Blocs cassés et machine défaillante (actualisé) :

Sept heures pour basculer la route du littoral, c'est la faute à Lady Lafé


Publié / Actualisé
Il a fallu plus de sept heures pour basculer la Route du littoral sur ses voies côté mer ce lundi 19 février 2018. En cause : trois blocs cassés successivement et un accident de la route en plein milieu des opérations réalisées par "Lady Lafée" (la machine de déplacement des blocs). De quoi retarder le travail des équipes de la Direction régionale des routes (DRR). Une période pendant laquelle les usagers s'exposent à des risques pendant leur trajet avec une falaise rendue dangereuse par les pluies. (Photo d'archives)
Il a fallu plus de sept heures pour basculer la Route du littoral sur ses voies côté mer ce lundi 19 février 2018. En cause : trois blocs cassés successivement et un accident de la route en plein milieu des opérations réalisées par "Lady Lafée" (la machine de déplacement des blocs). De quoi retarder le travail des équipes de la Direction régionale des routes (DRR). Une période pendant laquelle les usagers s'exposent à des risques pendant leur trajet avec une falaise rendue dangereuse par les pluies. (Photo d'archives)


7h25 pour effectuer le basculement entre Saint-Denis et La Possession. Il s’agit aussi du temps écoulé entre les deux communiqués adressés par la DRR aux médias ce lundi 19 février. Le premier envoyé à 14h35 pour prévenir d’une "prévision de basculement" en raison des fortes précipitations. Le second à 22 heures pour confirmer "le basculement effectif".

Entre-temps, les automobilistes, motards ou autre camionneurs ont continué à rouler côté montagne avec les risques inhérents aux chutes de pierres. Des risques encore plus importants notamment durant les premières heures où se produisent les averses. Un danger bien réel confirmé par Éric Boiteux, directeur de l’exploitation et de l’entretien des routes à la DRR.

"Statistiquement, à partir de 30 millimètres de pluie, les risques de chutes de pierre deviennent plus importants et sont exponentiels dès qu’on dépasse 100 mm. Il y a toujours un risque. Depuis quatre ans que je suis en poste à la Région, je n’ai pas jamais connu de chutes de pierre alors qu’on avait pas encore fini de faire le basculement sur les voies côté mer", rassure-t-il, contacté par téléphone.

Si jamais un galet ou un bloc rocheux tombe sur un véhicule, la question de la responsabilité se pose. À qui la faute en cas d’incident ?

"Je ne suis pas juge mais si cela se produit en mode basculé, on pourrait avoir une recherche de responsabilités mais la Région ne pourrait pas être tenue comme responsable car elle aura tout fait pour limiter le risque. Si une chute de pierre a lieu alors que le basculement n’est pas encore terminé, il faudra démontrer que sa responsabilité n’est pas engagée car tout aura aussi été fait pour limiter le risque", explique-t-il.

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Autre source d’inquiétude à avoir : le secteur situé entre les Potences et le tunnel avant l'entrée dans le chef-lieu. Une zone d’1,5 km jamais basculée et très exposée malgré la présence de filets. Les Potences, là même où un énorme bloc rocheux a menacé de s’effondrer au mois de janvier. Pour rappel, la masse a été fragmentée puis explosée lors de travaux qui ont occasionné la fermeture totale de l’axe.

Et à écouter Éric Boiteux, vous allez encore passer du temps sur les voies côté montagne lors des basculements côté mer. Il est impossible d'accomplir les opérations de basculement en moins de 4 heures. La faute aux contraintes techniques avec une chaîne de bloc de 10 kilomètres à déplacer. Il faut compter une heure pour amener le Lady Lafée à l’entrée de l’axe et trois heures de plus pour modifier la gestion avec deux voies affectées dans un sens et un Canal bichique dans l’autre.

"Dès qu’on a l’alerte pour basculer, on essaye de sortir les gens des voies côté montagne en moins de 4 heures mais avec l’augmentation du trafic déjà importante et les blocs qui cassent, on a dû mal à respecter ce délai. Il est quasiment impossible de faire mieux et plus vite", se justifie-t-il. Et il ne pas compter non plus sur le Lady Lafée. La faute aux soucis récurrents rencontrés par l'engin.

Deux machines de ce type, remises à neuf il y a moins de trois ans, sont disponibles dont une de secours. Mais la machine connaît régulièrement plusieurs incidents techniques comme ce lundi avec trois blocs -utilisés pour réduire les voies- qui en plein déplacement de la chaîne de blocs ont cassé. D’où les retards pris dans les opérations.

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"Ces blocs de bétons de 2 mètres sont très lourds et rigides. La machine souffre donc beaucoup et coûte très cher en entretien. Mais ces blocs bloquent parfois les machines et il faut y aller au marteau-piqueur pour les enlever. Une équipe de mécanicien accompagne toujours celle qui fait la gestion", commente-t-il.

Alors quelle alternative à ces difficultés techniques ? La DRR teste actuellement des blocs en plastique d’un mètre sur une distance de 500 m. Deux fois moins lourds, ils permettraient de limiter les casses. Un bilan de cet essai doit être réalisé dans les mois à venir. Mais Éric Boiteux confie que le gain de temps sera "léger" pour le basculement. Malheureusement pour nous, il n'y a pas de grande amélioration à attendre de ce côté-là non plus.

Les usagers semblent donc condamnés à voir ce phénomène se repéter encore et encore. Et la DRR paraît bien démunie face à ce constat et aux difficultés liées au Lady Lafée. Impossible de descendre en-dessous de la barre des 4 heures pour réaliser une gestion des voies côté mer. Et la livraison de la Nouvelle route du littoral (NRL) n'est pas prévue pour demain. "Les travaux vont prendre du retard", a même indiqué en janvier dernier le conseiller régional Dominique Fournel.

Et rien ne semble pouvoir inverser le cours des choses. Allez, deux dernières anecdotes pour finir. Mardi l'inversion du basculement - avec deux voies dans le sens nord - ouest et une voie dans l'autre sens -, prévue pour 10 heures n'a été effective que vers 12 heures. Un retard qui a provoqué un énorme embouteillage à Saint-Denis... Ensuite, Lors de l'avant-dernier basculement, une des roues du Lady Lafée a même connu une crevaison... On pourrait presque en rire mais, non, vous n’êtes pas dans un mauvais film. Vous êtes bien à La Réunion, sur la route en corniche. Avec tous les dangers que cela comporte.

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Bon, une bonne nouvelle quand même avec la réouverture de l'axe sur quatre voies en fin de journée ce mardi 20 février. Mais prévue pour 17 heures, elle a finalement eu lieu vers 18 heures...en raison de blocs récalcitrants...

ts/www.ipreunion.com

   

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