Certains fruits et légumes contaminés par les pesticides :

Des agriculteurs réunionnais à fond dans le bio


Publié / Actualisé
Un rapport de l'ONG Génération futures souligne la présence de pesticides dans trois quarts des fruits et 41 % des légumes non-biologiques. À La Réunion, 250 agriculteurs bios assurent ne pas utiliser ce type de substances chimiques et rassurent sur leur méthode de production (Photo d'illustration)
Un rapport de l'ONG Génération futures souligne la présence de pesticides dans trois quarts des fruits et 41 % des légumes non-biologiques. À La Réunion, 250 agriculteurs bios assurent ne pas utiliser ce type de substances chimiques et rassurent sur leur méthode de production (Photo d'illustration)

 

Le point sur cette filière avec David Morel, conseiller spécialisé sur cette question à la Chambre d’agriculture. L’île compte plus de 7.000 agriculteurs dont 252 en bio. "De plus en plus d’opérateurs se tournent vers le bio. La filière a une croissance à deux chiffres. De 15 à 25 % par an. On croyait à un effet de mode mais c’est une lame de fond. Les agriculteurs sont de toute façon obligés de prendre la direction de l’agro-écologie", indique-t-il, joint par téléphone.

900 hectares sont cultivés en bio dont 300 en cours de conversion avec un tiers de maraîchage, un tiers d’arboriculture et un tiers de plantes à parfums, aromatiques et médicinales. La vanille notamment. Ces cultures se trouvent-elles vraiment à l'abri de toute présence de pesticides ? Le risque existe pourtant quand des agriculteurs aux méthodes "conventionnelles" continuent d’utiliser ces substances à proximité d’autres parcelles.

"C’est utopique de dire que les pesticides n’arriveraient pas sur les parcelles bios. Un peu comme le nuage de Tchernobyl qui n’a pas touché la France. Mais les agriculteurs bios doivent mettre en place des barrières physiques -des haies ou des herbes- entre eux et leurs voisins pour éviter cela. Ou canaliser les eaux du voisinage chargées en pesticide. On est jamais à l’abri mais on a la certitude que les agriculteurs bios n’utilisent pas des traitements conventionnels. Ils sont très suivis et contrôlés par les organismes certificateurs", justifie David Morel.

Ces professionnels bios utilisent malgré tout du cuivre et du souffre. Ces produits phytosanitaires ne constituent pas des substances de synthèse selon lui. "Si on en met beaucoup, cela peut-être dangereux pour le sol mais pas pour le consommateur", assure-t-il. Ingénieur agronome et animateur régional du plan écophytosanitaire à la Chambre d’agriculture, Didier Vincenot apporte son éclairage.

"Les agriculteurs bios doivent mettre des haies autour de leurs parcelles afin de couper le vent et empêcher les particules de pesticides de les atteindre. Ils plantent de l’herbe autour afin d’absorber les eaux potentiellement chargées en pesticide. Une protection naturelle. Sans compter les contrôles des organismes certificateurs tous les ans. Il y a des amendes. L’agriculteur n’a pas intérêt à faire n’importe quoi quand il est certifié Agriculture biologique (AB)", décrit-il.

Lire aussi : Des traces de pesticides dans 3/4 des fruits et 41% des légumes

Son rôle consiste à communiquer auprès du monde agricole pour réduire la part des pesticides et encourager des méthodes alternatives. Depuis octobre 2017, Patrick Maillot préside le Groupement d’agriculteurs biologiques (GAB), composé d’une centaine d’adhérents. Installé à Saint-Joseph, il produit des bananes, des letchis et des ananas. Le GAB accompagne les professionnels vers la certification AB. Il se lance sur ce créneau en 2011.

"Je me suis tourné vers le bio car des membres de ma famille sont morts à cause de l’utilisation de pesticides. Les pesticides ? Cela m’inspire un danger pour tout le monde. Le producteur, la population ou le consommateur. Cela fait longtemps que ce problème existe mais les autorités n’ont rien fait", commente-t-il, assurant ne plus en utiliser. Il détaille le cahier des charges à respecter par chaque agriculteur.

"Nos fruits et légumes sont très contrôlés tout comme notre sol qui est surveillé. Nous subissons au moins deux contrôles par an. Deux organismes certificateurs nous surveillent et viennent nous voir quand ils le veulent", affirme-t-il. "Ma parcelle ne peut pas être contaminée car mon terrain est assez isolé. Je suis dans les hauts au-dessus de Trou noir à Langevin", précise-t-il.

Les petits producteurs vendent sur les marchés forains ou encore via les associations pour le maintien de l'agriculture paysanne. La Ruche qui dit oui par exemple. Une dizaine de magasins spécialisés et quelques grandes surfaces s'approvisionnent aussi avec eux. Bananes, patates, manioc, igname, carottes ou miel bio… Patrick Maillot, président du GAB, vend, lui, sa production à trois à quatre communes pour la restauration scolaire.

Du côté technique, plusieurs techniques alternatives aux pesticides existent. Les plantes de services par exemple employées dans les cultures maraîchères.

"Ces plantes poussent au milieu de la culture et permettent de limiter l’utilisation de l’herbicide avec le maximum de végétation autour du champ afin de réduire l’érosion. Elles aident à la protection phytosanitaire de la culture. Par exemple en mettant du maïs autour des courgettes. Les mouches iront sur le maïs. Ce sont des plantes pièges", souligne Didier Vincenot, l’ingénieur de la Chambre verte.

Lire aussi : Rien à craindre du glyphosate, selon les agriculteurs

La pratique de l’épaillage fonctionne également. Effectuée par les "anciens", elle consiste à débarrasser la canne de ses feuilles intérieures pour les épendre autour des petites cannes. Cela empêche les herbes de repousser. Et permet de diminuer de plus de 50 % l'emploi des herbicides. Les pesticides détruisent le sol. Il devient en effet moins résistant aux effets de la pluie et des rayons du soleil.

Sans oublier une perte de fertilité et la dégradation de l’humus avec la disparition des insectes ou des vers. 2.000 agriculteurs sur 7.000 ont déjà été sensibilisés à ces techniques bio. 1.000 d’entre eux continuent de les adopter. Et depuis 2011, la consommation de produits phytosanitaires a baissé de 10% dans l’île.

Pour rappel, l’ONG Générations futures a publié un rapport ce mardi. L’association milite contre les pesticides et se base sur les données de la direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF) sur la période 2012-2016. 19 fruits et 33 légumes pour lesquels les échantillons étaient représentatifs ont été retenus.

La présence de pesticides a été retrouvée dans 72,6 % des fruits analysés. Dans 2,7% des cas, ces résidus étaient supérieurs aux limites autorisées. Pour les légumes, 41,1% d’entre eux avaient des traces de pesticides. 3,5% des échantillons ont montré des résidus supérieurs aux limites maximales.

ts/www.ipreunion.com

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !