Arrêt des livraisons de matériaux pour les constructions sans permis (actualisé) :

Les Mafatais se sentent lésés et mis en danger


Publié / Actualisé
Les Mafatais se disent oubliés, considérés comme des " sous-citoyens " et lâchés par un système étatique qui ne prend pas le temps de les écouter. Face à cela, la Deal (direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement) donne ses arguments : la multiplication des constructions illégales dans les zones à risques du cirque au détriment de l'environnement et des lois a poussé le service de l'État à agir le 7 février dernier en demandant aux compagnies d'hélicoptères de ne plus livrer de matériaux de construction aux Mafatais qui n'ont pas de permis de construire. Le pot de terre contre le pot de fer. À travers une pétition lancée il y a quatre jours, les Mafatais appellent la population à les rejoindre dans leur combat, aussi inégal soit-il. Justement, le manque d'équité, c'est la première chose qu'ils dénoncent, des constructions illicites, il n'y en a pas qu'à Mafate, pourtant de telles mesures n'existent nulle part ailleurs (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les Mafatais se disent oubliés, considérés comme des " sous-citoyens " et lâchés par un système étatique qui ne prend pas le temps de les écouter. Face à cela, la Deal (direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement) donne ses arguments : la multiplication des constructions illégales dans les zones à risques du cirque au détriment de l'environnement et des lois a poussé le service de l'État à agir le 7 février dernier en demandant aux compagnies d'hélicoptères de ne plus livrer de matériaux de construction aux Mafatais qui n'ont pas de permis de construire. Le pot de terre contre le pot de fer. À travers une pétition lancée il y a quatre jours, les Mafatais appellent la population à les rejoindre dans leur combat, aussi inégal soit-il. Justement, le manque d'équité, c'est la première chose qu'ils dénoncent, des constructions illicites, il n'y en a pas qu'à Mafate, pourtant de telles mesures n'existent nulle part ailleurs (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Pas le choix

La livraison de matériaux de construction ne peut se faire autrement que par les airs à Mafate. N’autoriser ces rotations aux compagnies d’hélicoptères que sous réserve d’un permis de construire valable pose un réel problème. Car dans le cirque, selon un Mafatais qui souhaite rester anonyme, la plupart des habitations et gîtes ne disposent pas de permis de construire "les maisons se transmettent dans les familles depuis plusieurs décennies sans qu’il n’y ait de permis. Pour les gîtes, pas de permis non plus mais ils répondent à une demande, Mafate est très touristique. Le problème de fond c’est le temps pour obtenir un permis de construire, beaucoup trop long, ça se compte en années alors les gens commandent des matériaux et font leurs travaux.

"Pourquoi seulement nous ?"

Ce que veut surtout dénoncer ce Mafatais, c’est le manque d’équité entre les habitants du cirque et le reste de la population réunionnaise. Eux ne peuvent se faire livrer leurs matériaux de construction que par hélicoptère, ce qui est déjà une difficulté, à cela s’ajoute aujourd’hui la question des permis de construire. Les transporteurs qui livrent les matériaux au reste des Réunionnais ne vérifient jamais les permis de construire, jamais. Et c'est eux qui le disent, nous avons contacté trois transporteurs, tous sont catégoriques "vérifier les permis de construire de nos client serait impossible et ce n’est pas notre mission ! Le client fait une commande, on transporte le matériel d’un point A à un point B. Il n’a jamais été question que cela change."

Deux poids, deux mesures. Certes, les constructions illégales sur des sites à risque ne sont pas l’apanage des Mafatais, on peut les voir fleurir aux quatre coins de l’île. La différence c’est que tous les sites ne se trouvent pas au milieu d’un cirque, un site protégé. Ce qui pourrait être un début d’explication concernant les contraintes supplémentaires appliquées par la Deal.

Un manque de dialogue

Au delà de cela, le jeune homme déplore un manque de communication sur le sujet de la part des services de l’État "nous avons appris cette mesure lorsqu’un habitant n’a pas pu poursuivre les travaux de sa maison parce que la compagnie d’hélicoptère refusait de le livrer, il n’y a eu aucun dialogue avec les Mafatais, ils ont décidé, c’est tout."

Une question de sécurité 

Le jeune homme d’ajouter qu’actuellement trois chantiers de maisons sont à l’arrêt et que cette mesure pose la question de la sécurité des Mafatais "nous sommes en période cyclonique, si un toit est arraché à cause du vent par exemple, nous ne pourrons pas réparer notre maison sous prétexte que nous n’avons pas de permis de construire ? C’est surréaliste !" s’indigne-t-il.

Pourtant, la Deal n’est pas du même avis, ce serait justement une mesure prise pour la sécurité des habitants et de la communication, il y en aurait eu, après une étude réalisée en 2017 "afin que soit mieux connu l’espace disponible hors zones à risque". La Deal explique que "l’une des actions phares a été de communiquer aux habitant du cirque la cartographie des risques naturels (éboulements, glissements, inondations) réalisée par l’État et à identifier avec eux les zones dangereuses où il est interdit de construire." Un autre cirque est menacé par les mêmes phénomènes, celui de Salazie. 

Lire aussi : la grande menaces des glissements de terrain à Salazie

Quatre compagnies d'hélicoptères devront demander des permis de construire 

Au milieu de ce passe d’armes, quatre compagnies d’hélicoptères dont les avis sur la question divergent sont impactées. Daniel Box, le gérant de Mafate hélicoptères plaisante "lorsque j’ai reçu le courrier de la Deal, j’ai été surpris d’avoir été diplômé gendarme sans avoir passé le concours." Mais le ton blagueur n’est que de courte durée, ce courrier a surtout provoqué de vives inquiétudes "la plupart des pilotes et des personnes qui travaillent ici sont des Mafatais, cette mesure montent les Mafatais les uns contre les autres, les pilotes vont devoir dire à leurs voisins, leurs amis, des gens qu’il côtoient quotidiennement qu’ils ne peuvent pas les aider… chacun doit prendre ses responsabilités, celle de vérifier les permis de construire n’est pas la nôtre."

Si le gérant de Mafate hélicoptères comprend la détresse des Mafatais, depuis la réception du courrier de la Deal, il a dû refuser de livrer des matériaux pour rester en règle. Mais cela crée un manque à gagner "cela pourrait nous faire perdre un bon nombre de nos rotations" finit-il.

Pour Hélilagon, la perte n’est pas aussi importante. Éneas Lima, le directeur général de la compagnie ne pense pas que les constructions illicites "pullulent" à Mafate mais il comprend la démarche de la Deal. Pour lui, ce qui compte, c’est de ne pas mettre son entreprise en danger "certes, on ne veut pas jouer le rôle de la police mais ce qu’on veut encore moins, c’est avoir notre responsabilité engagée". Car c’est bien de cela qu’il s’agit, dans son courrier, la Deal s’appuie sur un article du code pénal qui indique qu’en transportant les matériaux pour des constructions illégales, les compagnies d’hélicoptères se rendent complices du délit. Au vu des conséquences, le patron d’Hélilagon compte bien appliquer les consignes de la Deal.

Les recommandations de la Deal sont clairs, le directeur de la structure précise "je vous conseille, lorsqu'un client vous sollicite pour un hélitreuillage de matériaux visiblement destinées à la construction (élements préfabriqués par exemple) vers une parcelle visiblement non construite dans ce secteur, de lui demander au préalable de vous présenter le permis délivré par la mairie avant de transporter ses matériaux."

Ces prochains jours...

Les Mafatais ont envoyé un courrier au Préfet pour le rencontrer et "lui expliquer les réalités de la vie des habitants du cirque", ils n’ont pas encore eu de réponse. Leur pétition pour rallier un maximum de gens à leur cause est toujours en ligne. Les compagnies d’hélicoptères vont rencontrer la Deal vendredi prochain dans les locaux de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) "un entretien par souci de communication et d’explication" nous explique-t-on du côté de la DGAC. Reste à savoir si la mesure prise par la Deal sera maintenue, modifiée ou annulée.

fh/www.ipreunion.com

   

7 Commentaire(s)

Joe974, Posté
Pourquoi s'en prendre a une minorité? Bientôt ils seront contraint a partir dans les bas, devenir chomeur, buveur etc. Au profit d'hôtel. Pourquoi les transporteurs de marchandise dans les bas ne sont pas soumis a ce contrôle. La loi est claire, c'est a la Deal de contrôler les constructions. J'espère que le TRIBUNAL fera la lumière sur cette discrimination. PS quelqu'un a le courrier de la DEAL?
Cirquel ? c'est quoi ce truc ?, Posté
Vu dans l'article "de la vie des habitants du cirquel" c'est quoi un cirquel ? (Une faute de frappe que nous avons corrigé grâce à vous. Merci et bonne journée - Webmaster)
Ticok974, Posté
Si je ne me trompe pas, En plus de cette décision plus que normale, les mafatais ont fait il y a un certain le choix de rester isolés : pas de route, que l'hélico.
Ticok, Posté
Des sous-citoyens ou plutÃ't des sur-citoyens qui auraient le droit de construire, de louer des gîtes tout ça sans autorisation ???
C'est plus que normal et cela arrive tardivement.
PS à quand la même chose pour toute l'île ??
Peiji, Posté
Petit rappel. D enormes moyens consacrés aux Mafatais; par ex pres de 20 millions d euros d investissements payes sur le nouveau syst d electrification solaire a Mafate. 80 % payes par le fond national Casface et le reste par les collectivités sur trois ans de programme dont un tiers deja réalisé. Tout ca grace au fait que Mafate est un espace protégé où l habitat doit se developper certes mais dans les regles. Nous dans les bas on le paye notre investissement meme sil y a des aides. Des exemples de ce type il y en a d autres. Tout le monde s installerait bien un gite sur le domaine public à 1500 euros de loyer par an pour faire des juteux benefices. Équité vous avez dit?
Aterla, Posté
Le droit de faire n'importe quoi n'importe où, hors des règles de sécurité, hors de la loi? Des fois je me dis que mes compatriotes souhaitent l'anarchie comme à Mada. Où alors le beurre et l'argent du beurre.
Haltre aux constructions sauvages, Posté
Halte aux constructions sauvages. Même si l'Etat n'ait pas partout, ça ne justifie rien!
Vous voulez construire, obtenez une autorisation, comme tout le monde, point barre!
La DEAL a raison! Bientôt, Mafate sera bétonnée de partout, dans les zones à risques.
Illustration : Kwa Films

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