La moitié des médecins généralistes est proche de la retraite :

Offre de soins : La Réunion est bien dotée... pour l'instant


Publié / Actualisé
Alors que Mayotte s'inquiète, selon nos confrères de France Mayotte Matin (édition du 18 juillet 2018), de l'absence de nombreuses spécialités médicales sur son territoire, La Réunion vient de revoir son zonage d'installation des médecins pour mieux répondre aux besoins des patients tout en anticipant sur les départs en retraite des soignants. Selon les statistiques compilées par l'Agence Régionale de Santé Océan Indien, si La Réunion n'est pas vraiment sous-dotée en offre de soins, des fragilités sont néanmoins évidentes à court ou moyen terme.
Alors que Mayotte s'inquiète, selon nos confrères de France Mayotte Matin (édition du 18 juillet 2018), de l'absence de nombreuses spécialités médicales sur son territoire, La Réunion vient de revoir son zonage d'installation des médecins pour mieux répondre aux besoins des patients tout en anticipant sur les départs en retraite des soignants. Selon les statistiques compilées par l'Agence Régionale de Santé Océan Indien, si La Réunion n'est pas vraiment sous-dotée en offre de soins, des fragilités sont néanmoins évidentes à court ou moyen terme.

En terme d’effectifs, si l’on compare les chiffres, La Réunion est souvent au coude à coude avec la Métropole. Par exemple, nous disposons de 142 médecins généralistes (libéraux et salariés) pour 100 000 habitants (soit 1191 au total) contre 155 dans l’Hexagone et seulement 61 à Mayotte. 

Evidemment, selon les spécialités, l’exercice se corse un peu : la rhumatologie est à première vue le parent pauvre à La Réunion avec 1 spécialiste pour 100 000 habitants contre 4 en Métropole, ainsi que l’oncologie (0,5 spécialiste contre 1,5 en Métropole). A contrario, La Réunion prend la tête du peloton en anesthésie-réanimation (18 contre 17), en pédiatrie (69 contre 66), en gynécologie-obstétrique (25 contre 17), en maïeutique (190 sages-femmes salariées et libérales vs 145, 57 libérales vs 39) et en kinésithérapie (165 contre 123). En dermatologie et vénérologie comme en chirurgie générale, on passe du  simple au double à égalité entre les deux spécialités, soit 3 ici et 6 en métropole. Idem pour la stomatologie et chirurgie maxilo-faciale (1 contre 2).

En gastro-entérologie et hépatologie, le match se joue à 4 contre 6, en cardiologie et maladies vasculaires  à 9 contre 11, en oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervico- faciale, on réduit un peu l’écart à 3 contre 5. En ophtalmologie, on constate un écart à peu près équivalent (6 contre 9), ainsi qu’en radio diagnostic (9 contre 13) et en psychiatrie (16 contre 23).

Le déficit d’offre de spécialistes existe donc, mais n’est pas criant à première vue, sauf pour la rhumatologie, la gynécologie médicale (5 contre 11) mais dont la faible représentation est compensée par une proposition exhaustive en gynéco-obstétrique  et en sages-femmes libérales, lesquelles, rappelons-le, sont compétentes pour suivre la femme en bonne santé, de la puberté à la ménopause.

Des chiffres à prendre avec recul

Mais ces chiffres ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Il faut tenir compte aussi de la pyramide des âges tant chez les patients que chez les professionnels de santé. Ainsi, que La Réunion soit moins bien dotée que la Métropole en spécialistes des pathologies courantes au grand âge, comme la rhumatologie, peut s’expliquer par la moyenne d’âge plutôt jeune à La Réunion et éclaire les raisons de l’offre exhaustive en gynécologues-obstétriciens et en pédiatres, sans oublier le taux de natalité plus élevé ici (2,4 enfants par femme contre 1,8 en Métropole).

Parallèlement, l’apparente suffisance des effectifs est à relativiser en fonction de l’âge des praticiens. Par exemple, 42% des généralistes à La Réunion ont plus de 55 ans. " Cela signifie qu’il existe une fragilité sur certains territoires où de nombreux, sinon parfois la totalité des médecins installés, pourraient partir en retraite d’ici quelques années ", estime Gilles Vignon, Directeur de la Délégation de l'Ile de la Réunion à l'ARS Océan Indien. Pour autant, ce dernier se veut confiant : " Nous sommes sur la première génération des étudiants en médecine réunionnais partis finir leurs études à Bordeaux. Nous pouvons espérer leur retour et donc une relève assurée d’ici quelques années. "
Inversement, les sages-femmes, les kinésithérapeutes et les infirmiers sont en général jeunes (seulement 12%, 6% et 21% ont plus de 55 ans). Selon le Directeur de la Délégation de l'Ile de la Réunion à l'ARS Océan Indien, l'île ne connaît pas de problèmes de recrutement, mais a besoin de restructurer son maillage d’offres de soins.

Une dérogation du Ministère de la Santé

C’est pourquoi l’ARS OI a présenté le 17 avril 2018 une nouvelle proposition de zonage des médecins généralistes libéraux à La Réunion, effectif au 1er juillet 2018, qui tient compte des diverses spécificités locales en matière de densité démographique et des facteurs de fragilité. A cette fin, l’ARS Réunion a obtenu une dérogation du Ministère de la Santé pour utiliser une échelle de " grands quartiers " et non plus de bassin de vie, ce qui permet de prendre en compte les difficultés d’accès aux soins de la population vivant dans les hauts des communes et dans les territoires isolés et enclavés.

Sans surprise, Salazie et Cilaos sont classées en zones d’intervention prioritaire selon les critères de la sélection nationale.

Mais grâce la dérogation du Ministère de la Santé, Saint Bernard, Domenjod, Ressource, Bagatelle, Mille Roches, Rivière du Mat Hauts, Rivière du Mat Bas, Sainte Anne, Jean Petit, Vincendo, Ouaki, Barrage Saint Cœur, Bellmène, Pichette ont aussi été classés en zone prioritaire selon les critères spécifiques à La Réunion. En bordure de ces zones prioritaires, se trouve une catégorie moins menacée, mais considérée par l’ARS Réunion comme présentant des risques de fragilité : Tan Rouge, La Chaloupe, Entre Deux, Basse Vallée Le Bail, Centre Mare Longue.

" Nous réfléchissons, avec les différents acteurs et partenaires de santé, aux leviers incitatifs d’installation ou/ et de réorganisation à encourager sur ces trois zones tendues, explique Gilles Vignon. Il peut s’agir de maisons de santé, qui fonctionnent autour d’un projet de santé commun aux professionnels présents afin de mieux correspondre aux attentes des soignants et aussi aux besoins de la population. "

La fermeture de l’hôpital de Cilaos répond à cette exigence : " Nous avons étudié les besoins actuels de la population, en concertation avec les habitants et, clairement, l’hôpital ne répond plus à ces contraintes. Il faut répartir l’offre de soins différemment, notamment en direction des personnes âgées et en offre de soins au cabinet. "

Alors, La Réunion peut-elle présenter un profil de désert médical en devenir ? " Probablement pas, conclut Gilles Vignon, mais il faut être vigilant par rapport aux fragilités relevées et se montrer innovants pour permettre une évolution satisfaisante de l’offre de soins dans les années qui viennent. "

ml/www.ipreunion.com

   

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