Les médecins libéraux réunionnais plutôt satisfaits :

Plan Santé : "ça va dans le bon sens"


Publié / Actualisé
Des bons points... mais peut mieux faire. C'est un peu le sentiment des médecins libéraux à La Réunion, conscients toutefois qu'une réforme plus ambitieuse aurait un coût trop élevé. Les praticiens réunionnais s'accordent pour reconnaitre qu'à un ou deux points de détails près la volonté politique s'est faite plus conciliante que coercitive et va dans le bon sens. Mais il y a loin de la fontaine au verre et les médecins libéraux attendent de voir les effets sur le terrain des bonnes intentions annoncées ce mardi 18 septembre 2018 par le Président de la République au travers de ce Plan Santé qui amorce une réforme en profondeur du système de santé.
Des bons points... mais peut mieux faire. C'est un peu le sentiment des médecins libéraux à La Réunion, conscients toutefois qu'une réforme plus ambitieuse aurait un coût trop élevé. Les praticiens réunionnais s'accordent pour reconnaitre qu'à un ou deux points de détails près la volonté politique s'est faite plus conciliante que coercitive et va dans le bon sens. Mais il y a loin de la fontaine au verre et les médecins libéraux attendent de voir les effets sur le terrain des bonnes intentions annoncées ce mardi 18 septembre 2018 par le Président de la République au travers de ce Plan Santé qui amorce une réforme en profondeur du système de santé.

Supprimer le numerus clausus dès 2020

La rumeur courait depuis quelques semaines : Emmanuel Macron a bien confirmé la suppression du numerus clausus dès la rentrée 2020 pour "permettre de former suffisamment de médecins", selon le Président de la République.
Ce concours, plus que sélectif et redouté des étudiants en première année commune aux études de santé (PACES), va donc disparaître. "C'est plutôt une bonne chose, souligne le Dr Christophe Cazeres, chirurgien digestif au Port et 1er vice-président de l'Union Régionale des Médecins Libéraux de l'Océan Indien (URMLOI). On a enfin compris que la capacité de mémorisation ne suffit pas à faire un bon médecin. Proposer différents niveaux de sélection au cours des études est une bonne solution." 

Comme l'a souligné Emmanuel Macron, "aujourd'hui c'est un gâchis qui concerne 25 000 étudiants chaque année". Stéphanie en fait partie. Cette jeune femme dyonisienne, qui s'est réorientée vers des études en métropole en marketing de la santé, a échoué en PACES il y a trois ans et encaisse le coup : " C'est totalement injuste pour moi ! En fait, je suis née cinq ans trop tôt ! "

Reste à savoir comment l’Université gèrera le flux d’étudiants. Et comment les boîtes à concours s’adapteront. A La Réunion, elles sont quelques-unes, de 3 000 à 13 000 euros l’année à proposer leurs services. " C’est un peu le coup de bambou, nous a expliqué l’un des enseignants sous le sceau de l’anonymat. Il y aura des défections d'étudiants en prépa, c'est certain. Notre modèle économique va être mis à mal pendant quelques années et les étudiants n’y gagneront pas. Ce n’est pas parce que le concours disparaît que tout le monde va réussir ". 

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Etablir 400 médecins salariés dans les déserts médicaux

Ce sont les médecins salariés des hôpitaux qui vont s’y coller in fine et cela dès 2019. Pour le moment du moins. Exit les discours coercitifs entendus jusqu’à il y a peu, visant à contraindre par la force les jeunes thésés à prendre l’air à la campagne pendant quelques années.  Reste à savoir comment s’organisera cet exode, l’exécutif ne s’est pas encore étendu sur les détails. 
A La Réunion, pour l’instant, l’offre de santé est suffisante, hormis dans les cirques. Mais à Cilaos, une maison de santé à la place de l’hôpital voué à la fermeture pourrait pallier l’absence de médecins, comme l'a déjà envisagé l'ARS OI.

Créer 4000 postes d'assistants médicaux d'ici 2022

Dans beaucoup de régions, des médecins refusent de prendre de nouveaux patients par manque de temps. Qu’à cela ne tienne, Emmanuel Macron a prévu de leur libérer " du temps de soin ", en finançant pour partie des assistants médicaux chargés de remplir les dossiers, prendre la tension, le poids, la mesure, déshabiller les bébés, interroger les gramounes, etc. 4000 assistants médicaux vont donc être recrutés d’ici 2022.  Bref, dégager 20 à 30% de temps. Mais il y a une condition pour en bénéficier : que les médecins libéraux se groupent en maisons de santé, s'engagent sur la "prise en charge de nouveaux patients", le "raccourcissement des délais d'attente" et l'organisation de consultations sans rendez-vous.

" A La Réunion, la majorité des médecins généralistes exercent seuls, ils ne pourront donc pas en bénéficier, souligne le Dr Philippe de Chazournes (FMF). Se dire qu’ils sont arrivés trop tôt dans le métier ne peut qu’intensifier le burn out dont souffrent beaucoup d’entre eux ". Sans compter, estime-t-il, le risque de voir fuir leur patientèle : " C’est normal, les patients voudront tout avoir sous la main, l’échographie, la radiologie, le généraliste et le spécialiste ".  Le Dr Christine Kowalczyk, médecin généraliste et présidente de l’URMLOI, est plus mesurée : " Les jeunes médecins n’envisagent pas de s’installer seuls, c’est donc une bonne mesure. Pour les plus âgés exerçant seuls, oui, ça ne sera pas pour eux. "

Mais relativisons : avec 4 000 assistants médicaux pour la France entière, il n'y en aura de toute façon pas pour tous les cabinets de groupe.

Faire assurer les urgences de jour par les généralistes

Autre point du Plan Santé, désengorger les urgences hospitalières, en organisant une prise en charge des urgences de jour par les médecins libéraux, au sein des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Un retour au service de garde, mais de jour, de 8 h à 20 h, avec incitation financière.

De fait, à La Réunion, il existe déjà des maisons médicales d’urgence, dans le Nord et dans l’Est et ce n’est pas pour autant que les services d’urgence ne sont pas saturés : " C’est utopique, estime le Dr Christophe Cazeres. C’est avant tout un problème sociétal, il faut éduquer les patients à ne pas venir aux urgences pour rien. "

Mais le chirurgien tient à souligner  aussi"le maillage important de médecins généralistes à La Réunion, avec une grande disponibilité de ces médecins qui sont nombreux à consulter le samedi matin ", ce qui contribue à éviter d’embouteiller les  urgences. Mais vouloir désencombrer les urgences, c'est aussi oublier un peu vite que les urgences sont la poule aux œufs d'or pour l'hôpital : tout patient qui y pose l'ombre du petit doigt pied rapporte immédiatement 200 à 400 euros à l'hôpital.

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Revoir le financement et le positionnement des hôpitaux

Autre point du Plan, la réforme de la tarification à l'activité à l'hôpital (T2A) qui pousserait les hôpitaux, selon les constatations des ARS, à multiplier les actes pour gonfler le budget. Le gouvernement envisage donc une prise en charge au forfait en parcours de soin coordonné hopital/médecins libéraux pour certaines pathologies chroniques. Dès 2019, seront mis en place des forfaits "patient diabétique" et "patient insuffisance rénale chronique", deux pathologies qui concernent de près La Réunion. 

De même, le Plan santé prévoit la réorganisation des hôpitaux par niveau : le niveau 1 chargé du soin de proximité (médecine générale, gériatrie, soins de suite), le niveau 2 autour des soins spécialisés (maternité, chirurgie) et le niveau 3 avec les plateaux techniques de pointe. A La Réunion, la fermeture de deux hôpitaux de proximité, Cilaos et Saint-Louis, est déjà quasiment actée. Le CHU Réunion, dans son plan de retour à l'équilibre, a dû aussi concentrer les services au Nord ou au Sud. Reste la question des centres hospitaliers de l'Est et de l'Ouest qui pourraient être amenés à se restructurer selon les directives du Plan Santé.

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ml/www.ipreunion.com

   

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