Selon Griveaux, Macron les aurait plus augmentés que ses prédécesseurs.... :

Minima sociaux : le porte-parole du gouvernement a de drôles de méthodes de calcul


Publié / Actualisé
Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a affirmé qu'on n'avait "jamais autant augmenté les minima sociaux que pendant ce quinquennat". L'Agence France Presse (AFP) a sorti sa calculette et s'est lancée dans un comparatif. L'AFP en conclut que cette affirmation est démentie par les statistiques : les minima sociaux avaient au moins autant augmenté annuellement pendant le mandat de François Hollande, et bien plus sous la présidence de François Mitterrand. Les Réunionnais, dont plus de 40% vivent hélas au-dessous du seuil de pauvreté métropolitain, apprécieront sans nul doute très moyennement cet élan de satisfecit gouvernemental...
Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a affirmé qu'on n'avait "jamais autant augmenté les minima sociaux que pendant ce quinquennat". L'Agence France Presse (AFP) a sorti sa calculette et s'est lancée dans un comparatif. L'AFP en conclut que cette affirmation est démentie par les statistiques : les minima sociaux avaient au moins autant augmenté annuellement pendant le mandat de François Hollande, et bien plus sous la présidence de François Mitterrand. Les Réunionnais, dont plus de 40% vivent hélas au-dessous du seuil de pauvreté métropolitain, apprécieront sans nul doute très moyennement cet élan de satisfecit gouvernemental...

Dimanche 7 octobre dans l'émission "Questions Pol" (France Inter - Le Monde - franceinfo:), Benjamin Griveaux a déclaré : "On n'aura jamais autant augmenté les minima sociaux que durant ce quinquennat. Jamais... Vous pouvez prendre tous les comparatifs".

 

Pour vérifier cette affirmation, nous nous sommes assurés d'abord de... bien la comprendre.

Nous avons donc contacté le cabinet de Benjamin Griveaux, qui a expliqué que le ministre avait "comparé avec ce qui a été fait avec les quinquennats précédents. C'est le montant de chaque allocation à la fin de chaque quinquennat par rapport au début" que visait le porte-parole du gouvernement.

Le cabinet a vanté les augmentations de minima sociaux décidées et programmées sous le quinquennat Macron concernant notamment l'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa, communément appelée minimum vieillesse) et l'allocation aux adultes handicapés (AAH).

Le cabinet a aussi souligné les augmentations concernant l'allocation de soutien familial, le complément familial et la prime d'activité, voire la "désocialisation" des heures supplémentaires. Ces quatre mesures ne relèvent pas des minima sociaux, dont la liste figure sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé. Nous ne les avons donc pas fait figurer dans notre décompte.

Nous avons repris sur ce site l'historique du barème des minima sociaux, exprimé en euros courants. Nous y avons ajouté les augmentations prévues et annoncées par le gouvernement actuel.

Nous avons aussi choisi comme taux d'inflation hors tabac pour 2019 et 2020 le taux pronostiqué par le gouvernement (de 1,3% en 2019 et de 1,4% en 2020). Nous avons ensuite choisi pour les années 2021 et 2022 de parier sur une inflation à 1,4%, qui est d'après l'Insee l'inflation moyenne annuelle depuis le passage à l'euro.

Nous avons comparé les évolutions depuis 1981 du montant maximum des cinq principaux minima sociaux : le minimum vieillesse (allocation supplémentaire vieillesse devenue allocation de solidarité aux personnes âgées, Aspa), l'AAH (allocation aux adultes handicapés), l'ASS (allocation de solidarité spécifique, pour les chômeurs en fin de droit), l'allocation veuvage, le RMI devenu RSA. Nous avons à chaque fois choisi le cas d'une personne isolée sans enfant, car c'est là dessus que le gouvernement a ciblé ses annonces d'augmentations.

Pour les mesures ou les années futures pour lesquelles le gouvernement n'a pas annoncé de plan précis (notamment pour les années 2020, 2021 et 2022), nous avons adopté l'hypothèse la plus favorable à l'administration Macron, à savoir une revalorisation annuelle de ces minima sociaux égale à l'inflation.

Des données consolidées sur les montants étant disponibles depuis 1981, nous avons choisi d'inclure les septennats de François Mitterrand et celui de Jacques Chirac, mais fait évidemment attention à bien comparer des augmentations moyennes annuelle pour obtenir des comparaisons valables.

Les augmentations annoncées pour le quinquennat Macron

- L'Allocation de solidarité pour les personnes âgées (Aspa, ex-minimum vieillesse, environ 550.000 bénéficiaires) a augmenté de 30 euros le 1er avril et doit connaître une nouvelle hausse de 35 euros au 1er janvier 2019, puis à nouveau 35 euros en 2020, ce qui aboutit à 903€ au 1er janvier 2020.

- L'allocation aux adultes handicapés (AAH), 1,1 million de bénéficiaires, doit passer de 819 à 860 euros le 1er novembre, puis augmentera de 40 euros supplémentaires (à 900 euros) fin 2019. Elle sera revalorisée de 0,3% supplémentaires le 1er avril 2020.
Les résultats

Même en adoptant ces hypothèses favorables à l'administration Macron, on aboutit à une augmentation annuelle de ces cinq minima sociaux supérieure pendant le quinquennat de François Hollande (2012-2017) que pour celles annoncées durant celui d'Emmanuel Macron. Les augmentations Macron devancent à peine celles réalisées pendant le premier mandat de Jacques Chirac, pourtant un septennat (1995-2002), et devancent plus nettement celles réalisées sous les quinquennats de Nicolas Sarkozy (2007-2012) et Jacques Chirac (2002-2007).

Ces quatre mandats sont toutefois nettement distancés par les deux septennats de François Mitterrand, qui a réalisé des augmentations quatre fois supérieures entre 1981 et 1988 et près de six fois supérieures entre 1988 et 1995. Le premier socialiste président de la République a en effet non seulement augmenté mais surtout créé des minima sociaux: l'allocation de solidarité spécifique (instituée en 1984) et surtout, le revenu minimum d'insertion (RMI), créé en 1988 et rebaptisé RSA (revenu de solidarité active).

Les éléments qui ne sont pas pris en compte

Il y a d'autres méthodes de calcul : calculer l'évolution du montant moyen dépensé annuellement pour les minima sociaux rapporté au PIB, pour se faire une idée de la part de la dépense publique consacrée aux plus modestes. Nous aurions aussi pu calculer une dépense moyenne annuelle pour chaque minima social (ce qui nous aurait permis de prendre en compte tous les cas possibles pour chaque prestation et non seulement le cas d'une personne seule isolée). Mais nous avons choisi d'étudier l'argumentation de Benjamin Griveaux à l'aune de sa propre déclaration: l'augmentation par quinquennat du montant de chaque prestation.

Nos calculs ne prennent pas en compte non plus certaines décisions gouvernementales récentes qui peuvent avoir tendance à réduire l'impact de ses augmentations de minima sociaux : ainsi, concernant l'AAH, le gouvernement prend toujours l'exemple d'une personne seule sans aucune activité. Mais pour les personnes en couple, dont en prend en compte l'ensemble des revenus, le revenu maximal -allocation comprise- restera au même niveau qu'aujourd'hui, du fait d'un gel des "plafonds de ressources".

- AFP

   

1 Commentaire(s)

Karl, Posté
Dans pas longtemps, ceux qui vivent des minimas sociaux seront plus aisés que la classe moyenne.
Vive la France, vive le communisme !