Annick Girardin à La Réunion :

Gilets jaunes - La mission (quasi) impossible de la ministre des outre-mer


Publié / Actualisé
Annick Girardin est à La Réunion à partir de ce mercredi 28 novembre.Elle y restera jusquà vendredi soir Elle s'est engagée à faire le tour des barrages pour rencontrer les gilets jaunes. Et ils ont hâte ! Pour l'accueillir, ils ont mis les petits plats dans les grands : ils organisent un black-out total sur le département. L'objectif : dresser 300 barrages sur les routes et paralyser le réseau routier comme jamais. Les gilets jaunes envoient deux messages : ce sont eux qui mènent la danse et ils sont déterminés. Ils ont écarté le préfet du débat et on fait venir la ministre, un mois après sa dernière visite. Déjà une petite victoire. Leurs revendications sont aussi nombreuses et variées qu'il y a de manifestants. Si la ministre arrive avec des annonces sur l'emploi et le pouvoir d'achat dans ses valises, réussira-t-elle la mission quasi impossible de satisfaire tous les gilets jaunes? Rien n'est moins sûr
Annick Girardin est à La Réunion à partir de ce mercredi 28 novembre.Elle y restera jusquà vendredi soir Elle s'est engagée à faire le tour des barrages pour rencontrer les gilets jaunes. Et ils ont hâte ! Pour l'accueillir, ils ont mis les petits plats dans les grands : ils organisent un black-out total sur le département. L'objectif : dresser 300 barrages sur les routes et paralyser le réseau routier comme jamais. Les gilets jaunes envoient deux messages : ce sont eux qui mènent la danse et ils sont déterminés. Ils ont écarté le préfet du débat et on fait venir la ministre, un mois après sa dernière visite. Déjà une petite victoire. Leurs revendications sont aussi nombreuses et variées qu'il y a de manifestants. Si la ministre arrive avec des annonces sur l'emploi et le pouvoir d'achat dans ses valises, réussira-t-elle la mission quasi impossible de satisfaire tous les gilets jaunes? Rien n'est moins sûr

Le mouvement citoyen a eu du mal à se structurer, à se coordonner, à communiquer. C’était peut-être là le plus grand défi. Alors pour y arriver, les gilets jaunes ont ressorti une vieille recette de derrière les fagots : celle des cahiers de doléances. En 1789, lorsque la révolte gronde, des cahiers de doléances font le tour de France et de Navarre pour retranscrire les voeux et les requêtes du peuple. Les États généraux à la sauce 2018, c’est le même concept. Économie, social, santé, politique, consommation… Les revendications des gilets jaunes réunionnais vont bien au delà du carburant.

Suppression de l’Octroi de mer, de l’URSAAF, des impôts. Revalorisation des minima sociaux, des salaires, des petites retraites. Rétablissement du bonus COSPAR, du RSTA (Revenu Supplémentaire Temporaire d’Activité), de l’Impôt sur la fortune. Mise en place d’une allocation autonomie pour les jeunes au chômage, que tous les réunionnais puissent bénéficier d’une prime liée à la vie chère. Baisse des charges fixes. Que les élus condamnés dans le cadre de leurs fonctions ou pour des faits de corruption soient inéligibles, stopper le cumul des mandats… Et encore, ce n’est là qu’une liste non exhaustive des revendications des gilets jaunes…

Infaisable ? Candide ? Irréaliste ? Peu importe. Ce mouvement social découle d’une crise structurelle et non conjoncturelle que les pouvoirs publics ont laissée s'enliser. Les gilets jaunes attendent donc que l'État prenne ses responsabilités. Pendant plusieurs décennies, l’État n'a rien fait. Cette révolte n'est que le retour de bâton d'une inaction crasse. Soixante-douze ans de départementalisation au rabais où chaque avancée a fait l’objet d’un combat âpre. L’un des exemples les plus parlants : ce n’est qu’au début des années 90 que les minima sociaux à La Réunion se sont alignés sur ceux de la métropole.

L’égalité réelle n’est que de la poudre aux yeux, la réalité, c’est la vie chère

Sur l’île, l’égalité réelle n’est que de la poudre aux yeux. La réalité, c’est la vie chère. L’INSEE annonce une différence des prix d’environ 9% avec la Métropole mais au quotidien, dans le porte monnaie du réunionnais, cette différence pèse bien plus encore. Des produits de première nécessité deux voire trois plus chers que dans l’Hexagone, les télécommunications, les voitures, les meubles, les nouvelle technologies… La majorité des produits de consommation coûtent bien plus chers ici que dans l’Hexagone. Paradoxalement, trois fois plus de réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté.

Pour pouvoir consommer, encore faut-il en avoir les moyens. Seulement un réunionnais sur deux occupe un emploi contre les deux tiers des métropolitains. Les ménages réunionnais sont plus dépendants des prestations sociales (allocations familiales, aides au logement, minima sociaux) que ceux de métropole. Ces prestations sociales constituent d’ailleurs la première source de revenu de 25% des réunionnais, quatre fois plus qu’en métropole. Beaucoup de chiffres mais ils ont tous leur importance. Ces chiffres permettent de quantifier l’échec des pouvoirs publics. L’échec de ces mandatures de gauche, de droite ou ni de gauche, ni de droite qui se succèdent.

Elle ne pourra pas faire de miracle

Le malaise est profondément ancré alors qu’est-ce qui pourra calmer la grogne des gilets jaunes ? Annick Girardin aussi bonne oratrice soit-elle, aussi souriante soit-elle ne pourra pas faire de miracle. Ses annonces ne seront peut-être qu’un coup d’épée dans l’eau. Jusqu’ici le gel de la hausse de la taxe sur les carburants sur les trois prochaines années annoncé par la Région au début du mouvement des gilets jaunes et la baisse immédiate du prix des carburants annoncée par la ministre et effective depuis mardi n’ont pas arrêté la crise.

Annick Girardin a changé de posture en passant d’un discours ferme và la recherche de solutions. Mais après plus de soixante-dix ans d’un mal développement économique et social qui s’enlise, il est fort probable qu’elle ne soit pas la femme providentielle que les Réunionnais attendent.

fh/www.ipreunion.com

   

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