint-Joseph"

J-M.P. : "C'est indéfinissable. Ce 7ème tour c'est Noël avant l'heure pour l'AJ Petite-Île, un petit club d'une ville de même pas 10.000 habitants et avec peu de moyens. Je dirais même que la finale régionale c'était Noël avant l'heure. La remporter c'était avoir un cadeau sous le sapin et ce 7ème tour c'est emporter le cadeau et le sapin avec nous".

Est-ce que la coupe peut servir de vitrine au foot réunionnais ?

D.V. : "Oui, on va mettre en avant la qualité du foot réunionnais, montrer que le foot réunionnais a des valeurs. Et puis aussi mettre en avant la ville et le club. C'est la troisième fois que l'Excelsior participe à l'aventure et ce n'est pas par hasard. C'est pour ça qu'il est important de se qualifier là-bas"

J-M.P. : "Oui, car notre institution s'est battue pour mettre en avant le foot réunionnais. Avec l'Excelsior on représente les deux faces du foot de l'île. D'un côté un club d'expérience, avec des moyens et de grandes ambitions. De l'autre vous avez nous : ceux qui se battent tous les jours, qui font preuve d'ingéniosité tous les jours pour répondre aux attentes de nos licenciés. Nous on représente 90% du foot réunionnais, donc c'est formidable d'être là".

L'expérience, ça joue dans ce genre de match à élimination directe ?

D.V. : "Tout à fait. Comme je le dis aux joueurs, quand on a accumulé ce genre d'expérience en championnat mais surtout en coupe de France, le déplacement, la préparation, l'approche d'un match comme celui-là, c'est hyper important et il faut profiter de ça"

J-M.P. : "Beauvais était en Ligue 2 il y a quelques années de ça. Le club a la culture du très haut niveau. Nous nous avons, hormis ces deux dernières années, toujours galéré pour nous maintenir au plus haut niveau régional. La philosophie des deux clubs sera donc totalement différentes dans l'appréhension du match".

Vous avez tous les deux entraînés en métropole. Est-ce personnellement, c'est encore plus important de gagner ce match ?

D.V. : "Oui, j'ai encore plus envie de gagner ce match parce que je connais la sensation de ces matchs-là. Et comme je suis un coach métropolitain à La Réunion, j'ai envie de faire partie de l'histoire de l'Excelsior. Qui plus est, le huitième tour se disputera chez nous si on passe, et ça il ne faut pas l'oublier"

J-M.P. : "Quand on est un compétiteur on veut gagner tous les matchs. Encore plus ce genre de match couperet. Après, à nous de saisir de notre chance en jouant sur nos qualités et pourquoi pas profiter des faiblesses des adversaires".

Ce genre de match a une saveur particulière, comment vous allez préparer vos équipes ?

D.V. : "De mon côté dès maintenant je vais faire mon travail d'entraîneurs, aller chercher des vidéos, des informations sur notre adversaire. Dès la semaine prochaine on va travailler sur l'organisation. Et ensuite ce qui va être important, c'est de ne pas surpasser l'événement. Il ne faut pas jouer le match avant, ne pas mettre trop de pression aux joueurs et capitaliser de la confiance en travaillant sur nos qualités. Leur faire comprendre qu'il y a en cas de victoire un 8ème tour à La Réunion".

J-M.P. : "On veut montrer que tout est possible. Aujourd'hui, aucun club à La Réunion n'a fait ce que nous sommes en train de réaliser. On va aborder le match avec honneur, avec responsabilité et je l'espère avec la solidarité des Réunionnais".

Passons au football réunionnais dans sa globalité. Selon vous, est-ce qu'aujourd'hui, on met assez en avant la dimension sociale de ce sport à La Réunion ?

D.V. : "C'est une question qu'on ne nous pose pas assez souvent. Ici, c'est énorme. Aujourd'hui, le foot sert d'exemple à Saint-Joseph notamment où les jeunes s'identifient aux joueurs de l'équipe première, et comme ici on recrute les joueurs et en plus on les fait travailler pour la commune et on leur dit qu'ils vont s'investir dans la formation des jeunes, c'est un vecteur social énorme".

J-M.P. : "De plus en plus. A La Réunion on a la réalité du chômage, de l'insertion professionnelle. De tout temps, on ne peut mesurer la dimension sociale du sport à La Réunion. Cela se résume en trois points : d'abord le lien social. Il n'y a pas d'autres sports où l'on rassemble sans distinction toutes les classes sociales, les considérations religieuses et les opinions politiques. Ensuite, le rôle de modérateur social. Quand un jeune vient s'entraîner, il n'est pas en train de traîner dans la rue et toutes les déviances qui l'accompagnent. Enfin, le football a un rôle d'ascenseur social. Ceux qui viennent au foot, font des rencontres et profitent de l'entre-gens footballistique qui sert professionnellement pour trouver un travail et trouver une stabilité. Avant de faire des jeunes des sportifs, les clubs doivent en faire des hommes  ".

Est-ce qu'on peut parler d'avènement du football des Hauts ?

D.V. : "Oui, moi je suis admiratif du travail de la Petite-Île et nous a Saint-Joseph avec l'effectif de 23 joueurs du cru c'est énorme. Toutes les équipes ne peuvent pas se targuer d'avoir autant de joueurs de sa ville. Ce travail de profondeur est en plus très important pour la suite parce qu'on ne peut pas se permettre de recruter des joueurs d'ailleurs à tout bout de champ".

J-M.P. : "Quand on parle de football des Hauts, on peut parler de la Petite-Île. Le microcosme du foot local voulait, il y a encore six ou sept, que le football des Hauts ne soit pas propice. Aujourd'hui, il le devient. Parce que dans les soi-disant grands clubs de la côte on aurait de plus grands joueurs. Mais aujourd'hui la courbe s'inverse"

Comment est le soutien des élus pour votre club ?

D.V. : "À Saint-Joseph on a la chance d'avoir un maire, Patrick Lebreton, qui est un passionné et qui s'intéresse de savoir comment les subventions sont utilisées. Il est très attentif à qui on forme, qui on recrute, comment on travaille au niveau des jeunes, qu'il y est dans l'effectif de l'équipe première au moins une dizaine de joueurs formés à Saint-Joseph".

J-M.P. : "La municipalité nous soutient évidemment, et avec les moyens qui sont les siens. On fait certes figure de parents pauvres du foot réunionnais, mais on ne va pas s'en plaindre. La municipalité reste un acteur incontournable et privilégié dans notre projet."

Comment percevez-vous le club de l'autre ? La Petite-Île pour Dominique Veilex et l'Excelsior pour Jean-Marc Payet ?

D.V. : "Pour moi la Petite-Île est un bon exemple de progression. Quand j'étais sur l'île dans les années 90, je ne les connaissais pas et maintenant chaque année ils progressent dans ses résultats. Il y a un travail très intelligent et en profondeur qui est réalisé par ses dirigeants, et tout ça avec des moyens beaucoup moins importants que les gros clubs de l'île."

J-M.P. : "C'est un club qui a toujours été ambitieux, un club formateur qui a une municipalité et des dirigeants qui sont sur la même longueur d'ondes. On ne peut que leur souhaiter le meilleur parce qu'ils se donnent les moyens de leurs ambitions. Et au-delà de l'aspect sportif, il y a une véritable passion du football et une envie d'avoir une relation humaine avec l'autre qui prédomine. Ce n'est pas hasard quand on voit leurs résultats."

hf/www.ipreunion.com

   

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