Rapport accablant sur l'état du Parc National :

Les menaces sont de plus en plus sérieuses (et nombreuses)


Publié / Actualisé
Dans son rapport de novembre 2017 faisant état de la situation "préoccupante" des sites réunionnais inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco, l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) établit une liste des nombreuses menaces qui pèsent sur l'état du Parc National. Les espèces exotiques envahissantes ont été reconnues comme la plus grande menace actuelle pour le site. Nous publions les menaces classées selon le rapport de l'IUCN de leur intensité faible à très élevée. Les menaces sont actuelles ou potentielles :
Dans son rapport de novembre 2017 faisant état de la situation "préoccupante" des sites réunionnais inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco, l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) établit une liste des nombreuses menaces qui pèsent sur l'état du Parc National. Les espèces exotiques envahissantes ont été reconnues comme la plus grande menace actuelle pour le site. Nous publions les menaces classées selon le rapport de l'IUCN de leur intensité faible à très élevée. Les menaces sont actuelles ou potentielles :

Les menaces actuelles : une forte préoccupation

- La très forte menace pesant sur le Parc : les espèces invasives -

"Reconnu comme la plus grande menace pour le bien avec d’importants efforts à entreprendre pour faire face aux nombreuses menaces. La prise en compte de la problématique des espèces invasives et la sensibilisation des acteurs à ce thème sont cependant en progrès constants depuis une quinzaine d’années et ont débouché sur des outils structurants et collaboratifs : Stratégie de lutte contre les espèces invasives à La Réunion (2010) et POLI (Programme opérationnel de lutte contre les invasions).

De très nombreuses actions de lutte se sont inscrites dans ces outils notamment coordonnées par l’ONF priorisant progressivement les interventions sur les "aires de contrôle intensif (ACI)". Un bilan encourageant de ces opérations a été récemment dressé. Malgré tout, la situation globale s’est détériorée et la progression des invasives s’est poursuivie dans divers secteurs affectant sensiblement les valeurs du bien.

Lire aussi : Menace sur un Parc National dont Didier Robert ne veut plus

L’insuffisance de moyens (financiers et humains), un renforcement de la gouvernance et des capacités de coordination, une implication plus importante des acteurs et de la population ont été soulignés par tous les experts consultés, de même que la prise de conscience nécessaire face à l’ampleur de la situation d’invasion et de sa progression. L’absence actuelle de la majorité des plantes les plus envahissantes du Bien dans le projet de réglementation des espèces exotiques envahissantes de La Réunion en réponse au règlement européen en est d’ailleurs un bon exemple".

- Les menaces élevées : les feux et éruptions, les élevages non autorisés, la chasse du cerf de Java et du tangue -

Les feux : "Des feux naturels associés aux phases d’éruption volcanique subsistent mais l’essentiel des incendies qui ont fortement impacté la végétation et les habitats naturels de l’île depuis sa colonisation sont d’origine anthropique. Les incendies menacent principalement les zones semi-sèches, altimontaines et mésophiles du Bien. Les incendies favorisent l’installation et la propagation de nombreuses espèces exotiques invasives et la répétition des incendies altèrent les sols et la régénération des plantes natives non adaptées au feu.

Deux incendies majeurs dans la partie ouest sous-le-vent du Bien ont en 2010 et 2011 fortement impactés les écosystèmes altimontains et de moyenne altitude de l’ouest de l’île. Une nouvelle stratégie de lutte contre les incendies et un plan départemental de lutte (SDIS) décliné massif par massif est actuellement en cours d’élaboration et devrait permettre une meilleure intégration des problématiques de lutte contre les incendies et de contrôle des invasions biologiques".

Lire aussi : Parc National - Alerte pour La Réunion patrimoine mondial de l'Unesco

Les élevages non autorisés : "Certains élevages de bétail non autorisés ou semi-autorisés se maintiennent dans le Bien et contribuent à la dégradation des habitats tout en favorisant l'expansion des espèces envahissantes (comme les bovins divagants au Cassé de la Rivière de l’Est, au Piton de l’Eau, sur la planèze des Bénares, moutons et chèvres dans le Cirque de Mafate). La situation évolue peu et demeure très problématique pour les valeurs du Bien".

La chasse du cerf de Java et du tangue : "Les cerfs de Java introduits sont élevés et chassés dans les zones entourant le Bien et la chasse limitée du Cerf de Java est autorisée dans le Bien où elle est soumise à un strict plan de chasse. Mais de fait, ce plan de chasse n’est pas entièrement réalisé. Historiquement, les cerfs introduits avaient jadis été éradiqués dans l'île, mais ils ont été ensuite réintroduits. La chasse du Cerf de Java demeure un lobby puissant même si elle ne concerne qu’un petit nombre de pratiquants. Compte tenu de leurs impacts sur les valeurs du Bien, ces animaux devraient y être retirés.

Le "tangue" (une espèce exotique envahissante de tenrec) est également autorisé à la chasse et fait l’objet d’actions de concertation et de sensibilisation visant à réduire les impacts sur les milieux naturels et limiter le braconnage".

- Les menaces faibles : le tourisme, la gestion forestière, le braconnage, les glissements, l'augmentation de la population, les déchets, les cultures -

Le tourisme : "Le tourisme augmente les menaces à l'égard du Bien, notamment l'augmentation des déchets et des perturbations, y compris lors des événements sportifs qui sont en nombre croissant. Le tourisme est heureusement assujetti à des plans de gestion et le survol des zones sensibles majeures pour l’avifaune endémique est désormais interdit. Toutefois, l’augmentation de la fréquence des vols d'hélicoptères suggère un point de vigilance particulier et son impact sur la faune, notamment les oiseaux endémiques du Bien, nécessiterait une évaluation".

La gestion forestière : "Des conflits dans la gestion forestière entre l'Autorité de gestion (le Parc national) et l'ONF peuvent être problématiques. Par exemple, la gestion forestière de plantations exotiques en dehors du Bien et la création de coupe-feu protégeant les plantations ont peut-être provoqué des feux de forêt plus intenses dans le Bien et créé plus de voies pour les espèces envahissantes. Une gestion équilibrée du risque d’incendie qui, il faut le rappeler, reste l’une des causes majeures historiques et actuelles de destruction des habitats naturels et de propagation des espèces invasives est en cours d’élaboration dans le cadre d’un nouveau schéma départemental de lutte contre les incendies. Une récente convention de partenariat entre l’ONF et le Parc national (décembre 2016) fournit désormais un cadre de bonne coopération".

Le braconnage : "Les braconniers qui prélèvent illégalement certaines plantes sont une source de menaces importante pour certaines espèces menacées d’extinction et ayant un intérêt économique (médicinal, alimentaire) ; ces activités ouvrent de nouvelles voies pour les espèces envahissantes, réduisant ainsi les habitats indigènes et les braconniers piétinent les plantes ; des collections illégales de plantes contribuent également à réduire les populations végétales menacées. Le renforcement de la police de l’environnement assorti de peines plus sévères tend cependant à réduire actuellement cette menace.

Le braconnage du tenrec, ou "tangue" (une espèce exotique envahissante), pourrait être positif si la chasse conduisait à leur éradication (très peu probable), mais les braconniers piétinent la végétation et ouvrent de nouveaux chemins pour les invasions. Le piégeage illégal des oiseaux demeure un problème dont la tendance possible à la baisse devrait être évaluée".

Les glissements : "Une menace constante mais naturelle avec cependant le remplacement maintenant fréquent de la végétation indigène par des végétations secondaires exotiques, sans que pour autant d’éventuelles modifications des risques de glissement de terrain et d’érosion aient encore été clairement évaluées. La tendance des espèces exotiques de recoloniser les terres où des glissements de terrain ont eu lieu augmente le risque d’impacts importants provoqués par les glissements de terrain et par l’érosion".

L'augmentation de la population : "La population de La Réunion était de 775,000 habitants en 2005 and sera probablement supérieure à un million en 2030. La population en pleine croissance induit des pressions de développement urbain tant sur le paysage que sur les valeurs biologiques. Ces pressions anthropiques sont cependant bien appréhendées et, dans la partie habitée du Bien (Mafate), encadrées par un schéma d’aménagement des îlets (TCO). Le risque à long terme reste faible compte tenu du statut de protection du Bien. Diverses menaces indirectes subsistent cependant en périphérie du Bien".

Les déchets : "Les déchets produits par les touristes et les coureurs constituent une menace pour les valeurs du paysage et de la faune (par exemple, les déchets augmentent les populations de rats et de chats). Ces pressions sont cependant de mieux en mieux gérées".

Les cultures : "Quelques activités agricoles sont autorisées dans le Bien (îlets de Mafate et des Salazes, production de vanille dans le massif du Piton de La Fournaise). L'utilisation de produits agricoles non-organiques à l'intérieur du Bien nécessite une gestion appropriée. L’impact des activités agricoles en périphérie du Bien reste cependant la principale préoccupation et suscite de nouvelles réflexions d’aménagement agro-écologique (Projet Ecotone)".

Les menaces potentielles : une forte préoccupation

- Une menace élevée : le réchauffement climatique -

"Le diagnostic sur l'évolution de la température révèle une hausse significative des températures moyennes sur l'ensemble de ces postes de l'ordre de 0,15°C à 0,2°C par décennie (soit un peu moins de 1°C en un demi-siècle). Les travaux en cours à Météo-France Réunion mettent aussi en évidence une migration significative des pics d'intensité des cyclones très intenses vers le sud sur les 30 dernières années sur le bassin du Sud-Ouest de l'océan Indien. Sur La Réunion, la hausse des températures prévue pour la fin du siècle s'établit dans une fourchette comprise entre 1,7 et 2,6°C selon les 2 scénarios étudiés".

- Une menace faible : les énergies renouvelables -

"La prospection pour l'énergie géothermique dans le parc aurait sérieusement compromis sa valeur universelle exceptionnelle mais ce projet a été abandonné. Divers projets hydroélectriques, éoliens et solaires restent à évaluer".

Publié par www.ipreunion.com loe jeudi 30 novembre 2017 à 3h - Actualisé

   

2 Commentaire(s)

Jean Bernard, Posté
"La chasse du Cerf de Java demeure un lobby puissant même si elle ne concerne qu’un petit nombre de pratiquants." En gros personne friqué qui se connaissent entre eux.
LouisP, Posté
Bon d'accord certains touristes et coureurs ne respectent pas la Réunion mais de là à dire que ce sont eux qui polluent les cirques et remparts.... Non non non ce sont les gros cochons avec leurs dépôts sauvages mais ça... on n'en parle pas ça dérange