Du très riche au très pauvre :

La Réunion, terre de paradoxes, d'inégalités et d'extrêmes


Publié / Actualisé
Ils veulent à tout prix que leur surrémunénération soit maintenue quand d'autres demandent une baisse des prix de quelques centimes. Ils appellent au boycott des grandes surfaces quand d'autres remplissent leur caddie comme si leur vie en dépendait. Ils veulent un retour à une Réunion lontan quand d'autres ne quitteraient leur petit confort pour rien au monde. Ils détiennent la majorité du patrimoine immobilier quand d'autres vivent dans des bidonvilles. Ils prônent le vivre ensemble quand d'autres veulent que La Réunion reste aux Réunionnais. Ils considèrent que l'Union Européenne est un système de racket organisé quand d'autres se rappellent que le département est l'un des plus subventionné d'Europe. Ils préservent l'environnement quand d'autres y jettent leurs déchets. La Réunion, terre de paradoxes, d'inégalités et d'extrêmes. (photo rb/www.ipreunion.com)
Ils veulent à tout prix que leur surrémunénération soit maintenue quand d'autres demandent une baisse des prix de quelques centimes. Ils appellent au boycott des grandes surfaces quand d'autres remplissent leur caddie comme si leur vie en dépendait. Ils veulent un retour à une Réunion lontan quand d'autres ne quitteraient leur petit confort pour rien au monde. Ils détiennent la majorité du patrimoine immobilier quand d'autres vivent dans des bidonvilles. Ils prônent le vivre ensemble quand d'autres veulent que La Réunion reste aux Réunionnais. Ils considèrent que l'Union Européenne est un système de racket organisé quand d'autres se rappellent que le département est l'un des plus subventionné d'Europe. Ils préservent l'environnement quand d'autres y jettent leurs déchets. La Réunion, terre de paradoxes, d'inégalités et d'extrêmes. (photo rb/www.ipreunion.com)

Surrémunération contre survie

Un embouteillage monstre sur la route, ça faisait longtemps et ça ne nous avait pas manqué… Les Gilets jaunes aux manettes ? Non pas du tout, deux syndicats hospitaliers. Ils refusent que la surrémunération des contractuels soit supprimée. 35% de prime de vie chère. Ils bloquent pour maintenir leurs privilèges quand les Gilets jaunes barrent la route pour demander un meilleur pouvoir d’achat, une baisse des prix en rayons de quelques centimes car ils savent qu’un alignement des prix réunionnais sur les prix métropolitain est utopique. Certains qualifient la mobilisation des syndicalistes de "déplacée" mais pouvons nous vraiment les pointer du doigt ? Cette surrémunération est un acquis, la supprimer, c’est mettre en péril des milliers de famille.

Inégalités réelles

Un exemple parmi tant d’autres. Annick Girardin le disait encore il y a quelques mois "La Réunion est sûrement le territoire le plus inégalitaire de la République". Une réalité. Et cela se démontre par bien des manières. En février dernier, l’Insee dressait un constat alarmant: 10% des Réunionnais détiennent la moitié du patrimoine de l’île. 10 petits pour cent quand 40% des plus modestes n’en possèdent que 2%.

La Réunion, c’est cette île où l’on peut croiser dans la même rue, les voitures les plus coûteuses, moteur surpuissant, carrosserie rutilante - ce n'est pas pour rien que les véhicules sont souvent considérés comme des signes extérieurs de richesse - et quelques mètres plus loin, une vieille bagnole retapée qui roule à peine, mais bizarrement, l'expression "signe extérieur de pauvreté", et oui, ça en jette beaucoup moins de vivre dans le dénuement, alors autant faire comme si ça n'existait pas. Quand certains peuvent s’offrir de jolis joujoux, d’autres peinent déjà à avoir le minimum et encore, avoir un véhicule, c'est un luxe ! Cette inégalité est exacerbée par le fait que les voitures et les pièces détachées soient plus chères à La Réunion qu’en Métropole alors que trois fois plus de Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté, à n'y rien comprendre...

Autre chiffre assez révélateur: les 10 % de Réunionnais les plus pauvres ont un niveau de vie mensuel inférieur à 610 euros tandis que celui des 10 % les plus aisées est supérieur à 2 880 euros. Presque cinq fois plus. Forcément, des expressions comme "essayer de joindre les deux bouts", "ne plus rien avoir au 15 du mois", "enchaîner les petits boulots", "vivoter", "survivre" ça peut paraître abstrait pour certains mais pour 40% des Réunionnais, ceux, qui vivent sous le seuil de pauvreté, c’est une triste réalité.

Quand les mentalités s’opposent

De ces inégalités découlent des mentalités à l'opposé. Quand certains dénoncent le monopole des grandes surfaces et appellent au boycott, d’autres, chargent encore et encore leur caddie. On ne consomme plus, on surconsomme. Le capitalisme pour seule patrie. Ça vaut bien le coup de manger des poires importées d’Afrique du Sud totalement hors saison. Ça vaut bien le coup de répondre aux injonctions des publicitaires qui nous vantent leurs produits toujours plus sains, plus goutûs, plus beaux mais surtout toujours plus chers. Ça vaut bien le coup de consommer des produits d’importation ultra transformés quand notre île regorge de légumes et de fruits juteux à des prix abordables. Tremblez chers adeptes de l'ultra-consommation, la résistance s’organise. Coopérative, vente directe du producteur au consommateur, mise en valeur de la production locale… Peut-être qu'un jour, nos petits agriculteurs vaincront les grands distributeurs... 

"Aime ton prochain comme toi-même"

Au diable la parole biblique pour certains. Le "sujet migrants" a fait irruption dans la vie des Réunionnais l'année dernière et l’image d’Épinal de notre île en a pris un coup ! Le fameux vivre ensemble tant vanté, une belle vitrine qui a volé en éclat à l’arrivée des migrants sri-lankais. On a eu droit au meilleur et au pire. De l’inquiétude, pour beaucoup, mais soyons raisonnables, La Réunion n’est pas la proie d’une immigration illégale massive, loin de là. Mais la peur de ces méchants migrants vénaux venus tout prendre aux pauvres Réunionnais qui si déjà peu s’est emparée de certains. Complètement irrationnel ! Une fois de plus, soyons raisonnables, ces migrants n’étaient pas venus nous enlever le pain de la bouche. L'inquiétude, les questions, les doutes, ça peut s'entendre mais la déferlante de haine, de racisme, de xénophobie qui a déferlé notamment sur les réseaux sociaux, beaucoup moins. Mais ne généralisons pas, beaucoup ont cherché à comprendre pourquoi ces hommes, ces femmes, ces enfants étaient prêts à tout quitter et à risquer leur vie pour rejoindre La Réunion. Face à la vague de haine, une vague de solidarité.

Se tourner vers les extrêmes... 

La peur de l’autre, l’un des arguments phares de certains partis extrémistes notamment du Rassemblement National dont la tête de proue, Marine Le Pen, est actuellement en campagne pour les élections européennes dans notre département. Et elle se sent comme un poisson dans l’eau ici. Il faut dire qu’à la dernière présidentielle, au 1er tour, elle était arrivée deuxième, un point derrière Jean-Luc Mélenchon et quatre points devant Emmanuel Macron. Vu la côte de popularité du président dans le département en ce moment, Marine Le Pen se dit que c’est maintenant ou jamais, tous les voyants sont au vert, c'est le moment idéal pour conquérir le cœur des Réunionnais et prouver à ceux qui étaient déjà séduits qu'ils avaient fait le bon… Laissez nous rire ! Ou plutôt rire jaune car la menace est réelle et les élections européennes seront un premier test. Enfin, si les Réunionnais se déplacent aux urnes…

Un sursaut ?

Voter, c’est l’enjeu. Pour beaucoup, le mouvement des Gilets jaunes a été l’élément déclencheur. Les contestataires n’ont cessé de remettre en question les élus locaux. De la défiance envers une classe politique qui selon eux, défend ses intérêts plutôt que ceux du peuple, une classe politique qui agit en misouk et encore, ça c'est quand elle agit... Une classe politique de ripoux qui amassent un maximum de blé pour préparer ses vieux jours. Caricatural mais c'était le sentiment. La confiance du peuple envers ses élus est bien entaméee. Si de nombreux Gilets jaunes admettaient ne plus se rendre aux urnes, aujourd'hui, ils ont conscience que la balle est dans leur camp car comme le dit l’adage " on a les élus qu’on mérite". Une partie de leur combat va donc se jouer dans l’isoloir. Va-t’il y avoir un sursaut pour les européennes ? Difficle à dire, en 2014, le taux d’abstention avait frôlé les 80% à La Réunion. 

www.ipreunion.com

   

2 Commentaire(s)

Framboise , Posté
La surremunration est une des grandes injuste de la Réunion. Ceux qui la perçoivent et les autres payent ce qu'ils consomment au même prix. Il y en a qui ont le beurre et l'argent du beurre !!!
Lol, Posté
on sent un article très orienté, très imazpress, très pcr en fait. on a l'impression de retrouver témoignage, cela donnerait presque envie de verser une larme pour le redacteur du texte. étonnant tout de meme de se plaindre que la réunion est un département très aidé. si ce n'était pas le cas par la france et l'europe, la vie n'existerait presque plus chez nous et cela donnerait envie d'aller alors à mada