85 % de letchis en moins pour Noël :

Des producteurs menacés de disparition


Publié / Actualisé
En raison d'un hiver trop chaud et des fortes pluies, la saison des letchis s'annonce catastrophique. Les professionnels de la filière prédisent une baisse de la récolte de 85 %. On prévoit aussi moins 70 % pour la mangue américaine et 50 % pour la José. Presque 10 % des 400 producteurs du fruit rouge se voient menacés de disparition. D'autres verront leur chiffre d'affaires divisé par 2. (Photo d'archives)
En raison d'un hiver trop chaud et des fortes pluies, la saison des letchis s'annonce catastrophique. Les professionnels de la filière prédisent une baisse de la récolte de 85 %. On prévoit aussi moins 70 % pour la mangue américaine et 50 % pour la José. Presque 10 % des 400 producteurs du fruit rouge se voient menacés de disparition. D'autres verront leur chiffre d'affaires divisé par 2. (Photo d'archives)

 

Selon Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’agriculture, des exploitations se trouvent directement menacées. "100 producteurs de letchis sur 400 ne vivent que de cette culture. Une trentaine d’entre eux risque de disparaître cette année. Si une deuxième année pareille se produit il y a des risques importants pour la filière", commente le patron de la Chambre verte, contacté par téléphone avant son départ pour Paris.

Ce dernier ira y rencontrer un représentant du ministère de l’Agriculture pour évoquer le sujet. Il demande des mesures d’aides spéciales. Notamment le maintien des montants de 2016 pour le Programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l’insularité pour le POSEI 2017. Plusieurs producteurs de l’Est souhaitent la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle.

Une situation problématique pour eux malgré les moukatages parfois entendus à leur propos. "Bana i roulent en gros 4x4 et i crient na poin l’arzen avant ke le cyclon fin’ passé", par exemple.

Derrière ces clichés se cachent des conséquences bien réelles. Comme des chiffres d’affaires à la baisse ou des emplois saisonniers non-renouvelés. Illustration de ces difficultés avec Yasmine Ramassamy.

Elle entretient un verger de manguiers centenaires au Tour des Roches à Saint-Paul. Des arbres de 15 à 20 mètres de haut. Et depuis son exploitation, elle décrit une  récolte différente des deux dernières saisons où elle ramassait de 60 à 70 tonnes.

- Conséquences de la saison -

"Je prévois une perte de 40 à 50 % de mon chiffre d’affaires. Ma trésorerie va prendre un sacré coup et je vais devoir travailler sur fonds propres l’an prochain. En début de saison de récolte, je vais devoir passer de 10 à 5 salariés", se désole-t-elle. L’agricultrice regrette de ne pouvoir employer cette main d’œuvre saisonnière.

Et quand elle lève les yeux vers ses 60 pieds de letchis : le constat est identique à celui des manguiers.

"Rien n’a fleuri. Mes collègues sont dans la même situation que moi, même si la situation est pire dans l’Est", analyse la Saint-Pauloise. Utilisatrice des méthodes biologiques, elle balaye l’image de producteurs constamment en train de "réclame la perte".

"Cela me titille les narines quand j’entends ça. Les gens qui disent ça ne connaissent ni les difficultés du terrain ni le prix des produits phytosanitaires et des intrants. Notre métier est très difficile", réplique-t-elle.

Lire aussi : Letchis : les agriculteurs ne peuvent honorer leurs charges sociales et fiscales

Une exaspération partagée par son collègue Dolor Fontaine, exploitant à Saint-Joseph. Le petit producteur de letchis, pitayas, fruits de la passion et longanis va subir les conséquences de cette mauvaise saison.

"Une perte de 75 à 80 % de la production de letchis. Les longanis, ce sera moins catastrophique. Je n’ai jamais vu aussi peu de letchis. Cela veut dire moins d’argent que l’an dernier et moins de main d’œuvre. Je vais employer 6 à 8 personnes contre une quinzaine l’an passé", glisse-t-il depuis son exploitation. Il explique cette saison par la fatalité.

Le Sudiste ne croit pas à la reconnaissance d’un état de catastrophe naturelle. "Les critères sont bien définis pour obtenir ce fonds. Il faut qu’il y ait eu un cyclone, une sécheresse extra-ordinaire, un phénomène volcanique ou un séisme. Ce n’est pas le cas."

La saison des longanis ne sera pas bonne non plus même si on ignore pour l’instant l’étendue des dégâts. La Chambre verte conseille les producteurs en difficultés. Objectifs : demander un moratoire à la Sécurité sociale et au niveau fiscal.

Lire aussi : Mauvaise saison pour les fruits : les letchis et les mangues vont manquer

Les techniciens accompagnent la constitution des dossiers pour des aides à la trésorerie. Ils examineront la situation des différents bassins agricoles de l’île afin de recenser les données météorologiques ayant provoqué les dégâts décrits plus haut.

"On est à moins 85 % de la production de letchis cette année. Moins 70 % pour la mangue américaine et moins 50 pour la José. Et les assurances ne prennent rien en charge", lance Éric Lucas, responsable du département diversification végétale à la Chambre d’agriculture.

D’autres conséquences auxquelles on pense moins sont à attendre. Pas de letchis signifie également pas de miel issu du fruit rouge… Les miellées seront moins importantes car les arbres ne fleurissaient pas assez en 2017. Le spécialiste de la filière donne des pistes pour remplacer les fruits rois par d’autres moins populaires au moment des fêtes de Noël.

"La grenadine s’exporte bien. On peut manger du corossol, du pitaya, de l’ananas ou de la banane. Il y en a. La papaye tombe bien pour Noël car elle aide à digérer", suggère-t-il. Un conseil avisé pour les festivités de fin d’année, parfois synonymes d’excès en tout genre. Se saouler aux fruits, voilà une bonne idée pour éviter les autres formes d’ivresse.

ts/www.ipreunion.com

   

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