Par manque de financements :

Psychiatrie - Peut-être le clap de fin pour la sismothérapie


Publié / Actualisé
La sismothérapie, une technique d'électrostimulation cérébrale, est utilisée chez les patients souffrant de dépression très profonde avec résistance aux médicaments, chez les femmes enceintes dépressives ne pouvant pas prendre de pharmacopée en raison des risques tératogènes, ou encore des patients présentant des pathologies lourdes (Parkinson, schizophrénie...). Mais son coût est lourd : chaque séance coûte 325 euros, dont 54,77 euros seulement pris en charge par l'assurance-maladie. La seule clinique de l'île proposant ce traitement, la clinique des Flamboyants Ouest, se trouve actuellement en difficulté financière et envisage de cesser la pratique de la sismothérapie d'ici la fin de l'année (Photo d'illustration)
La sismothérapie, une technique d'électrostimulation cérébrale, est utilisée chez les patients souffrant de dépression très profonde avec résistance aux médicaments, chez les femmes enceintes dépressives ne pouvant pas prendre de pharmacopée en raison des risques tératogènes, ou encore des patients présentant des pathologies lourdes (Parkinson, schizophrénie...). Mais son coût est lourd : chaque séance coûte 325 euros, dont 54,77 euros seulement pris en charge par l'assurance-maladie. La seule clinique de l'île proposant ce traitement, la clinique des Flamboyants Ouest, se trouve actuellement en difficulté financière et envisage de cesser la pratique de la sismothérapie d'ici la fin de l'année (Photo d'illustration)

Pourquoi tant de difficultés ?

" Dans un contexte de baisse généralisée des coûts de santé pris en charge par l’assurance-maladie, nous ne pouvons plus assumer le reste à charge des séances de sismothérapie que nous n’avons jamais fait porter sur nos patients ", explique Aude d’Abbadie-Savalli, directrice générale du Groupe Les Flamboyants.

La clinique accueille plus de 600 patients chaque année pour un traitement de sismothérapie. Des partenariats ont été noués avec le CHU et avec des cabinets libéraux pour la prise en charge de patients relevant de cette thérapie. Mais le reste à charge pour la clinique est chaque année de 170 000 euros, une dépense que le groupe Les Flamboyants estime ne plus pouvoir assumer. La solution serait d’obtenir de l’Agence Régionale de Santé Océan Indien une autorisation de prise en charge en Médecine et non plus en Psychiatrie.

En effet, la prise en charge en Médecine est de 451,15 euros alors qu’elle n’est que de 54,77 euros en psychiatrie. Dans ce cas, fini le reste à charge ! Mais la demande présentée à l’ARS Océan Indien en juillet 2017 s’est soldée par une fin de non-recevoir en octobre dernier. Le Groupe Les Flamboyants a donc déposé un recours hiérarchique auprès du Ministère des Solidarités et de la Santé, soutenu par un courrier des Présidents de Région et du Conseil Départemental. Si le recours échouait, la sismothérapie disparaîtrait de l’île d’ici la fin de l’année.

" Une injustice pour les patients réunionnais ", relève le Dr Didier Cohou, médecin psychiatre puisqu’ils ne disposeraient plus des mêmes thérapeutiques que le patient métropolitain. Et de pointer du doigt des chiffres évocateurs : l’assurance maladie dépense au titre de la psychiatrie 132 euros par habitant en métropole, 149 euros en Corse et seulement 104 euros à La Réunion. " La Réunion figure parmi les régions les plus pauvres en moyens pour la psychiatrie ", martèle le président du Groupe Les Flamboyants, le Dr Gérard d’Abbadie.

A quoi sert la sismothérapie ?

C’est une technique l’électrostimulation qui permet d’envoyer, sous anesthésie générale, des impulsions au cerveau, lesquelles provoquent une crise d’épilepsie artificielle. Un mal pour un bien, puisqu’au réveil le patient retrouve goût à la vie durablement, au moins pendant quelques mois.

" Cette thérapeutique offre des atouts indéniables face à un arsenal thérapeutique pauvre en psychiatrie ", souligne le Dr Antoine Deguillaume, médecin psychiatre. Et si la sismothérapie disparaît ? " Il n’est pas pensable de l’envisager. On ne va tout de même pas commencer à transférer nos patients en métropole pour qu’ils bénéficient de ce traitement ! ", s’indigne le Dr Philippe Bénichou, Président de la Commission Médicale d’Etablissement de l’Etablissement Public de Santé Mentale de la Réunion (EPSMR).

Et pourtant, si Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, ne prend pas parti pour le maintien de la sismothérapie à La Réunion, quelle autre solution, sachant que le phénomène insulaire exclut de facto la solution, facile en métropole, de la régionalisation de l’offre de soins ? Sinon de renoncer à ce confort de vie, parfois vital, qu’offre la sismothérapie pour des patients en très grande souffrance.

La Réunion va-t-elle être contrainte à une offre de soins minorée en psychiatrie par seule contrainte financière ?

ml / www.ipreunion

 

   

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