Après l'arrivée de quatre bateaux sri-lankais à La Réunion :

Migrants : questions autour d'une "filière criminelle"


Publié / Actualisé
En dix mois, quatre bateaux de pêche sri-lankais transportant des migrants ont été interceptés au large des côtes réunionnaises. Pour la préfecture, c'est une certitude : une ou plusieurs "filières criminelles" sont de plus en plus actives. Un "trafic d'êtres humains" qui exploite les crises politiques et les tensions ethniques et religieuses héritées de la guerre civile (1983-2009). Autour d'elles, de multiples questions se posent : quelles sont ces organisations ? Comment s'organisent-elles ? Comment et pourquoi les passeurs misent tout sur La Réunion ? Des questions qui restent sans réponse mais qui méritent d'être posées.
En dix mois, quatre bateaux de pêche sri-lankais transportant des migrants ont été interceptés au large des côtes réunionnaises. Pour la préfecture, c'est une certitude : une ou plusieurs "filières criminelles" sont de plus en plus actives. Un "trafic d'êtres humains" qui exploite les crises politiques et les tensions ethniques et religieuses héritées de la guerre civile (1983-2009). Autour d'elles, de multiples questions se posent : quelles sont ces organisations ? Comment s'organisent-elles ? Comment et pourquoi les passeurs misent tout sur La Réunion ? Des questions qui restent sans réponse mais qui méritent d'être posées.

• Une traversée mystérieuse

Autour des migrants, une traversée bien mystérieuse… Plus de 4.200 kilomètres séparent les deux îles, et entre elles, un océan qui n’est pas calme tous les jours. La coque de noix arrivée au Port-ouest mercredi 26 décembre a forcement dû croiser le cyclone intense Cilida… même des plaisanciers au Port, habitués de la mer se posaient la question.

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Ce phénomène d’une rare puissance a balayé toute la zone la semaine dernière, épargnant La Réunion, Maurice et Rodrigues. Le bateau de pêche sri-lankais est-il passé entre les mailles du filet ? Comment ?

Quant à l’état de santé des migrants arrivés sur les deux derniers bateaux, il est plutôt bon. Une seule femme, un peu plus âgée, arrivée le 14 décembre a dû être prise en charge pour une légère fatigue. Mais aucun ne souffrait ni de déshydratation, ni de malnutrition malgré un voyage long de plus de vingt jours. Comment ont-ils fait pour arriver en si bonne forme physique ? Propres ? Pour se ravitailler en pleine mer ? Ont-ils fait escale ? Entre La Réunion et le Sri-Lanka, les Maldives, les Seychelles, Maurice…

La préfecture avoue également avoir des "doutes" sur leur périple, "il faut maintenant que les enquêtes judiciaires menées sous l’autorité du Procureur de la République établissent la vérité sur ce périple. Je n’ai pas d’éléments (sur le parcours des bateaux - ndlr), tout relève de l’enquête judiciaire," nous confiait Frédéric Joram, le secrétaire général de la Préfecture

• Des filières criminelles organisées

La préfecture de La Réunion l’affirme, "des filières criminelles" sont à l’œuvre et organisent "un trafic d’êtres humains." Elles sont de "plus en plus actives" et très organisées. Une nouvelle route migratoire adroitement tracée commence à devenir un passage privilégié, engrangeant à coup sûr des centaines et des centaines de milliers d’euros. Si nous ne savons pas à combien s'est négociée la traversée des deux derniers bateaux, l'un des huit demandeurs d'asile arrivé en octobre 2018 avait confié à Alain Djeutong, aumônier des gens de la mer : "le passeur a demandé 4 000 euros par homme.

De son côté, la préfecture annonce travailler en "étroite collaboration" avec les autorités sri-lankaises. Des enquêtes judiciaires ont été ouvertes.

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Mais comment ? Comment ces organisations, ces passeurs savent-ils qu’un petit de France se trouve dans l’Océan Indien, coincé entre Madagascar et Maurice ?

• Crise et tensions politiques

Tellement de questions et si peu de réponses... Mais ce qui sûr, c'est que ces filières exploitent les profonds clivages politiques, ethniques et religieux d'un pays en crise.

En octobre dernier, le président Mathripala Sirisena a démis son Premier ministre Ranil Wickremesinghe, pour le remplacer par Mahinda Rajapaksa, un bourreau de la fin d’une guerre civile de 25 ans… "Qu’il y ait un flux de migrants, ce n’est pas surprenant, explique Anthony Goreau-Ponceaud, géographe, maître de conférences à l'Université de Bordeaux. Des peurs se sont animées avec la cacophonie politique. Les Tamouls ont été très vexés et surpris par le président qui a remis Rajapaksa au pouvoir. C’est lui qui avait mené l’assaut final militaire qui avait fait plusieurs milliers de morts et de déplacés forcés."

Au parlement, les tensions explosent entre les camps adverses. Les députés règlent leur compte en pleine assemblée en s’échangeant des coups de poing ou en se lançant des chaises.  En novembre, un parlementaire raconte ainsi qu’il a été frappé à la tête par un rival avec un exemplaire de la constitution. Un autre explique qu’il a dû se faire soigner au centre médical du Parlement après voir reçu dans les yeux de l’eau mélangée avec de la poudre de piment.

• Persécutions des minorités

Au printemps 2019, le Sri-Lanka fêtera les dix ans de la fin de la guerre civile (1983-2009)… Fin? Pour Amnesty International, les persécutions et les violations des droits de l’homme perdurent. D’un côté, nous avons un gouvernement de plus en plus autoritaire et affaibli par des conflits internes qui a toujours "nié et camouflé les crimes de guerre dont il est responsable." De l’autre, des minorités religieuses comme les chrétiens et surtout les Tamouls qui vivent "dans la peur constante d’intimidations et de menaces," explique Sunanda Deshapriya, journaliste cinghalais exilé à Genève à Amnesty International.

Anthony Goreau-Ponceaud nous explique que les migrants qui quittent le Sri-Lanka sont des personnes qui "ont été complétement dépossédées de leur terre pendant la guerre civile." Ces terre confisquées aux Tamouls ont été redessinées ethniquement, des Cinghalais s’y sont installés, d’autres ont été vendues aux plus offrants pour bâtir des complexe hôtelier notamment dans le cadre des programmes de développement touristique. "Le nord étant la grosse zone pour l’accueil des touristes," ajoute le géographe.

Dans un tel contexte politique, la situation des minorités a peu de chance de s'améliorer. Ce qui devrait les pousser de plus en plus sur les routes migratoires.

nt/www.ipreunion.com

   

2 Commentaire(s)

Doste, Posté
Pourquoi ne se convertissent-ils pas au boudhisme, comme ça le problème est réglé.
Mat, Posté
Article consternant de stupidité