Drôles de rites au service funéraire :

Mayotte : un mort et un registre qui disparaissent, de la concurrence pas très loyale...


Publié / Actualisé
Sale temps pour le deuil en ce moment à Mayotte. Des familles, depuis plusieurs mois, dénoncent des faits inadmissibles, comme le révèle notre confrère France-Mayotte Matin dans son édition du jeudi 25 octobre 2018. Quatre témoignages éclairent ici le monopole exercé au départ du centre hospitalier par une des trois entreprises qui se partagent le marché du transport posthume et quelques situations pour le moins étranges, comme la disparition d'un corps, du registre qui aurait permis de le retrouver rapidement, ou encore d'affaires personnelles. Sans oublier des pressions morales pour favoriser une seule des trois entreprises, florissante alors les deux autres sont moribondes...
Sale temps pour le deuil en ce moment à Mayotte. Des familles, depuis plusieurs mois, dénoncent des faits inadmissibles, comme le révèle notre confrère France-Mayotte Matin dans son édition du jeudi 25 octobre 2018. Quatre témoignages éclairent ici le monopole exercé au départ du centre hospitalier par une des trois entreprises qui se partagent le marché du transport posthume et quelques situations pour le moins étranges, comme la disparition d'un corps, du registre qui aurait permis de le retrouver rapidement, ou encore d'affaires personnelles. Sans oublier des pressions morales pour favoriser une seule des trois entreprises, florissante alors les deux autres sont moribondes...

Un métropolitain a été retrouvé mort chez lui le 19 août dernier. Procédures oblige, le corps est transporté pour autopsie au centre hospitalier de Mamoudzou (CHM). Jusqu'ici tout va bien, si on ose dire. Sauf que la chambre mortuaire du Centre Hospitalier ne dispose que de deux places et d'une température pas vraiment glaciale (4 à 5 degrés).

A 4 ou 5 degrés, un corps se décompose vite. L'hôpital a donc contacté la seule entreprise de pompes funèbres disposant d'une chambre réfrigérée pour prendre en charge le défunt. Sauf que ce n'était pas l'entreprise que la famille, depuis la métropole, avait mandaté. Jusqu'ici, tout va toujours bien. L'entrepreneur a tout fait  dans les règles : vérifier que les réquisitions sont bien levées et aller chercher lui-même le certificat de levée des réquisitions à la gendarmerie.

Lorsque la famille du défunt arrive de métropole le 24 août, elle file à l’hôpital pour récupérer la dépouille. Mais au CHM... plus de corps. Normal. A ce stade du récit nous savons, nous, où est passé le défunt. Mais pas la famille.

Le corps n’est plus là et personne au CHM ne sait où il a bien pu passer. Et le registre, il dit quoi ? Eh bien, c'est ballot, mais de registre il n'y a plus depuis qu'il a disparu (lui aussi). On verra plus loin pourquoi.

La famille part porter plainte à la gendarmerie. Qui heureusement se souvient que le défunt a été confié à la seule société avec chambre réfrigérée. Les proches dont affaire finalement avec cette entreprise mais là, encore un hic... avec toutes ces péripéties, les délais légaux sont dépassés et il faut demander une dérogation à la préfecture.

Des retournements de situation qui auraient pu être évités si le CHM n'avait pas été si près de ses sous face au devis de création d'une chambre réfrigérée. Et si le registre n'avait pas disparu (lire plus bas). Et quand il y a plusieurs décès, il fait comment le CHM ? Il entasse les corps comme des carcasses ?

Une "grosse erreur"

Quelques jours après, le 28 août 2018, un autre métropolitain a été hospitalisé en médecine au CHM. Ses deux frères se sont alors immédiatement rendus à son chevet. Une fois décédé, le malade est conduit au travers de couloirs interminables en chambre mortuaire, le temps que les formalités administratives soient réalisées.

Les deux frères prendront contact avec l’une des trois sociétés de pompes funèbres déjà évoquées. L'homme étant mort de maladies contagieuses, l'hôpital avait exigé une mise en bière immédiate, dans la chambre, sans passer par la case couloirs et chambre mortuaire. Les deux frères ignoraient même que le contact du défunt, qu'ils avaient cajolé dans ses derniers moments, était dangereux pour eux.

L'employé ayant orchestré cette balade du défunt à travers l'hôpital reconnaîtra d'ailleurs "une grosse erreur" sanitaire. Mais il s'est bien rattrapé : les affaires personnelles, moyens de paiement, papiers d'identité, bijoux... allez zou, le tout au feu sans perdre une seconde. Les frangins qui voulaient recupérer ces petits souvenirs de famille se sont vus opposer que tout avait été incinéré. Pour raisons sanitaires...

Une "grosse erreur"

Toujours vers la même date, le 18 août, un habitant de M’Tsapéré, qui a perdu un proche, se rend au CHM pour récupérer le corps et le faire inhumer le plus rapidement possible comme le veut la tradition musulmane. Pour ce faire, il choisit l’une des trois entreprises locales de transport posthume, mais un agent du service mortuaire du CHM insiste pour que la famille en prenne une autre.

La famille ne cède pas. L'agent fait appel à un policier qui appelera la société préconisée par l'agent hospitalier pour lui demander un devis. L'entreprise communique un numéro de téléphone pour discuter du prix du cercueil. Or, la personne qui répond est l’agent qui avait tant insisté pour choisir la société de transport.

A savoir, les pompes funèbres n'ont pas le droit de faire de la publicité ni de contacter les familles des défunts pour vendre leurs services. Mais là, clairement, il y a eu collusion...

Où l'on reparle du registre...

Depuis quelques mois, deux des trois entreprises de pompes funèbres s'étonnent de voir leur chiffre d’affaires s’écrouler. La grande
majorité des morts sont confiés à l’entreprise oeuvrant visiblement avec le brancardier de l'histoire au-dessus.
Un coup d'oeil au registre mortuaire du CHM qui précise qui a pris en charge quel défunt suffirait à s'en convaincre. Sauf que le registre a malencontreusement disparu lorsque les deux entreprises exsangues ont voulu prouver les faits de concurrence déloyale.

L’entreprise fétiche” suspectée d’avoir les faveurs du CHM, ou en tout cas de l’un de ses agents, a fait l’objet d’une enquête de gedarmerie qui révèle que sur 280 dossiers, seulement 72 factures avaient été émises. Où sont les autres et que fait la justice ? Mais surtout "que fait
la direction du CHM", s'interroge notre confrère France-Mayotte Matin, pour mettre fin à cette concurrence déloyale ?

ml avec sb/www.ipreunion.com

   

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