Mais le taux d'épidémie ne le justifie pas :

Le vaccin contre la dengue peut-être bientôt disponible à La Réunion


Publié / Actualisé
Vendredi 19 octobre 2018 , le laboratoire Sanofi a annoncé l'accord de principe pour la commercialisation en Europe de son vaccin contre la dengue. Le vaccin pour autant n'est pas encore autorisé en France, les Etats membres restant maîtres de valider ou non l'autorisation européenne. Ce vaccin n'est indiqué que pour les personnes de 9 à 45 ans ayant déjà été infestées par le virus. En 2018, environ 7000 personnes ont été déclarées malades de la dengue, mais toutes n'ont pas l'âge requis. Qui plus est, pour que le vaccin soit indiqué sur le territoire, il faudrait qu'au moins 50% de la population ait été touchée par le virus. Pour l'ARS OI, on en est loin, malgré l'épidémie en cours.
Vendredi 19 octobre 2018 , le laboratoire Sanofi a annoncé l'accord de principe pour la commercialisation en Europe de son vaccin contre la dengue. Le vaccin pour autant n'est pas encore autorisé en France, les Etats membres restant maîtres de valider ou non l'autorisation européenne. Ce vaccin n'est indiqué que pour les personnes de 9 à 45 ans ayant déjà été infestées par le virus. En 2018, environ 7000 personnes ont été déclarées malades de la dengue, mais toutes n'ont pas l'âge requis. Qui plus est, pour que le vaccin soit indiqué sur le territoire, il faudrait qu'au moins 50% de la population ait été touchée par le virus. Pour l'ARS OI, on en est loin, malgré l'épidémie en cours.

La  dengue vous fait peur et vous craignez d’être piqué pour la première fois par un moustique vecteur ? En non, le vaccin ne sera pas pour vous. Le laboratoire a été clair : des deux années de mise sur le marché dans quelques pays, Sanofi a tiré quelques conclusions et notamment le fait que Dengvaxia peut aggraver les symptômes de la dengue chez les personnes n’ayant jamais contracté la dengue auparavant. Depuis fin 2017, Sanofi a prévenu que ce vaccin s’adressait principalement pour cette raison aux personnes ayant déjà été infestées par le virus.

Ni les jeunes enfants ni les seniors

De même, les jeunes enfants ne sont pas concernés par cette vaccination ni les seniors. Le vaccin est recommandé par l’Agence Européenne du Médicament (sources Sanofi) pour les personnes âgées de 9 à 45 ans, ayant déjà été infestées et vivant dans les zones endémiques. Dont peut-être La Réunion. Le conditionnel prévaut parce que l'épidémie n'est pas suffisamment importante, selon l'ARS OI, pour justifier une vaccination. "Il faut tenir compte du paramètre bénéfices/risques", souligne le Dr François Chieze, directeur de la Veille et Sécurité Sanitaire. En effet, les effets secondaires renforceraient les symptômes de la dengue. "Ce vaccin peut être indiqué dans des zones tropicales à très forte endémie de dengue, c'est à dire au moins 50% de la population touchée, mais ce n'est pas le cas à La Réunion. "

Pour l’instant, aucune commercialisation n’est encore actée. L’avis positif de l’Agence européenne du médicament ouvre simplement la voie à l’autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe qui pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2018. Ensuite, l'ARS OI

Suspecté d'être cause de décès d'enfants

Ce vaccin a eu un début de trajectoire entaché par des polémiques. Aux Philippines notamment, le laboratoire Sanofi avait été mis en cause dans la mort de dizaines de jeunes enfants vaccinés avec Dengvaxia. L’Agence Européenne du Médicament s’était montrée très circonspecte, en 2016, lorsqu’elle avait reçu la demande d’autorisation en avril 2016.

L’avis favorable de l’Agence européenne du médicament intervient près de 18 mois après la demande d’AMM, un délai plutôt long, alors que la réponse à une demande d’AMM est en moyenne de 277 jours. Néanmoins, si Sanofi obtenait son AMM pour l’Europe, il faudrait sans doute encore quelques semaines ou mois avant que les premiers vaccins n’arrivent sur l’île. 

La prévention reste de mise

Le vaccin contre la dengue, ce n’est donc pas pour demain à La Réunion. D'autant que l'ARS OI devrait aussi se positionner pour une campagne de vaccination ciblée ou pas. Et la vaccination ne règlerait pas le problème de la dengue pour tous ceux qui n'ont pas encore été infectés, soit la majeure partie de la population.

Si le vaccin peut être un début de réponse pour quelques milliers de personnes ayant déjà été infestées par la dengue, ce n'est pas la réponse au problème de la dengue à La Réunion où 92% de la population en 2018 (mais il faut tenir compte aussi des personnes piquées les années précédentes) n'a pas encore été piquée par un moustique vecteur (ou n'a pas développé des symptômes criants de la dengue après une piqûre par un moustique porteur du virus).  Et dans cette population déjà infestée, combien de personnes ont moins de 9 ans et plus de 45 ans ? Le public concerné par le vaccin est certainement moins nombreux que le nombre de personnes déjà infestées.

Selon l'ARS OI, on pourrait estimer à 30% le pourcentage de la population concernée par la dengue, donc un taux inférieur à la limite minimale de 50% de personnes touchées pour justifier une campagne de vaccination sur public cible. Si l'AMM est accordée pour la France, rien ne dit que la vaccination sera pour autant recommandée à La Réunion.

En conséquence de quoi, la prévention reste l'arme massue contre la dengue à La Réunion. L'ARS OI est très engagée avec l'aide des services de l'Etat et des communes pour prendre à bras le corps le problème de l'épidémie en supprimant les gîtes larvaires et en incitant la population à agir dans ce sens. Pas question de relâcher la vigilance en matière de prévention, donc. Si l'épidémie est enrayée, le vaccin devient inutile à La Réunion.

ml/www.ipreunion.com

   

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