Protestation des éleveurs de bovins ruinés par la leucose :

"Monsieur le préfet excusez-vous"


Publié / Actualisé
A l'appel de l'ADEFAR (association de défense des agriculteurs de La Réunion), les éleveurs ruinés par l'introduction à La Réunion de vaches atteintes par la leucose, une maladie mortelle pour les bovins, se sont rassemblés devant la préfecture ce vendredi 13 avril 2018. Ils venaient demander des excuses au préfet. Ces derniers jours au cours d'une opération de la filière bovine à La Réunion, le représentant de l'Etat avait estimé que seuls "les ignorants" pouvaient refuser de consommer de la viande de boeuf produite localement. Les éleveurs demandent des excuses publiques au préfet
A l'appel de l'ADEFAR (association de défense des agriculteurs de La Réunion), les éleveurs ruinés par l'introduction à La Réunion de vaches atteintes par la leucose, une maladie mortelle pour les bovins, se sont rassemblés devant la préfecture ce vendredi 13 avril 2018. Ils venaient demander des excuses au préfet. Ces derniers jours au cours d'une opération de la filière bovine à La Réunion, le représentant de l'Etat avait estimé que seuls "les ignorants" pouvaient refuser de consommer de la viande de boeuf produite localement. Les éleveurs demandent des excuses publiques au préfet

Daniel Bègue, vice présdent de l'ADEFAR, explique comment lui et plusieurs autres éleveurs ont été ruinés par la leucose. la maladie a foudroyé leur troupeau

 

Ces éleveurs ont aussi adressé un courrier au préfet pour lui rappeler les faits. Nous publions des extraits de ce courrier ci-dessous :

Monsieur le Préfet du haut de votre rang, vous pouvez nous traiter "d’ignorants". Les 90 exploitants laitiers, entre autres, qui ont été ruinés pour avoir fait confiance à l’administration, aux filières et aux vétérinaires apprécient !

Les membres de l’ADEFAR que nous sommes n’ont pas votre savoir, mais nous connaissons aujourd’hui l’histoire dudit "développement" de l’élevage bovin à la Réunion. Ces éleveurs trompés, abusés, sont avant tout des humains. Ils ont le droit de connaitre les causes de leurs échecs et le droit d’aller en justice, pour réclamer leurs droits.

Hier, on les accusait de ne pas nourrir leurs bêtes !
- Pourquoi tant d’impayés à l’URCOOPA (Union Régionale des Coopératives Agricoles) qui assurait leurs approvisionnements en alimentation animale ?
- otre prédécesseur a fait intervenir des experts qui ont conclu que les éleveurs donnaient trop d’aliments concentrés à leurs bêtes. Sur les conseils de qui ? Des filières.
- Avez-vous connaissance Monsieur le Préfet du contenu de l’article 3 des statuts de leur Sicalait et de l’article 17 traitant des obligations sur le plan sanitaire ? Le terme "ignorant" est-il justifié lorsque nous savons que les éleveurs sont sous dépendance totale des filières, donc victimes d’un fonctionnement qui les brime et que vous cautionnez ?

Aujourd’hui, vous nous traitez d’"ignorants"
Or, déjà en 1988, des vétérinaires demandaient que des mesures soient prises contre la leucose bovine enzootique (LBE), car elle était déjà la première pathologie rencontrée dans les élevages bovins à La Réunion.
L’arrêté du 31.12.1990, fixant les dispositions à prendre sur tout le territoire national en cas de présence de cette maladie, n’a jamais été appliqué à la Réunion. Pourquoi traiter l’éleveur d’"ignorant" alors que les services en charge du respect de la réglementation nationale et qui sont sous la responsabilité de l’Etat́ n’ont pas rempli eux-mêmes leur mission ?

En 2007, le Sous-Directeur de la Santé et de la Protection Animale, M. Olivier Faugères, écrivait : "afin de permettre une application différente relatives à la LBE en métropole et dans les DOM il est toutefois nécessaire de modifier les textes réglementaires en vigueur (décret et arrêtés)". Ces modifications n’ont jamais été demandées, mais les services administratifs, les filières et les vétérinaires ont considéré que ce courrier valait dérogation (...).

Dans une décision du 11.12.2014, le Tribunal Administratif (T.A.) de la Réunion a annulé un arreté préfectoral prévoyant que la lutte contre la LBE était facultative à la Réunion. Le T.A. a repris les dispositions de l’arreté de 1990. Ainsi, il considère que cet arrêté est applicable dans notre département.

Le Ministère de l’Agriculture publie deux arrêtés en 2015 excluant la Réunion du champ des dispositions de l’arrêté de 1990. Le Conseil d’Etat - plus haute juridiction de France -, casse ces deux arrêtés et considère qu’il y a excès de pouvoir du ministère. Celui-ci a publié un nouvel arrêté qui a fait l’objet d’un nouveau recours de notre association ADEFAR.

En fait dans notre ignorance, nous - association ADEFAR -, ne faisons que demander l’application d’un arrêté francais sur le département francais de la Réunion. Le fait qu’une partie de l’administration francaise ne l’admette pas, ne permet pas au représentant de l’Etat francais que vous êtes, d’utiliser un tel qualificatif à notre égard.

Aujourd’hui le Ministère de l’Agriculture, le représentant de l’Etat que vous êtes, la DAAF (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt), les filières, les vétérinaires arguent de ce que nous considérons que la LBE est responsable des taux de mortalités anormales du cheptel bovin. C’est de la manipulation ou cela y ressemble.

Nos premières actions sont parties de bovins vivants atteints d’IBR, importés par les deux filières Sicalait et Sicarévia, en 2003. C’est à partir des dossiers et autres analyses découverts chez les éleveurs que nous, membres de l’ADEFAR, avions pris conscience de l’état sanitaire préoccupant du cheptel bovin à la Réunion. Ayant en mains le bulletin épidémiologique de 2011 répertoriant les maladies présentes à la Réunion sur les ruminants à savoir                       -l’anaplasmose, la babésiose, la BVD (Diarrhée Virale Bovine), la CAEV, la cowdriose, la FCO (Fièvre Catarrhale Ovine), la fièvre Q, l’IBR (Rino-trachéite Infectieuse Bovine), la LBE, la leptospirose, la maladie hémorragique épizootique, la paratuberculose-, nous avons voulu :

- d’abord informer les éleveurs sur les causes des mortalités croissantes 4 fois supérieure à la métropole ;
- ensuite alerter les pouvoirs publics sur la situation sociale, économique, financière, des familles d’éleveurs victimes de cette catastrophe et ce scandale sanitaires ;
- enfin sensibiliser les autorités compétentes sur cette situation, en les incitant à prendre des mesures pour arriver à assainir l’état sanitaire du cheptel bovin.

Les "ignorants" que nous sommes, vous rappellent, M. le Préfet, que c’est à la suite de ces importations de bêtes malades et contaminées du bateau de 2003, que l’assureur Groupama a, d’une part, résilié les contrats garantissant les mortalités du bétail et d’autre part, a arrêté toute souscription de cette garantie, aux éleveurs (...)

C’est lors d’une réunion avec la DSV (Direction des Services Vétérinaires) en 2008 qu’une explication a été donnée à l’ADEFAR : "La Réunion s’est lancée dans cette lutte mais la stratégie s’est rapidement heurtée à un problème de financement public". Les "ignorants" que nous sommes, se permettent de vous rappeler, que l’Europe pour éradiquer cette maladie dans tous ses États membres, remboursait à chaque abattage 50% de la valeur de l’animal et que la valeur bouchère des carcasses permettait à l’éleveur d’acheter un animal sain de remplacement. Où se posait donc le problème de financement ?

Sur ce même point, les "ignorants" que nous sommes s’interrogent : était-il judicieux de laisser les maladies dans les cheptels avec les risques que cela comporte ? Puisque l’ANSES reconnait la présence des ces multiples maladies dans notre département, n’était-il pas plus professionnel et responsable de mettre en place des mesures pour assainir les troupeaux et repartir sur des bases saines, en appliquant les textes réglementaires ?

Nous pouvons constater qu’en faisant seulement le choix des enjeux économiques, vos prédécesseurs avaient relégué en second plan la protection sanitaire animale qui doit assurer la sécurité alimentaire et la santé des consommateurs, ce que vous continuez à faire à ce jour.

Nous, membres de l’ADEFAR, reconnaissons en l’Expert National, le Professeur Gilbert Mouthon, désigné par les deux tribunaux de La Réunion, courage et compétence pour avoir porté à la connaissance des uns et des autres la réalité de l’état sanitaire du cheptel bovin à la Réunion (...).

Les membres de l’ADEFAR que nous sommes, ont conscience de défendre un dossier difficile. Nous savons que nous sommes "des ignorants" pour vous mais nous avons une volonté farouche de faire en sorte que :

- les éleveurs de notre association et les autres puissent travailler dans un milieu sain (cheptels et pâturages), produire des aliments sains et ainsi gagner leur vie de manière satisfaisante et sur le long terme ;
- la population réunionnaise, consommatrice de ces produits de l’élevage soit informée de ces réalités et puisse prendre conscience dans quel type de développement agricole nous sommes.

Cela nécessite une volonté politique ainsi qu’une application stricte des mesures de prophylaxie.
Au final, l’ADEFAR  ne se laissera pas dévier  de sa détermination  d’obtenir justice en faveur des éleveurs d’autant plus que ceux-ci ont droit à une réparation à hauteur de leurs préjudices (...).

L’ADEFAR, aussi "ignorante" qu’elle soit, demande à M. Le préfet de la Réunion, de rester dans le cadre de ses missions.

Pour tous ces éleveurs brisés dans leur dignité humaine, de surcroît par les propos d’un représentant de l’Etat, nous venons vous demander réparation, pour leurs familles meurtries qui, cependant, veulent croire encore en la justice et en la République Francaise".


 

   

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