Santé :

Les addictologues en guerre contre le rhum Maloya


Publié / Actualisé
David Meté préside la Fédération régionale d'addictologie de La Réunion (FRAR). Lui et sa structure s'insurgent contre la vente du rhum de la marque "Maloya" par une entreprise locale. Un alcool réservé au marché réunionnais "vendu à très bas prix et de mauvaise qualité", lance le médecin. L'utilisation du nom de la danse traditionnelle réunionnaise ne passe pas non plus à ses yeux. Explications. (Photo d'illustration)
David Meté préside la Fédération régionale d'addictologie de La Réunion (FRAR). Lui et sa structure s'insurgent contre la vente du rhum de la marque "Maloya" par une entreprise locale. Un alcool réservé au marché réunionnais "vendu à très bas prix et de mauvaise qualité", lance le médecin. L'utilisation du nom de la danse traditionnelle réunionnaise ne passe pas non plus à ses yeux. Explications. (Photo d'illustration)

 

Le chef du service d'addictologie au Centre hospitalier universitaire Nord (CHU) s’attaque aux produits médaillés et primés à l’international proposés par cette entreprise. Les alcools bon marché causant des dégâts en matière de santé publique restent cependant dans le viseur de l’addictologue.

"Cette société casse les prix en vendant des produits moins chers que son concurrent. On a des rhums de 49 degrés vendus à 5,5 euros le litre en période promotionnelle. Dans l’île, il y a une fiscalité dérogatoire exonérant à 80 % de taxes les produits fabriqués à partir d’alcool de cannes", glisse le docteur, contacté par téléphone.

Sur les étiquettes des bouteilles "haut de gamme" on aperçoit clairement le nom de la société. "Contrairement à Maloya où le nom de l’entreprise est très peu visible car écrit en tout petit", remarque-t-il. Il condamne également le nom retenu pour cette marque associée à un pan de la culture réunionnaise.

"Ce rhum bas de gamme est vendu aux Réunionnais et s’appelle maloya qui est classé à l’Unesco. C’est gênant car l’histoire du rhum est fortement liée à l’esclavage. Cette société a un passé esclavagiste. C’est sordide. Ces produits bons marchés sont consommés quasi exclusivement par des personnes en difficulté avec l’alcool et ce nom maloya est une atteinte à l’histoire de l’île", ajoute le médecin.

- À des fins commerciales -

Si ce rhum "Maloya" avait été médaillé, il assure qu’il monterait au créneau de la même manière. David Meté accuse l’entreprise d’exploiter le symbole du maloya à des fins commerciales. La marque vendue existe depuis 24 ans. Pourquoi alors avoir attendu cette année pour passer à l’attaque. Voici sa réponse. "J’ai chargé un historien de faire des recherches aux Archives départementales et il a trouvé des sources concernant le passé esclavagiste de cette société. J’ai obtenu ces références et nous avons dévoilé ces informations le 20 décembre."

À l'occasion de la commémoration de l'abolition de l'esclavage dans le département. Pourquoi n'attaque-t-il pas non plus pas le concurrent direct de l’alcoolier qu’il met en cause ? "J’ai déjà mis le focus sur la pile plate. Mais récemment, ce concurrent a augmenté ses prix d’un euro", justifie-t-il. Les alcools "Maloya" seraient vendus dans les petites et moyennes enseignes de distribution. Contacté lui aussi, le directeur général de la société incriminée, réagit aux accusations lancées par la FRAR.

D’après lui, le but de David Meté serait de polémiquer. "Avant 1845, date de création de la société, La Réunion était esclavagiste et beaucoup de familles étaient esclavagistes. Nous le regrettons. C’est un passé douloureux dont personne n’est fier mais nous n’avons pas envie de polémiquer", concède-t-il par téléphone. Le dirigeant qualifie les propos du médecin de "calomnieux et d’injurieux".

La marque était lancée en 1993. "Nous avons plusieurs marques. Nous n’allons donc pas mettre le nom de deux marques sur la bouteille Maloya. Nous sommes multi-médaillés et n’avons pas de leçons à recevoir du docteur Meté en terme de rhum", commente-t-il. Ce responsable ne s’interdit pas de donner une suite judiciaire aux accusations formulées par la FRAR.

Lire aussi : L'unité de santé mentale ne s'appellera pas "Maloya"

Selon les chiffres communiqués par la structure, La Réunion serait la deuxième région de France en matière d’alcoolisme derrière le Nord-Pas-de-Calais. L’île compte en moyenne 220 morts par an à cause de l’alcoolisme. Triste bilan.

Le nom "Maloya" provoquait également une polémique début 2016. Une unité de santé mentale au CHU Sud était ainsi baptisée. Plusieurs artistes et membres du mouvement Laklarté se mobilisaient afin d’obtenir un changement de dénomination. Cela a finalement été chose faite après la décision prise par la commission consultative du conseil de surveillance du CHU de Saint-Pierre.

ts/www.ipreunion.com

   

5 Commentaire(s)

Lan, Posté
Le gars est en train de nous dire que ce rhum est de mauvaise qualité, de "la marron", de la cochonnerie pour les pauvres. C'est ça qu'il applaudit le Jose ou alors il va recevoir sa petite caisse de premium pour 2018 avec ladite société. Au fait ce gars est un pragmatique de l'addictologie. J’espère que vous n'aurez jamais besoin de lui (vue le vocabulaire emprunté ya peu de chance). En attendant y'en a qui ont besoin de lui et heureusement qu'il y en a qui monte au créneau contre ces assassins. "Utile et bénéfique pour nous"! aé dormi don!
Sissi974, Posté
Ho, l'alcool tue, mais avant il faut passer par la case médecin et tout le ''touin touin'' tout le monde se partage les richesses du fléau, le planteur de canne, l'industriel, les agences de marketing, les revendeurs, les médecins, les laboratoires ... sauf les consommateurs, mais c'est eux qui continuent à enrichir tout ce beau monde !!
Jean Bernard, Posté
Un procès en diffamation est possible
JEFFRUN, Posté
C'est connu : Le capitalisme générateur de consumérisme s'adapte et récupère tout pour vendre; Il suffit d'un chèque.
Le rhum réunionnais est concurrencé par des pays moins chers en production? Cherchons une niche.
On ne peut décemment pas laisser toute une population défavorisée "hors-circuit"? Créons un rhum plus accessible !

On fait déjà visiter les usines de production à nos enfants; parfois dans le cadre d'un programme scolaire.
Le Capitalisme surfe sur nos indécisions et construit ce lien improbable : le Rhum c'est la fête, la liberté.
Résumons : Le Rhum ce sera le Maloya, la référence à nos ancêtres noirs et à la liberté réprimée.
Pratique pour oublier ! Et pour vendre !

Si on règlemente la vente d'alcool, les petites boutiques continuent de vendre leur coup d'sec au verre; et jusqu'à tard !
Les méfaits ( physiologiques et psychologiques uniquement) de l'alcool sont dénoncés vigoureusement par les autorités et les journaux... si les faits-divers se révèlent intéressants!
Avec parfois, soyons justes, une comparaison "statistique" avec les départements métropolitains les plus concernés,
( rassurons-nous d’être dans une "moyenne").

Tout le monde dénonce; mais on verra sans doute dès janvier ( Stocks invendus des fêtes ou production d'après-fête ?) les pleines pages de publicités pour Alcools dans les journaux ; ainsi que plus tard, un reportage sur nos productions primées.

En même temps, une boucle est bouclée : on travaille le 20 décembre avec une pseudo-référence à la liberté de choix !
Les 24 et 31 décembre, nous serons tous en grande surface car elles seront ouvertes toute la journée.
Finis les jours fériés, les dimanches et samedis en famille.
Pensons Capitalisme et Liberté ( du Commerce surtout !)

Et l'Unesco, défenseur du Patrimoine de l'humanité, peut bien se retrouver promoteur de notre Rhum Réunion!
Jose, Posté
Oui, et dans le même genre, la Réunion était le nom de cette Île esclavagiste, il faut donc le changer...

Encore un Bobo qui n'a rien d'autre à foutre, ce temps libre à chercher dans la lie, vous feriez mieux de le passer à soigner bénévolement les descendants d'esclaves.

La ce serait utile et bénéfique pour nous !