Difficulté à obtenir un certificat de décès :

Théodore Hoarau : "à La Réunion, on ne meurt pas comme en métropole"


Publié / Actualisé
Pour ne pas rajouter du chagrin au chagrin. La Mutualité de La Réunion, en partenariat avec l'Union des consommateurs réunionnais (UCOR) lançait une pétition en faveur des familles réunionnaises endeuillées. L'objectif : alerter les pouvoirs publics sur les difficultés à obtenir un certificat de décès, essentiellement délivré par les médecins. Le problème se pose lorsque la mort survient à domicile, la nuit, le week-end ou les jours fériés. La pétition a été signée par près de 16.000 personnes, parce que "à La Réunion, on ne meurt pas comme en métropole où il n'y a jamais d'urgence liée au décès d'une personne" assure Théodore Hoarau, président de la Mutualité de La Réunion. La pétition sera remise au préfet ce samedi 18 novembre.
Pour ne pas rajouter du chagrin au chagrin. La Mutualité de La Réunion, en partenariat avec l'Union des consommateurs réunionnais (UCOR) lançait une pétition en faveur des familles réunionnaises endeuillées. L'objectif : alerter les pouvoirs publics sur les difficultés à obtenir un certificat de décès, essentiellement délivré par les médecins. Le problème se pose lorsque la mort survient à domicile, la nuit, le week-end ou les jours fériés. La pétition a été signée par près de 16.000 personnes, parce que "à La Réunion, on ne meurt pas comme en métropole où il n'y a jamais d'urgence liée au décès d'une personne" assure Théodore Hoarau, président de la Mutualité de La Réunion. La pétition sera remise au préfet ce samedi 18 novembre.

La pétition a été lancée après que nombre de familles se soient plaints de plusieurs difficultés liées à la délivrance d'un certificat de décès, lorsque ce dernier survient au domicile de la famille, particulièrement lorsqu'il arrive la nuit, le week-end ou lors d'un jour férié. C'est après plusieurs témoignages, emprunts de douleur, que la Mutualité a décidé d'agir.

"En métropole, il n'y a jamais d'urgence liée au décès d'une personne. Le défunt est amené à la morgue puis est parfois pris en charge plusieurs jours après. De même, les services de pompes funèbres ne travaillent pas la nuit ni les week-ends. A La Réunion, tout est différent. Pour des questions religieuses et de tradition, beaucoup de personnes décèdent à domicile" explique Théodore Hoarau. Mais il y a surtout la question du climat : "il faut que les défunts soient pris en charge immédiatement", ajoute-t-il. Problème : les médecins disponibles à ces horaires sont rares, ne se déplacent pas toujours pour déclarer un décès, laissant les familles dans le désarroi le plus total. Car les pompes funèbres, chargés des soins du corps, ne peuvent intervenir tant que le document n'a pas été créé.

"Nous avons eu beaucoup de témoignages de familles qui se sont senties abandonnées" souffle le président de la Mutualité de La Réunion. Certaines d'entre-elles se retrouvent avec le corps de leur proche sans soins funéraires, plusieurs heures durant. Mais sans incriminer les professionnels de santé, Théodore Hoarau rappelle qu'un "opérateur funéraire ne peut pas intervenir tant qu'il n'y a pas un certificat de décès. Les familles le vivent très mal. Si un décès intervient à minuit, comment trouver un professionnel qui fournira un certificat ? Quelques familles arrivent à contourner cette difficulté, en appelant le SAMU ou en se rendant à l'hôpital", parfois contraintes de transporter le corps dans une voiture jusqu'au CHU, pour que le décès soit reconnu. Un épisode traumatisant, qui rajoute de la peine au chagrin de la perte d'un proche.

 - Les médecins se déplacent de moins en moins -

Du côté des professionnels de santé, il n'est pas évident non plus de se déplacer pour constater un décès. Cela peut s'expliquer par le manque d'effectif dans les endroits isolés, mais aussi par des raisons propres aux praticiens. "Ce n'est pas facile d'aller déclarer le décès de quelqu'un quand on ne sait rien de cette personne" estime Karl Bellon, médecin généraliste du Port. Il évoque également des "questions de sécurité. Beaucoup de praticiens en visite la nuit ont été agressés ou se sont fait voler leur véhicule", raconte-t-il, au sujet des médecins "de famille", qui décident de ne plus se déplacer au domicile de leurs patients. Dans l'Ouest par exemple, "c'est SOS Médecins qui prend le relais. Il y a toujours quelqu'un d'astreinte. Personnellement je n'ai jamais rencontré de problèmes à ce niveau-là", continue le généraliste.

Pourtant, tel est le problème des familles endeuillées, peinant à trouver un professionnel pour enfin débuter les soins mortuaires et ainsi organiser la veillée, à domicile, dans la tradition réunionnaise. La pétition a d'ailleurs été lancée en ce sens. La Mutualité compte proposer une alternative aux services de l'Etat. "Il y a peut-être une possibilité qu'il y ait le constat du décès par quelqu'un d'assermenté, dont le constat sera lui-même validé par un certificat médical par la suite. Mais ce constat préalable permettrait surtout aux opérateurs funéraires de commencer les opérations, ou au moins la première : l'installation d'une table réfrigérante (qui ralentit la décomposition) pour la conservation du corps. Et à ça, les familles y tiennent beaucoup" suggère Théodore Hoarau.

Pour rappel, le décès d'un proche est à déclarer en mairie dans les 24 heures suivant la mort du défunt. Un délai court quand un certificat de décès met du temps a être délivré. "Le décès et le deuil sont aussi pénibles et douloureux qu'ailleurs, mais à La Réunion, la pratique des obsèques a toujours un caractère solennel, quelque soit la confession de la famille. Il est important pour que le défunt soit accompagné à sa dernière demeure dans les meilleures conditions", termine Théodore Hoarau.

jm/www.ipreunion.com

 

   

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