Biodiversité :

Se mobiliser pour enrayer l'invasion d'espèces exotiques


Publié / Actualisé
Une séance plénière du comité de l'eau et de la biodiversité de La Réunion (CEB) s'est déroulée le mercredi 27 juin à l'Hôtel de Région et a notamment débattu du renforcement nécessaire de la lutte contre les espèces envahissantes sur notre île. Les membres ont souligné l'urgence de mobiliser l'ensemble de la société réunionnaise sur le sujet des espèces invasives, pour sauvegarder les milieux naturels de La Réunion. Voici le communiqué de presse du CEB :
Une séance plénière du comité de l'eau et de la biodiversité de La Réunion (CEB) s'est déroulée le mercredi 27 juin à l'Hôtel de Région et a notamment débattu du renforcement nécessaire de la lutte contre les espèces envahissantes sur notre île. Les membres ont souligné l'urgence de mobiliser l'ensemble de la société réunionnaise sur le sujet des espèces invasives, pour sauvegarder les milieux naturels de La Réunion. Voici le communiqué de presse du CEB :

"Une prise de conscience massive apporterait un soutien décisif à la mobilisation politique forte et aux équipes techniques toujours plus nombreuses, à l’œuvre depuis déjà plusieurs dizaines d’années. Chacun est en mesure d’agir concrètement, à son échelle.

Le CEB, créé il y a moins d’un an en application de la loi biodiversité de 2016, pour débattre des questions d’eau et de biodiversité au niveau local, souhaite se mobiliser tout particulièrement contre un fléau qui, outre des impacts économiques voire sanitaires, constitue la 1ère cause de perte de biodiversité de l’île.

Dans ce cadre, le comité eau et biodiversité lance un appel à la mobilisation en faveur de la biodiversité. 

(...) Malgré les efforts consentis, le rapport technique de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), paru en 2017 et qui fait l’état des lieux de tous les sites naturels inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, a conclu pour La Réunion à une rétrogradation de la note de conservation du Bien Pitons, cirques et remparts, du fait des espèces exotiques envahissantes.

Le constat aujourd’hui est que seule une mise en œuvre ambitieuse, rapide et concertée, à l’échelle locale et nationale, de la stratégie et de son plan opérationnel de lutte serait en mesure de freiner sur l’île l’expansion de l’envahissement de milieux naturels primaires.

Concernant la sauvegarde des habitats naturels terrestres de La Réunion, la menace est telle qu’une mobilisation massive de la société réunionnaise dans toutes ses compétences est la seule voie possible.

Les espèces invasives : quel enjeu pour La Réunion?

Quelles sont ces espèces, dites "invasives"?

◦ Une espèce exotique (introduite par l’homme) est considérée comme invasive (ou envahissante) lorsqu’elle s’installe et se reproduit spontanément dans les milieux naturels et qu’elle constitue une menace pour l’équilibre des écosystèmes naturels ou pour le maintien d’espèces indigènes vivant dans ces écosystèmes.

◦ Ce type d’espèce représente un danger soit parce qu’elle accapare une part trop importante des ressources dont les espèces indigènes ont besoin pour survivre, soit parce qu’elle se nourrit directement des espèces indigènes.

◦ Les espèces exotiques envahissantes sont une des causes principales de perte de diversité biologique dans le monde. Elles entraînent la destruction directe des habitats naturels.

À La Réunion, c’est même la première cause de perte de biodiversité, du fait de 3 circonstances territoriales aggravantes : l’insularité, l'endémisme (présence naturelle d’une espèce exclusivement dans une zone géographique délimitée) élevé de la flore et de la faune indigène de l'île, et le climat tropical peu sélectif vis-à-vis des espèces introduites.

◦ Aujourd’hui, la flore réunionnaise compte deux fois plus d’espèces introduites (exotiques) que d’espèces indigènes (arrivées sur l’île sans intervention humaine). En 2016, La Réunion comptait 131 plantes et 14 animaux considérés comme invasifs dans les milieux naturels.
Il est donc compliqué de les connaître tous.

Dans la nature, quelques indices permettent toutefois de faire l’hypothèse que l’on a affaire à une espèce invasive comme lorsqu’une plante recouvre seule une vaste étendue et lorsque l’on voit pour la première fois un animal ou une jolie plante dans un endroit donné.

Espèces invasives des milieux naturels et ravageurs des cultures : une problématique souvent commune

◦ On parle généralement d’espèce invasive pour une espèce qui se développe au détriment d’un milieu naturel, et d’organisme nuisible ou ravageur, lorsque l’espèce s’attaque aux cultures : dans les faits les mêmes espèces peuvent entraîner les deux types de dégâts : pour les plantes, on peut citer l’exemple du raisin marron.

◦ Pour les cultures, l’impact s’évalue aisément, via la perte de production par dégât direct sur les cultures ou les animaux. Par exemple, l’ajonc d’europe recouvre une partie des surfaces de prairies à la Plaine des cafres, le varroa décime les ruchers.

◦ Dans les milieux naturels, les modalités de propagation sont identiques. Par exemple, l’ajonc d’europe remplace la végétation endémique au Maido, le psylle du mimosa décime les tamarins des Hauts au volcan.

En revanche, l’impact ne s’évalue pas directement en manque à gagner en euros, mais par la perte progressive de caractéristiques naturelles qui distinguent La Réunion du reste du monde. En effet, du fait de son origine géologique (île océanique tropicale) et de son occupation humaine extrêmement récente (trois siècles et demi),

La Réunion offre :

• Un taux d’endémisme exceptionnel de la flore et de la faune : véritable laboratoire naturel du vivant et de l’évolution La Réunion permet aujourd’hui encore d’observer en direct la formation de nouvelles espèces.

• La libre évolution d’une nature encore primitive, non façonnée directement ou indirectement par l’homme, sur près de la moitié du territoire.
C’est cette situation exceptionnelle au niveau mondial qui a été reconnue en 2010 par l’inscription par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité.

◦ Les voies d’introduction sur l’île, volontaires ou involontaires sont également les mêmes, que l’espèce soit une plante ou un animal, et qu’elle s’attaque aux cultures, aux milieux naturels ou aux deux.

Quelques exemples :

▪ le psylle du mimosa qui s’attaque aujourd’hui aux tamarins des Hauts a probablement été introduit involontairement dans un bouquet de fleurs.

▪ l’agame des colons, qui étend progressivement son territoire dans l’île et a atteint le territoire naturel du lézard vert de Bourbon, a voyagé sans se faire remarquer dans des bateaux et à mis pied à terre au Port.

▪ En 1992, malgré l’alerte formelle faite par l’ONF, la passiflore banane a été introduite et est déjà devenue envahissante sur plus de la moitié des communes de l’île.

▪ Certains animaux de compagnie (NAC), s’ils s’échappent, peuvent rapidement poser problème dans les milieux agricoles et naturels (furets, gerbilles...)

Merles maurice, fourmis de feu, longoses... il ne faut hélas pas chercher longtemps pour multiplier les exemples.

Maîtriser les espèces invasives : qui peut agir ?

Une mobilisation technique forte, orchestrée dans un plan opérationnel de lutte, depuis 2010

◦ La lutte contre les invasives est reconnue de longue date par les scientifiques, gestionnaires d’espaces naturels et partenaires institutionnels comme un enjeu majeur de conservation de la biodiversité. À ce titre, une stratégie d’action dédiée a été élaborée en 2010 et deux plans opérationnels de lutte contre les invasives (POLI) ont, depuis, été rédigés et mis en œuvre successivement.

◦ L’animation de chacune des 10 fiches action 2014-2017 a été confiée à une structure différente, généralement directement impliquée dans l’action.

◦ Chaque fiche action précise également la liste des principaux acteurs à mobiliser pour atteindre les objectifs à court terme : structures publiques, privées, organisation professionnelles, associatives, ...

◦ Un groupe technique, lieu privilégié d’échange sur l’actualité et les retours d’expérience, accueille tous les acteurs qui le souhaitent : le groupe espèces invasivesde La Réunion (GEIR). Il a notamment œuvré, par le passé, à la mise sur pied de la plate-forme collaborative du même nom, destinée au plus grand nombre : Site Web du GEIR

◦ Le bilan et la révision du POLI 2014-2017 sont en cours et visent notamment à comprendre et tirer parti des principales causes de succès et d’échecs rencontrés, pour un plan d’action 2019-2022 réorienté en conséquence.

◦ D’ores et déjà, il est apparu la nécessité de : ▪ remobiliser les acteurs déjà engagés dans la mise en œuvre du POLI, en motiver
de nouveaux : Le rapport UICN de 2017 montre en effet la nécessité de monter encore en puissance, pour réussir à préserver ce qui fait la richesse de l’île en matière de biodiversité.

                                                                          ▪ atteindre le bon niveau de gouvernance sur les enjeux de lutte contre les invasives : Malgré une directive européenne de 2014, les ministères en charge de l’environnement et de l’agriculture n’ont pas encore validé la liste des plantes exotiques envahissantes à interdire d’introduction et d’utilisation sur le territoire réunionnais. Pourtant, une proposition de 810 espèces
faisant consensus localement a été transmise par La Réunion il y a 18 mois. L’enjeu des espèces invasives à La Réunion, île fleuron de la biodiversité nationale, n’est peut-être pas perçu à son bon niveau par le gouvernement. Une gouvernance politique locale engagée dans ce domaine permettrait de porter au niveau
national les attentes de La Réunion.

                                                                           ▪ mesurer la perception réelle de l’enjeu des espèces invasives par les différentes composantes de la société et solidifier le portage sociétal du défi à relever. Le grave problème posé aujourd’hui par le remplacement uniforme des milieux naturels indigènes par des espèces exotiques envahissantes n’est pas majoritairement approprié par la société réunionnaise. Il convient aujourd’hui de comprendre les difficultés générées par les messages transmis, les éventuels conflits d’intérêts et les solutions à mettre en place pour faire de la lutte contre les espèces invasives à La Réunion une cause régionale, sinon nationale. Un élargissement des forces vives aujourd’hui indispensable

◦ Le CEB fait le constat d’une incohérence entre les moyens conséquents déjà déployés contre les espèces invasives des milieux naturels et les ravageurs des cultures d’une part, et d’autre part certains opérateurs économiques ou manifestations qui font la promotion des espèces nouvelles (nouveaux animaux de compagnie, nouvelles plantes ornementales ou alimentaires) sans aucun message associé sur les enjeux en matière d’envahissement.

◦ Le CEB souhaite participer à l’amélioration du portage sociétal de la lutte contre les espèces invasives, et considère que chacun peut contribuer utilement : ▪ Les élus des collectivités : par les moyens qu’ils mobilisent au profit des milieux naturels, par leurs choix d’aménagement, mais aussi par le relais qu’ils opèrent au niveau national pour l’implication directe du gouvernement dans le défi à relever
pour préserver de la menace des espèces invasives nos espaces naturels les mieux conservés et nos espèces endémiques (réglementation adaptée, moyens) ;

                                  ▪ Les maîtres d’ouvrages, publics et privés : par la prise en compte dans leurs cahiers des charges des mesures de prévention contre l’introduction et la dissémination d’espèces invasives et pour la mise en place de chantiers de lutte sur leurs territoires de compétence directe ;

                                  ▪ Les professionnels : pour qu’ils bâtissent leur développement économique sur un choix d’espèces non susceptibles de devenir envahissantes, et le fassent savoir ;

                                  ▪ Les forces d’innovation : chercheurs, gestionnaires, associations, pour que La Réunion reste un territoire de solutions exportables en matière de prévention et de lutte contre les espèces exotiques envahissantes ;

                                  ▪ Chaque citoyen, réunionnais ou visiteur : par le respect de la réglementation, par les espèces qu’il détient, par ses pratiques engagées, par sa participation, s’il le souhaite, à des actions collectives, par le signalement rapide d’espèces qu’il voit pour la première fois dans un coin de nature familier : faire un signalement

Le comité de l’eau et de la biodiversité de La Réunion s’adresse donc aujourd’hui directement à la société réunionnaise. Pour qu’elle exige d’être mieux informée des conséquences de ses achats, de ses pratiques, sur l’envahissement des milieux naturels ; Pour l’inciter à s’impliquer directement dans la lutte contre les espèces invasives."

   

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