Explosion budgétaire et bien lointaines carrières :

Chère NRL, quand et à quel prix sortiras-tu de mer


Publié / Actualisé
Lors de la commission permanente de la Région, ce mardi 28 novembre 2017, la mise en place d'une "autorisation de programme complémentaire" dans le cadre du chantier de la Nouvelle Route du Littoral sera proposée. À hauteur de 250 millions d'euros, cette enveloppe est destinée à "la constitution des provisions pour risques et aléas sur les marchés de travaux en cours d'exécution" ainsi qu'aux "mesures environnementales nouvelles ou complémentaires". Loin des 1,6 milliards initialement prévus, la facture de la NRL atteint presque les deux milliards. Parallèlement à cette explosion budgétaire, les carrières de roches massives, nécessaires aux travaux, sont encore loin d'être ouvertes.
Lors de la commission permanente de la Région, ce mardi 28 novembre 2017, la mise en place d'une "autorisation de programme complémentaire" dans le cadre du chantier de la Nouvelle Route du Littoral sera proposée. À hauteur de 250 millions d'euros, cette enveloppe est destinée à "la constitution des provisions pour risques et aléas sur les marchés de travaux en cours d'exécution" ainsi qu'aux "mesures environnementales nouvelles ou complémentaires". Loin des 1,6 milliards initialement prévus, la facture de la NRL atteint presque les deux milliards. Parallèlement à cette explosion budgétaire, les carrières de roches massives, nécessaires aux travaux, sont encore loin d'être ouvertes.

 

Très chère NRL,

Nous t’écrivons ce courrier car nous sommes particulièrement inquiets. Inquiets pour ton bien-être et ton état de santé. Inquiets face à la cascade de retards et l’explosion de la facture qui t’est dédiée. Tu le sais, au départ, ton prix était fixé à 1,6 milliard d’euros. C’est ce qui était initialement prévu dans le contrat te liant à ton créateur et à des milliers de Réunionnais.

Tu comprends donc qu’un rapport de la commission permanente prévue ce mardi 28 novembre à la Région nous a plus qu’alarmés. Nous ne pouvions pas ne pas prendre de tes nouvelles… Dans ce rapport, il est écrit qu’il "s’avère nécessaire de mettre en place une autorisation de programme complémentaire d’un montant de 250 millions d’euros". Deux principales raisons sont avancées : "la constitution des provisions pour risques et aléas sur les marchés de travaux en cours d’exécution sur les ouvrages maritimes" et "les mesures environnementales nouvelles ou complémentaires qui s’imposent". Soit pour la seconde raison. La première est plus obscure. Des risques ? Des aléas ? Pas rassurant sur un chantier, commencé depuis 2014 et qui devait – initialement – s’achever en 2020, voire 2021.

- Ce ne serait que le début des protestations et contestations -

Mais chère NRL, étais-tu au courant de ces risques et aléas entourant la réalisation des digues et viaducs ? S’il n’est "pas possible d’en apprécier la recevabilité ni les montants précis correspondants" - c’est le rapport de la Région qui le dit – "il n’en demeure pas moins que l’approvisionnement en matériaux constituera un des motifs principaux de réclamation du groupement en charge de la réalisation des digues".

En clair, le retard dans l’ouverture des carrières pourrait finir par coûter très cher… Pas de galets, pas d’approvisionnement, pas de travaux. La collectivité régionale – qui s’était pourtant engagée à faciliter l’ouverture des dites carrières – s’expose ainsi à un risque de réclamation de la part du groupement en charge de la réalisation des digues. Et ces réclamations auront un coût. D’autant plus que le groupement n’a eu d’autre choix que de se rabattre sur des "ressources palliatives (andains, épierrage)".

Conséquence : "le groupement titulaire des contrats a formulé des réclamations basées sur l’utilisation de cette ressource, qu’il y a lieu de couvrir par des provisions sur le budget de cette opération". Vraisemblablement, ce ne serait que le début des protestations et contestations…

- Surcoûts liés aux réclamations -

Après les digues, il y a aussi les viaducs. Et ici, même combat. "Les principaux aléas et risques identifiés à ce jour portent sur la géologie au droit des appuis et sur certaines quantités en augmentation (volumes de dragage, aciers passifs…). Cela conduit les groupements en charge de la construction de ces ouvrages à formuler également des réserves et réclamations importantes, qui doivent néanmoins faire l’objet de certaines provisions budgétaires pour couvertures de risques sur cette opération" indique le rapport.

En clair, ces provisions ne couvriront non pas les travaux eux-mêmes mais bien les surcoûts potentiels de ces fameuses réclamations.

Outre ces fameux risques et aléas, cette enveloppe de 250 millions d’euros est également destinée à couvrir les mesures environnementales. "En comparaison avec les dispositions prévues à l’étape d’avant projet, des contraintes environnementales supplémentaires ont été intégrées dans les contrats de travaux.

À titre d’exemple, il a ainsi été demandé aux Groupements de ne pas travailler de nuit pendant les périodes sensibles pour les oiseaux marins" avance le rapport. Dans ces mesures environnementales, entre également "une mesure de déconstruction de la route actuelle au droit du viaduc en mer de 5400 m ainsi que la dépose sélective de filets afin de redonner son caractère maritime originel à la falaise".

- Murmure ta détresse à ton créateur -

Alors, chère NRL, tu peux saisir l’ampleur de notre inquiétude ton égard. Aujourd’hui, ta facture totale s’élève à près de deux milliards d’euros. Mais ces fameux risques et aléas risquent fort de la faire grimper encore… Alors, quand sortiras-tu enfin de mer et surtout, à quel prix ? Car l’ouverture des carrières ne pourra pas se faire avant – a minima – deux ans, comme le veulent les procédures d’usage.

En sachant, de plus, que le dernier rapport de la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites indique que l’ouverture de l’ensemble des carrières (Dioré, Menciol, Bellevue, Lataniers, Bois Blanc) sera nécessaire… en considérant l’incertitude entourant encore leurs gisements potentiels respectifs. Le premier coup de pioche ne risque donc pas de siffler la fin de la partie. Mettre la charrue avant les bœufs – et ici, mettre les digues avant les galets – revient un peu à se tirer une balle dans le pied.

Et comme Jean-Paul Virapoullé,  maire de Saint-André le disait lucidement il y a quelques mois : c’est un peu comme si un hôte promettait un kari à son invité et qu’à son arrivée, surprise ! La volaille n’est ni cuite, ni tuée. Dommage pour l'invitation.

Très chère NRL, nous espérons que ces quelques lignes t’assureront cependant de notre sympathie. Car, nous le savons, tu es habituée à ce que l’on te mette tout sur le dos et à ce qu’on t’accuse tous les maux ! Peut-être auras-tu quelques mots de réconfort ce week-end : des visites sont prévues chez toi, à l’invitation de ton créateur. Tu pourras sans nul doute murmurer, à lui et aux Réunionnais présents, ta détresse au sujet de tous ces risques et aléas qui flottent et ondoient autour de toi...

mp/www.ipreunion.com

   

4 Commentaire(s)

Bruno Bourgeon, Posté
Les 250 millions d'euros sont dans les prévisions de la région depuis deux ans déjà. Ils n'en parlent que maintenant sachant les dépassement budgétaires qu'ils encourent. On peut encore en prévoir pour les 5 ans à venir. Le risque d'un dépassement de 800 millions d'euros n'est pas exclu (50% du budget initial), à prendre dans les poches des contribuables réunionnais puisque tout dépassement sera à la charge de la Région. Les prévisions des écologistes (2.5 milliards d'euros) commencent à se vérifier : c'est ainsi que nous le déplorions dès 2010 à AID et à EELVR. Mais évidemment personne ne nous a écoutés, nous ne sommes que de doux rêveurs écolo-bobos...
Conquistador, Posté
Bravo pour cet article de véritable investigation qui pose de vraies questions environnementales pour l'avenir des Réunionnais et de leurs enfants. Ce n'est pas le journaliste de communication de la Région du site d'en face, qui se prend pour un zorro, qui irait enquêter de la sorte : c'est tellement plus facile - et plus rentable - de collecter les ragots sur Face Bouc...
Jose, Posté
Si à chaque fois que quelqu'un bâtissait sa maison, de tels dépassements seraient faits, il n'y aurait plus de bâtisseurs. Mai bon, là ils s'en cognent, ça ne sort pas de leurs poches. Une gestion aussi approximative des coût devrait s'accompagner de la case PRISON !
CHABAN, Posté
TRÈS TRÈS BIEN


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