Le geste était réclamé de toutes parts :

"Gilets jaunes": l'exécutif annonce un moratoire sur la hausse des taxes des carburants


Publié / Actualisé
Le Premier ministre va annoncer un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants, a appris l'AFP mardi de sources gouvernementales, un geste réclamé de toutes parts pour tenter de sortir de la crise des "gilets jaunes" mais déjà qualifié d'insuffisant.
Le Premier ministre va annoncer un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants, a appris l'AFP mardi de sources gouvernementales, un geste réclamé de toutes parts pour tenter de sortir de la crise des "gilets jaunes" mais déjà qualifié d'insuffisant.

Édouard Philippe va annoncer cette mesure d'apaisement, décidée lundi soir à l'Élysée lors d'une réunion de crise présidée par Emmanuel Macron, mardi à partir de 10H30 devant les groupes En marche et Modem à l'Assemblée, a précisé une source gouvernementale à l'AFP.

Cette suspension de plusieurs mois doit être assorti d'autres mesures d'apaisement. "Ce qui est attendu: c'est une mesure attendue, une mesure forte et des mesures symboliques", a indiqué un proche du président Macron.

Des syndicats comme la CFDT ou FO, mais aussi des députés LREM, poussent notamment pour une prime transport, sous des formes diverses. La fronde des "gilets jaunes" a également relancé le débat autour d'une possible négociation sur les salaires, ou une mise à contribution du patronat.

Selon un ministre, les employeurs doivent "assumer leur part".

Édouard Philippe, qui devait faire une déclaration plus tard mardi, doit également s'exprimer lors de la séance de questions au gouvernement, avant un débat mercredi à l'Assemblée et jeudi au Sénat.

Le débat à l'Assemblée, qui prévoit 03H30 de temps de parole pour les groupes politiques, sera suivi d'un vote des députés qui n'engagera pas la responsabilité du gouvernement et dont le résultat ne sera pas connu avant 20h00, a appris l'AFP de source parlementaire.

Matignon a par ailleurs confirmé l'annulation sans surprise de la réunion avec des "gilets jaunes" prévue mardi après-midi.

Le nouveau délégué général de La République en marche Stanislas Guerini a estimé qu'un moratoire, souvent prélude dans le passé d'un abandon pur et simple, était nécessaire pour "apaiser le pays", encore sous le choc des graves violences samedi dernier, notamment à Paris.

"Cette pause commençait à s'imposer", a estimé Matthieu Orphelon, député LREM proche de l'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot.

- "Les Français veulent la baguette" -

Mais, en attendant l'annonce des autres mesures, l'opposition et des représentants des "gilets jaunes" ont qualifié ce moratoire d'insuffisant et trop tardif.

Benjamin Cauchy, une des figures du mouvement", a salué une "première étape". Mais "les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet", a-t-il déclaré à l'AFP en réclamant des "états généraux de la fiscalité", "une nouvelle répartition des richesses en France" et l'instauration de "référendums réguliers sur les grands enjeux sociétaux".

Le moratoire est "une cacahuète", a estimé pour sa part Laetitia Dewall, porte-parole des "gilets jaunes" du Val-d'Oise.

"Les Français demandent une annulation", a jugé le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau. "Si ça se limite à cela, (c'est) trop tard, trop peu", a déclaré la présidente du RN Marine Le Pen à l'AFP.

"Mieux vaut tard que jamais" mais il faut aussi un coup de pouce au Smic, a réagi Ségolène Royal, ancienne ministre socialiste de l'Écologie.

Face à l'urgence de la situation, une réunion au sommet s'est tenue lundi soir à l'Élysée autour d'Emmanuel Macron, qui a reporté sa visite officielle en Serbie prévue mercredi, Édouard Philippe et une dizaine de ministres.

Auparavant, le Premier ministre avait reçu les chefs des formations politiques représentées au Parlement. À l'exception d'Europe Écologie-Les Verts et de Génération Écologie, toutes les formations d'opposition avaient plaidé pour un "moratoire" dans la hausse prévue le 1er janvier des taxes sur le carburant, mot d'ordre initial du mouvement des "gilets jaunes" dont la dernière manifestation samedi a donné lieu à de nombreuses scènes de guérilla urbaine.

À droite, Laurent Wauquiez avait de nouveau plaidé pour un référendum, Marine Le Pen et la France insoumise évoqué une dissolution de l'Assemblée, et le PS brandi une proposition de loi de "sortie de crise" avec des mesures en faveur du pouvoir d'achat.

- Impact "sévère" -

Parmi les membres historiques les plus connus des "gilets jaunes", Éric Drouet a appelé à l'intensification du mouvement de contestation lors de nouvelles manifestations samedi prochain.

La gestion de l'ordre public est également au centre du débat politique. Déjà entendus lundi soir à l'Assemblée, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d'État Laurent Nuñez s'en expliqueront mardi après-midi devant le Sénat.

Mardi matin, plusieurs dizaines de lycées sont toujours perturbés en France, dans la poursuite du mouvement débuté lundi et porté par la vague de contestation des "gilets jaunes", selon les données du ministère de l'Éducation. C'est à Marseille que les lycéens sont le plus mobilisés: la ville compte 21 établissements perturbés, dont dix en blocage total.

Enfin, selon Bercy, les deux premières semaines d'actions des "gilets jaunes" ont déjà un impact "sévère et continu" sur l'économie.

Sur le plan judiciaire, au moins 57 personnes ont comparu lundi à Paris. Ils font partie des 139 suspects majeurs qui ont déjà été déférés au parquet de Paris, après les violences et les dégradations de samedi.

Au total, ce week-end, les violences ont donné lieu au chiffre record de 363 gardes à vue, dont 32 pour des mineurs, selon un nouveau bilan du parquet de Paris.

AFP

 

   

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