Consommation - Agriculture :

Cette mangue d'Égypte qui fait peur


Publié / Actualisé
Depuis quelques semaines, les Réunionnais peuvent voir sur certains étals des marchés des mangues d'origine égyptienne. Une première qui fera sûrement plaisir aux amateurs de ce délicieux fruit, mais qui font peur aux producteurs locaux. Ils craignent en effet que la mangue péi ne connaisse le même sort que l'oignon péi ou la pomme de terre péi qui ont quasiment disparu des marchés locaux, la faute à l'importation.
Depuis quelques semaines, les Réunionnais peuvent voir sur certains étals des marchés des mangues d'origine égyptienne. Une première qui fera sûrement plaisir aux amateurs de ce délicieux fruit, mais qui font peur aux producteurs locaux. Ils craignent en effet que la mangue péi ne connaisse le même sort que l'oignon péi ou la pomme de terre péi qui ont quasiment disparu des marchés locaux, la faute à l'importation.

" Nous sommes extrêmement inquiets ", souffle Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’agriculture de La Réunion. Et pour cause, chaque jour, l’élu et ses services reçoivent des agriculteurs qui ne cachent pas leur désarroi face à l’arrivée de mangues égyptiennes sur les étals réunionnais. Ces dernières se vendent entre 6 et 10 euros le kilo et viennent clairement concurrencer la mangue péi dont la saison débute à peine.

Pourquoi ces mangues égyptiennes apparaissent-elles subitement ? " C’est un effet d’aubaine. Certains opérateurs ont flairé le bon coup et ont donc importé des mangues qui leurs permettent d’avoir une marge financière intéressante ", explique Yannick Sapoupapoullé, secrétaire général à l’ARIFEL (Association Réunionnaise Interprofessionnelle Fruits et Légumes). Problème, impossible d’établir une quelconque traçabilité du fruit ou de savoir quels sont les produits utilisés par les producteurs égyptiens.

Mais les producteurs locaux craignent surtout de voir cette mangue égyptienne grignoter des parts de marché sur notre produit péi, comme ce fut le cas à l’époque pour la pomme de terre péi, l’ail péi, et l’oignon péi. En ce qui concerne l’oignon par exemple, " de 8500 tonnes produits chaque année, on est passé à environ 600 tonnes d’oignon aujourd’hui ", détaille le représentant de l’ARIFEL. La carotte pei souffre elle aussi mais se porte un peu mieux même s’il est difficile de lutter contre la concurrence étrangère

Une dynamique similaire mettrait ainsi en péril une production annuelle de 4000 tonnes de mangues, 400 producteurs sur 420 hectares, sans compter les emplois directs et indirects. " Ce serait une catastrophe économique et sanitaire ", explique le président de la Chambre d’agriculture qui estime qu’" on est en train d’ouvrir une boîte de Pandore ".

Le problème, c’est que cela répond aussi à une logique de consommation de la population qui souhaite avoir ce type de produit toute l’année, et à bas coût. Jean-Bernard Gonthier en est tout à fait conscient. " Si ça continue comme ça, on verra des mangues débarquer d’Espagne et de Pérou, venir concurrencer nos fruits ", confie-t-il.

Face à cette situation, le monde agricole se sent quelque peu démuni. " Nous n’avons pas de véritable levier d’action ", reconnaît Yannick Sapoupapoullé. Du côté de la Chambre d’agriculture, on a demandé des analyses de ces mangues égyptiennes afin d’en vérifier la sécurité sanitaire. " A part cela, nous ne pouvons rien faire. Nous sommes dans un marché ouvert et concurrentiel ", détaille Jean-Bernard Gonthier.

Tous en appellent à la responsabilité et à la lucidité du consommateur : " Certes, il est bon de vouloir se faire plaisir avec des mangues toute l’année, mais il est question de survie de toute une filière, d’emplois, et de qualité des produits ", insiste Jean-Bernard Gonthier. Yannick Sapoupapoullé va dans le même sens : " le consommateur doit se poser la question du devenir de l’agriculture réunionnaise et de l’autosuffisance alimentaire de notre île ". Une manière de dire que chaque produit menacé par l’exportation est un combat de perdu pour notre agriculture péi.

www.ipreunion.com

   

5 Commentaire(s)

Claudine, Posté
" le consommateur doit se poser la question du devenir de l’agriculture réunionnaise et de l’autosuffisance alimentaire de notre île " : moi je me pose la question du prix de la manque péi : 20 Euros le kg ! Tous les produits péi (fruits, légumes, fromages, yaghourts, etc ...) sont hors de prix : 4 bananes = 2 Euros. C'est donc aux agriculteurs et producteurs de se poser les bonnes questions, pas les consommateurs. Les mêmes produits réunionnais exportés en Métropole coûtent beaucoup chers à la Réunion. Chers Agriculteurs, arrêtez de vous plaindre, de vous lamenter.
GERARD97460, Posté
Il faut de la concurrence pour tous les produits alimentaires, les agriculteurs réunionnais se réveillent que maintenant à cause du trop d'assistance et du profit qu'ils font sur les réunionnais depuis un bon moment, alors je dis moi, VIVE LA CONCURRENCE..
Candide , Posté
À 6 € le kilo, quelque soit la mangue, je n'achète pas. Les agriculteurs réfléchissent bien aux prix de leurs produits...
Tilmuch, Posté
Ce que je pense ? Il faut absolument refuser cette entrée de mangues Égyptienne sur la Réunion. Je suis un réunionnais qui vit en métropole depuis 60 ans. En France on nous fait manger de la merde venant du brésil des fruits qui ne sont pas arrivés à maturité parce que cueillis verte. Les mangues réunionnaises suffisent pour l'Île et pourquoi ne les trouvons sur le marché en France? Mes chers compatriotes ne vous laissez pas abuser. Il en va aussi pour les litchis maintenant cueillis encore tout vert et tout petit alors que ces fruits sont les meilleurs que dans les autres contrées. Je le répète. cessez de vous laisser abuser. Je ne crains pas je signe ma bafouille - Paul Tilin
Jacques, Posté
Tant que le monde sera peuplés de gens attirés que par l'argent et le profit, nous serons en situation de crise...
Ne mangez que les fruits de saison, votre santé vous le rendra !