Au moins cinq bateaux sri-lankais ont tenté de rejoindre l'île (actualisé) :

Selon la préfecture : "des filières criminelles" organisent "un trafic d'êtres humains"


Publié / Actualisé
Deux bateaux sri-lankais en moins de dix jours sont arrivés à la Réunion. Cinq depuis mars 2018 ont tenté la traversée de l'Océan Indien. 173 hommes, femmes et enfants ont tout risqué dans l'espoir d'obtenir l'asile sur ce petit bout de France qu'est La Réunion. Autour d'eux, de plus en plus de questions se posent et des doutes s'installent : traversée avec ou sans escale, trafic d'êtres humains, filières criminelles à l'oeuvre... Imaz Press fait le point avec Frédéric Joram, secrétaire général de la Préfecture de La Réunion. Entretien.
Deux bateaux sri-lankais en moins de dix jours sont arrivés à la Réunion. Cinq depuis mars 2018 ont tenté la traversée de l'Océan Indien. 173 hommes, femmes et enfants ont tout risqué dans l'espoir d'obtenir l'asile sur ce petit bout de France qu'est La Réunion. Autour d'eux, de plus en plus de questions se posent et des doutes s'installent : traversée avec ou sans escale, trafic d'êtres humains, filières criminelles à l'oeuvre... Imaz Press fait le point avec Frédéric Joram, secrétaire général de la Préfecture de La Réunion. Entretien.

• Où en sont les procédures de demandes d’asile des 62 migrants arrivés le vendredi 14 décembre ?

Les demandes d’asile sont progressivement en cours d’enregistrement à La Préfecture. Il en reste quatorze. Elles auront toute été enregistrées vendredi soir.

• Pourquoi la Préfecture n’enregistrait qu’une dizaine de demandes par jour ?

Enregistrer une demande prend du temps, en terme de capacité, même en mettant un maximum d’effectifs au travail, nous pouvions difficilement en faire en plus. Des agents du service ont d’ailleurs annulé leurs congés de fin d’année pour procéder à l’enregistrement des demandes.

De plus, cet enregistrement était immédiatement suivi d’un rendez-vous avec l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII). Tout est fait le plus rapidement possible et dans le délai prévu par la loi.

• La Réunion dispose-t-elle de suffisamment d’hébergements pour les migrants ?

Tous les demandeurs d’asile se verront proposer une offre d’hébergement et nous avons mis en place un centre d’hébergement dont nous avons confié la gestion à la Croix Rouge. Ils seront presque tous ensemble au même endroit : une quarantaine y seront logés.

• Mercredi 19 décembre, le juge des libertés et de la détention du tribunal de Champ-Fleuri a invalidé les procédures enclenchées par les services de l'État depuis l'arrivée des migrants, les jugeant illégales. Les 62 hommes, femmes et enfants ont donc été libérés de la zone d’attente et étaient logés dans différents hôtels. La facture s’élève aujourd’hui à plus de 5.000 euros. Les associations qui leur viennent en aide estiment que c’est à l’Etat de la prendre en charge, déclarant que "ce n’est pas de notre faute si La Réunion n’est pas équipée pour traiter les dossiers".  Qu’en pense la Préfecture ?

Lorsque les 62 personnes étaient placées en zone d’attente, ils étaient privés de la liberté de circuler et étaient nourris et logés par l’Etat. Il se trouve qu’une partie était notamment à l’hôtel le Select (à Saint-Denis ndlr). Le 19 décembre, après la décision du juge des libertés et de la détention, les migrants n’étaient plus logés sous la responsabilité de l’Etat.

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Les associations ont souhaité prendre le relais, parfois en les laissant au même endroit, à l’hôtel. Dès lors que ces personnes ont demandé l’asile, que cette demande est enregistrée, l’Etat à l’obligation de les héberger. C’est ce que nous faisons. Le droit des étrangers donne dix jours à l’administration pour enregistrer la demande de l’asile, ce délai nous allons le tenir. L’Etat n’est pas tenu d’enregistrer une demande d’asile immédiatement après la sortie de la personne de la zone d’attente. D’ailleurs, ce serait matériellement impossible

Pour la facture, le reste est à régler par les personnes qui ont réservé les chambres d’hôtel à leurs noms.

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• Que va-t-il advenir des sept migrants arrivés mercredi 26 décembre au Port-Ouest ?

Nous avons fait vérifier leur état sanitaire immédiatement à leur arrivée par un médecin. Nous avons ensuite examiné leur situation administrative : nous avons constaté qu’ils ne remplissaient pas les conditions pour rentrer sur le territoire français, nous avons pris des refus d’entrée et les avons placés en zone d’attente. Très rapidement ils ont exprimé leur souhait de demander l’asile. Nous avons organisé dès jeudi des auditions avec l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra).

Les avocats ont eu accès aux migrants qui le souhaitaient.

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• La Réunion est-elle prête pour accueillir plus de migrants au niveau des structures ?

C’est une situation très inédite. Depuis le mois de mars, plusieurs bateaux sont arrivés qui ne correspondent évidemment pas aux flux habituels, ni de migrants, ni de demandeurs d’asile. Nous avons normalement une dizaine de demandes par an (lire aussi =>La Réunion, loin d'être une terre d'asile). Pour autant, nous nous organisons pour augmenter nos capacités de zones d’attente et pour trouver des places d’hébergement pour les demandeurs d’asile. Nous faisons tout pour être prêts. Pour le bateau arrivé mercredi, j’estime que nous l’étions.

• Bateaux en très mauvais état, besoin de grosses réserves d’eau et de nourriture, état de santé plutôt bon des migrants, cyclones et conditions en mer très difficiles… La Préfecture est-elle sûre que ces migrants viennent bien du Sri-Lanka, qu’ils ont bien parcouru les 4.000 km qui séparent les deux îles et qu’ils n’ont pas transité quelque part ?

C’est une question que beaucoup de gens se posent… Il faut maintenant que les enquêtes judiciaires menées sous l’autorité du Procureur de la République établissent la vérité sur ce périple. Je n’ai pas d’éléments (sur le parcours des bateaux - ndlr), tout relève de l’enquête judiciaire. La préfecture a les doutes que tous les gens de bon sens peuvent avoir des doutes… Ce qui ne fait aucun doute par contre, c’est la nationalité de ces personnes, ce sont bien des Sri-Lankais. Mais il faut vraiment que des enquêtes judiciaires établissent la réalité des faits, des modalités d’arriver.

• Certains affirment que d'autres bateaux sri-lankais arriveraient bientôt, qu’en pensez vous ?

Ce qui est certain, c’est qu’il y a manifestement des filières d’immigration illégales qui sont à l’œuvre, actives et de plus en plus actives depuis le mois de mars 2018. Elles organisent ces afflux. Il ne serait donc pas surprenant que ces filières mettent d’autres bateaux sur le chemin de La Réunion. Nous parlons de filières criminelles qui rançonnent des candidats à l’immigration, qui mettent en danger leur vie, qui exploitent leur souhait de quitter le Sri Lanka en faisant des bénéfices financiers colossaux. C’est un trafic d’êtres humains. Elles font l’objet d’une enquête judiciaire.

nt/www.ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Marco , Posté
Vivant à Mayotte je connais bien les problèmes d'immigration clandestine. Si effectivement des gens souffrent dans leur pays d'origine et souhaitent le quitter cela demande des moyens financiers et un réseau organisé pour le faire c'est ce que prouvent les procédures enclenchées que très récemment à Mayotte. Traverser sur une coquille de noix l'océan indien en période cyclonique nécessite une organisation structurée pour ne pas couler avant la fin du périple de 4000kms. Entre Anjouan et Mayotte séparées de seulement 60kms de cote à cote de nombreux drames se produisent chaque année sans que personne où peu de personnes le sachent, requins et faunes marine vivant dans ses eaux se chargeant de faire disparaître les traces des personnes noyées,cependant parfois sur les plages il arrive qu'on retrouve des restes humains. Donc pour parcourir seulement 60kms celà s'avère dangereux alors que dire de parcourir 4000kms en période cyclonique ??Ensuite on s'aperçoit qu'à chaque fois des personnes résidant à Mayotte attendent les nouveaux arrivants et les récupèrent pour les transporter vers un lieu d'habitation. D'autres les exploitent et les font travailler en leur vendant eau et électricité. Bref nulle migration ne s'opère sans filière organisée. Ensuite comment quelqu'un qui gagne 2â"¬ par jour peut payer et organiser une traversée de 4000kms?Pour finir il ne faut pas oublier que la Réunion et Mayotte sont les portes d'entrée de l'Europe dans l'océan indien et elles sont entourées de pays tiers mondistes dont certains sont en guerre où soumis à une dictature bref c'est comme si celles-ci étaient des aimants jetés dans un tas de clous crève la faim!!!Quoiqu'il en soit si à la Réunion on agit comme à Mayotte ces 30 dernières années face à l'immigration clandestine,La Réunion se retrouvera très vite envahie elle aussi.
Pirouet, Posté
il faut pas etre expert pour comprendre qu'on a affaire à un traffic , étonnamment ces réfugiés ne disent rien sur les passeurs. Normal d'autres vont venir.

Framboise , Posté
J'en pense qu'on va subir comme en Métropole, sauf qu'ici, le ''fameux '' vivre ensemble n'existe pas, c'est un vivre ''à côté ''....