Prisons :

Un téléphone dans chaque cellule : c'est "des problèmes en plus"


Publié / Actualisé
Le ministère de la Justice a lancé un appel d'offres début janvier 2018 pour équiper les cellules des prisons françaises en téléphone fixe. Pour Christian Noël, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière Pénitentiaire de La Réunion, il s'agit surtout "d'un simple effet d'annonce" qui risque de compliquer la tâche du personnel. (photo d'archive)
Le ministère de la Justice a lancé un appel d'offres début janvier 2018 pour équiper les cellules des prisons françaises en téléphone fixe. Pour Christian Noël, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière Pénitentiaire de La Réunion, il s'agit surtout "d'un simple effet d'annonce" qui risque de compliquer la tâche du personnel. (photo d'archive)

Révolution à venir dans les prisons françaises. Le ministère de la Justice a lancé un appel d'offres pour installer des appareils téléphoniques et ainsi permettre aux détenus d'appeler quatre numéros autorisés par l'administration pénitentiaire ou le juge. L'objectif affiché : "un téléphone par cellule".

Pour Christian Noël, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière de l'île, il s'agit "d'une mesure politique qui restera une mesure politique. Un simple effet d'annonce". Selon lui, "il n'y a pas eu de retour d'expérience suffisant à ce stade pour généraliser" la mesure. Depuis juillet 2016, une expérimentation est menée au sein de la prison de Montmédy, dans la Meuse. Les saisies de téléphone portable "y ont baissé de 30% au premier semestre 2017" par rapport aux six premiers mois de 2016 comme le rapporte Christian Noël.

Si pour le ministère, "les téléphones ont permis d'apaiser les tensions au sein de la prison", Christian Noël affirme que l'établissement "n'est pas non plus le plus violent de France". Il s'agirait selon ses dires d'un "établissement au profil light".

- "Des problèmes en plus" -

Le problème du nombre de détenus par cellule "va se poser" pour le secrétaire général. "Pour la prison de Montmédy cela a pu fonctionner puisqu'il n'y a qu'un seul détenu par cellule. Mais comment cela sera gérer dans des cellules où se trouvent six ou sept détenus ?" s'interrogent-ils. La préservation de la confidentialité "importante" au sein des établissements pénitentiaires pose question. Comme celle de "l'accès libre et partagé" du téléphone par cellule.

Mais ce qui inquiète le plus Christian Noël réside dans le contrôle des appels : "aujourd'hui, on a déjà énormément de mal à tout contrôler, ça demande du temps. Alors, imaginez avec un téléphone par cellule, et quatre numéros par détenu ? Ce sera juste des problèmes en plus" s'insurge le syndicaliste. Il rappelle que "le fait de pouvoir appeler quatre numéros pour un détenu existe déjà, mais hors cellule".

- Le trafic de portables "inchangé" -

Dans les autres buts de la Chancellerie, le téléphone en cellule permettrait de favoriser "la réinsertion, en maintenant les liens familiaux" et "de diminuer le trafic de téléphones portables" dans les établissements. Pour Christian Noël, le "trafic va rester inchangé" puisque "les détenus préfèrent avoir un téléphone portable avec des applications de communication comme Facebook ou WhatsApp". Ce contre quoi le syndicat s'était insurgé en août 2017, après que la Garde des Sceaux Nicole Belloubet se soit montrée ouverte à la possibilité de fournir des téléphones portables aux détenus.

Dans les enceintes réunionnaises, "le trafic de portables c'est tous les jours" lance le secrétaire général. Et selon lui, "il y a bien d'autres façons de maintenir le lien familial que d'installer un téléphone fixe dans chaque cellule". Il rappelle "qu'en 2016, plus de 30.000 téléphones ont été saisies en France, et que le nombre devrait augmenter en 2017". En effet, au premier semestre 2017 on dénombrait plus de 19.000 saisies à travers le pays. Mais pour Christian Noël, la "lutte" contre ce fléau passe par "l'installation de brouilleurs de nouvelles générations", afin de "remplacer les brouilleurs totalement inefficaces" utilisés à l'heure actuelle.

Christian Noël estime que "de nombreuses bonnes mesures ont été prises ces dernières années par l'administration", qui ont permis "aux choses d'évoluer", mais que "FO Pénitentiaire reste totalement opposé au téléphone en cellule".

hf/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Xenex, Posté
Il faudrait savoir pourquoi les gens sont en prison. Il y a probablement bon nombre de personnes qui ne présentent aucun caractère de dangerosité, et pour lesquelles l'incarcération n'est pas la bonne solution. (j'ai connu un gars, bon père de famille, de compagnie agréable; j'ai été étonné lorsque j'ai appris qu'il entrait la nuit dans des maisons occupées, pour y dérober un bijou ou un peu d'argent, jamais tout, et sans faire aucun dégâts : Cinq ans pour ça, ça m'a paru cher payé, quand on sait qu'un drogué qui tue une vieille pour lui piquer son sac, ne risque pas ça)

Par contre, si ce sont des individus faisant partie d'organisations de malfaiteurs (je pense qu'actuellement, c'est la majorité); toute communication doit être très sévèrement encadrée, contrôlée, limitée. Je me souviens d'un reportage ùu un petit chef dealer de quartier se vantait d'avoir continué à diriger son réseau pendant ses deux ans d'incarcération.
En tous cas, pour moi c'est : Brouilleur dans toutes les prisons, ce qui règle le problème des portables.

Plus généralement, hors dangerosité avérée, je suis pour des peines de prison beaucoup plus courtes, mais beaucoup plus dures, avec triplement à chaque récidive. Deux mois de cachot à l'isolement total, sans aucune sortie, sans aucune communication, sans voir le jour, leur donnerait plus à réfléchir que deux ans à se monter la tête entre eux, et à s'endurcir dans la criminalité; ça éviterait les caïds qui dirigent codétenus et personnel pénitentiaire; ça coûterait beaucoup moins cher (ils sont nourris, logés, chauffés bien mieux et avec plus d'attention que des milliers de personnes honnêtes en France; ils sont mieux traités que les pensionnaires de la plupart des mouroirs que l'on nomme pudiquement “maisons de retraites” ou EHPAD).
Pour ne pas manquer d'activité physique, un “vélo d'appartement” muni d'une dynamo, avec obligation de fournir un certain nombre de kw, histoire de payer une partie de leur pension. S'ils savent qu'à chaque récidive la même infraction sera “payée” par une peine trois fois plus longue, mais dans les mêmes conditions, ça les fera réfléchir. (Troisième récidive pour un délit qui vaut 2 mois à un primo-délinquant, ça coûterait 54 mois de cachot à l'isolement total, de quoi leur donner l'envie d'envisager une autre voie)