50% des employés de la SIDR en grève pour "dénoncer les conditions de travail" :

Pour les locataires "avan fé la grèv okip ban moun lé en détrès"


Publié / Actualisé
Les employés de la SIDR, bailleur social, sont en grève illimitée depuis lundi pour "dénoncer les mauvaises conditions de travail et réclamer le maintien de leur convention collective". De l'autre côté de la scène, les locataires eux, dénoncent depuis "des années", la disparition de la mission sociale du bailleur. Des "réclamations qui n'aboutissent pas, travaux pas faits ou mal faits, augmentation injustifiée des charges locatives, un répondeur téléphonique fantôme", la liste des griefs contre le bailleur est longue. Les locataires, l'assurent "ils ne sont pas écoutés". Pour les syndicats, tous ces dysfonctionnements, n'ont qu'une source : "la direction". La SIDR l'affirme "nous avons, en interne, une vingtaine de travailleurs sociaux, les loyers les moins élevés de France et avons investi 57 millions d'euros dans les travaux en 2017".
Les employés de la SIDR, bailleur social, sont en grève illimitée depuis lundi pour "dénoncer les mauvaises conditions de travail et réclamer le maintien de leur convention collective". De l'autre côté de la scène, les locataires eux, dénoncent depuis "des années", la disparition de la mission sociale du bailleur. Des "réclamations qui n'aboutissent pas, travaux pas faits ou mal faits, augmentation injustifiée des charges locatives, un répondeur téléphonique fantôme", la liste des griefs contre le bailleur est longue. Les locataires, l'assurent "ils ne sont pas écoutés". Pour les syndicats, tous ces dysfonctionnements, n'ont qu'une source : "la direction". La SIDR l'affirme "nous avons, en interne, une vingtaine de travailleurs sociaux, les loyers les moins élevés de France et avons investi 57 millions d'euros dans les travaux en 2017".

La grève du personnel de la SIDR continue ce mercredi 13 juin 2018. Une rencontre est prévue dans la journée à la mairie de Saint-Denis entre le maire de Saint-Denis, Gilbert Annette et André Yché, Président du directoire du groupe CDC Habitat, actionnaire majoritaire de la SIDR. En grève depuis lundi, les salariés réclame la démission de leur directeur, Bernard Fontaine, qui selon eux serait responsable de leur "incapacité à bien faire leur travail".

Lire aussi : Il dénonce de mauvaises conditions de travail, le personnel de la SIDR en grève illimitée

Loin des considérations des grévistes, les locataires de la SIDR dénoncent la disparition de la mission sociale de l'entreprise. Parmi eux, plusieurs ont intenté une action en justice contre le bailleur aux côtés de la confédération nationale du logement (CNL). Ils soulignent les nombreux dysfonctionnements de la SIDR.

- Sur le terrain "na pi persone" -        

Bernard* , locataire de la résidence Emile Zola du Port est en procès contre la SIDR avec le soutien  de la CNL. Il a rejoint une action collective contre le bailleur parce que "mi gagn pi", dit-il

Il dénonce "zot la ferme lo servis médiasion  de zour, na pi médiatèr ni lo zour ni la nuite". Du coup, dit-il, "les demandes des locataires ne sont plus remontées auprès des services de la SIDR".  Les locataires de plusieurs résidences dénoncent les problèmes rencontrés avec le bailleur qui les "laisse seuls face à leurs difficultés".

- "Kan i fé travo, le travo lé mal fé"-       

La résidence Emile Zola a 30 ans. Des travaux de réhabilitation viennent juste d’être faits. 224 logements ont été réhabilités mais pour Bernard "lo ban travo lé mal fé, la pintir  lé mal fé, par plas lo travo lé pa fé". Locataire de son appartement depuis 15 ans, il dénonce "bana la aten 30 an pou fé travo mé lé mal fé".

Cindy*, locataire d’un logement SIDR à Saint-André, déplore elle aussi la qualité des travaux " kan travo té fini, lo bann fenèt té pu bon lo bé vitré i fé infiltrasion, kan cyclone la pasé, la chamb mon fi té inondé ".

- "I di oui mé ek in oui na poin la guèr" -

Bernard locataire pointe du doigt,  l’incapacité du bailleur à traiter les réclamations et faire correctement son travail "I fo di a zot kosa i fo fé" déclare-t-il.

Nadège, résidente des Lataniers à Saint-Denis, fustige "mi lé pa satisfèt". La locataire essaie désespérément d’avoir un nouveau bip pour avoir accès au parking de la résidence."I fé 15 jours mi esaye téléfone azot" elle s’insurge "kan i téléfone a zot, zot i répon pa di ".

L’ensemble de ces locataires dénoncent l’absence d’interlocuteur et un numéro de téléphone qui n’aboutit pas. "I répon jamé, i sonne i sonne i sonne, mé jamé i répon", raconte Nadège. Et quand la plateforme téléphonique répond enfin, "i don à ou un numéro téléfone lo moun i répon mèm pa".

Cindy, une résidente de Saint-André est, elle aussi, découragée par les appels qui n’aboutissent pas "in moman doné ma fini fatigué téléfoné". Pour se faire entendre, Nadège s’est rendue sur place dans les locaux de la SIDR, elle l’affirme "zot i di oui, oui, mé ek in oui, na poin la guèr". Son chauffe-eau qui fuit depuis 2016 n’a toujours pas été réparé, affirme-t-elle. Elle explique "la ba bana i resoi a ou mé kan i fo fé na poin personne pou fé".

- " Pou mwin la SIDR lé pa un organism social " -

Bernard a un avis très tranché sur le bailleur "pou moin la SIDR lé pa in organism social". Cindy explique "navé zinfiltrasion dan la chamb, la Caf la di mon logman  lé insalub, la koup mon ède logman", elle poursuit "ban la SIDR la arsèl a moin pou pay loyè là, la CNL la di a moin non pay sét mi pay dabitud, bana la di si mi pay pa i expuls a moin". Cindy a aussi reçu des menaces d’expulsion par courrier.

Les locataires ne demandent qu’une chose, que la SIDR "i okip lo ban moun lé dan la détress avan alé fé la grèv" Nadège en est convaincue "i mank pa personnel zot, sé a zot i vé pa fé lo travail".

Pour la CNL, c’est "l’ensemble de la structure qui ne fonctionne plus, depuis l’accueil jusqu’à la direction".

- Pour les syndicats " si la situation est telle qu’elle est c’est parce que la direction ne nous donne pas les moyens " -

Un syndicaliste qui soutient le mouvement des grévistes de la SIDR l'assure "c'est la direction qui ne nous donne pas les moyens pour bien faire notre travail". Il dit comprendre que "les locataires mettent tout le monde dans le même sac".

Il explique la situation actuelle par un manque de moyens et de personnels "le budget de réclamation baisse et les agents de terrain ont de plus en plus de travail administratif à cause d'un manque de personnel, ils ne peuvent plus aller sur le terrain comme avant". Il poursuit "ce n'est pas qu'on ne veut pas leur répondre, c'est qu'on ne nous en donne pas les moyens". Le syndicaliste détaille "il faut chaque jour faire un tri dans les réclamations pour voir celles qu'on peut traiter et celles qu'on ne peut pas traiter en fonction du budget qui est en baisse constante".

Le syndicaliste raconte "quand je suis arrivé dans cette entreprise,  c'était pour travailler au plus près des gens, il fallait être à 80% sur le terrain, aujourd'hui, ce n'est plus possible". Pour les grévistes, "la SIDR est dans une logique de bailleur privé et la dimension sociale est en train de disparaître".

Il dit comprendre le "ras-le-bol" des locataires "ils augmentent les loyers, et envoient des gens sur le terrain pour collecter les loyers alors que les réclamations de travaux des locataires ne sont pas traitées".

Concernant les travaux et les malfaçons, le syndicaliste a aussi une explication "les travaux sont mal faits parce que la SIDR prend toujours le moins cher".

Pour lui, ce mouvement de grève a deux motivations "les conditions de travail et le maintien de leur convention collective". Il souligne "on comprend que les locataires nous engueulent, mais on ne veut plus se faire engueuler à la place de la direction".

S'agissant des appels téléphoniques et de la plateforme, le syndicaliste annonce "la direction veut re-internaliser les appels, cela permettrait de faire 250 000 euros d'économie, mais ils veulent que ce soit les employés qui sont déjà débordés qui prennent les appels, au lieu d'embaucher du personnel".

Il conclut "chaque semaine, on nous rajoute des charges de travail". Il fait le même constat que les locataires "pour moi à la SIDR, le social n'existe plus".

- "57 millions d'euros ont été investis dans les travaux" -

Interrogée par Imaz Press la direction SIDR déclare "nous sommes le bailleur social historique avec le parc le plus ancien. 20% des logements ont plus de 40 ans". Elle précise "nous sommes confrontés à deux problématiques : la vétusté des logements et les infiltrations dans les logements neufs achetés au parc privé pendant la défiscalisation".

Le bailleur assure "faire beaucoup d'efforts en travaux d'entretien sur les logements". Le budget consacré aux travaux  étaient de "57 millions d'euros en 2017, ce budget a triplé depuis 2012" assure la SIDR qui l'admet "c'est vrai qu'il y a encore des problèmes, on ne maîtrise pas tout le suivi des chantiers".

Le bailleur détaille les investissements réalisés dans les travaux "en entretien courant, 10, 2 millions, en amélioration 20 millions, en chauffe-eau 2, 3 millions, en réhabilitation lourde plus de 13 millions d'euros. Alors dire que le budget des travaux est en baisse constante c'est contradictoire".

La SIDR et l'Agence française de développement avait signé un accord afin de réaliser des travaux de remise à niveau de logements vétustes "ce plan doit permettre de remettre à neuf 3000 logements. Fin 2017, on a réalisé la moitié des travaux".

Concernant les "malfaçons" décrites par les locataires, la SIDR explique "les travaux sont faits par un réseau d'entreprises qui font partie d'un accord cadre. Dans le BTP beaucoup d'entreprises sont fragiles, on a eu beaucoup de problème de coordination de travaux notamment dans la conception des salles de bains". Ces problèmes "seraient à l'origine des infiltrations rencontrées dans certains logements". "C'est à l'usage qu'on se rencontre qu'il y a des infiltrations" explique la chargée de communication.

Plusieurs locataires se sont plaints des difficultés à joindre le bailleur par téléphone via le 521-521. "On reçoit un débit important d'appels, de nature variée, on essaie d'améliorer nos services pour filtrer les demandes" assure la SIDR.

Le bailleur dit mettre en place de nouvelles solutions pour permettre aux locataires de les contacter "on améliore notre site internet avec un espace client et une foire aux questions, on va débloquer un canal SMS. On cherche des façons de débloquer les demandes".

Concernant la plateforme téléphonique qui serait suppriumée au bénéfice d'une ré-internalisation des appels. La SIDR répond "ce changement de fonctionnement vient d'une demande du personnel. C'est un projet qui sera soumis au conseil d'entreprise l'année prochaine". Elle poursuit "le fonctionnement reste à voir, ce sera un planning tournant avec le personnel déjà en poste de manière temporaire. Dans un deuxième temps, il y aura un personnel dédié avec des téléconseillers".

Les représentants syndicaux devraient être reçus aujourd'hui à 15 heures à la réunion du conseil d'administration de la SIDR.

(*) prénom d'emprunt

sjb/www.ipreunion.com

 

   

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