Epidémie de dengue :

Les opérations de démoustication : un enjeu sanitaire majeur


Publié / Actualisé
L'épidémie de dengue se poursuit. Pour limiter l'ampleur de l'épidémie, les équipes de la lutte anti-vectorielle interviennent jour et nuit dans les quartiers où des cas de dengue ont été signalés. Ces opérations de traitement sont aujourd'hui indispensables pour lutter contre l'épidémie.
L'épidémie de dengue se poursuit. Pour limiter l'ampleur de l'épidémie, les équipes de la lutte anti-vectorielle interviennent jour et nuit dans les quartiers où des cas de dengue ont été signalés. Ces opérations de traitement sont aujourd'hui indispensables pour lutter contre l'épidémie.

La stratégie de lutte anti-vectorielle est actuellement déployée autour de deux axes :
• La sensibilisation de la population aux gestes de prévention pour l’élimination des gîtes larvaires et la protection contre les piqûres de moustiques
• Les traitements insecticides, des interventions ciblées et programmées uniquement autour des cas de dengue signalés par les médecins et laboratoires

Rappelons que la dengue est une maladie qui peut-être grave voire mortelle. En 2018, 500 passages aux urgences ont été enregistrés, 155 patients ont été hospitalisés et 6 sont décédés, dont 3 considérés, après investigations, comme directement liés à la dengue. Ces dernières semaines, le nombre d’hospitalisations est en hausse, ainsi que le nombre de passages aux urgences. La gestion de cette épidémie constitue pour la Réunion un enjeu sanitaire majeur, qui justifie l’utilisation des traitements  insecticides, en complément des opérations de sensibilisation et d’élimination des gîtes larvaires mises en œuvre par les communes, les associations et les intercommunalités, et de la mobilisation collective de la population aux gestes de prévention.
L’objectif de ces traitements insecticides est de contenir l’épidémie en intervenant très vite autour du domicile des personnes malades afin d’éliminer un maximum de moustiques adultes qui peuvent être porteurs du virus dans un rayon de 100 à 150 m autour des cas signalés. Cette stratégie ciblée et réactive a contribué en 2018 à freiner la circulation du virus dans la majorité des situations d’apparition de nouveaux cas (85% des interventions autour des cas isolés de dengue ont permis d’éviter l’apparition de cas secondaires dans les quartiers touchés). Dès lors, les interventions de traitement insecticides autour des cas de dengue permettent de limiter l’apparition de nouveaux cas dans les quartiers.

Un dispositif cadré et contrôlé pour lutter contre la propagation des moustiques

• Les interventions insecticides sont réalisées uniquement en zone urbaine, autour du domicile et des lieux de fréquentation des cas de dengue, et avec des précautions pour limiter les impacts sur l’environnement.
• Utilisation des produits : les produits insecticides sont appliqués à ultra bas volume (dosage 15 à 20 fois moins important que la dose pour un usage agricole) et ne sont pas utilisés dans les zones d’espaces protégés ou naturels, à proximité des ruchers, des bassins de poissons, des périmètres de protection de captage d’eau potable…
• Collaboration avec les associations : l’ARS OI a développé des relations avec plusieurs acteurs de la protection de l’environnement (associations de protection d’espèces patrimoniales, filières apicoles…), qui sont régulièrement informés des opérations de traitement.
• Pour limiter les risques pour les abeilles : les apiculteurs sont invités depuis de nombreuses années à déclarer leurs ruchers à l’ARS (numéro vert : 0800 110 000). Plus de 800 ruchers sont connus de l’ARS et les traitements ne sont alors jamais réalisés à leur proximité : une zone d’exclusion de traitement d’un rayon de 125m est garantie autour des ruchers lors des traitements nocturnes. Des périmètres d’exclusion de traitement concernent également par exemple les zones de protection du gecko de Manapany.

Le produit utilisé lors des opérations de traitement contient de la deltaméthrine, seule molécule insecticide autorisée en France pour les actions de démoustication pour la lutte contre les maladies transmises par les moustiques. En cas d’exposition, cette molécule peut provoquer des irritations chez les personnes sensibles. Aussi, la consultation d’un médecin est recommandée en cas d’apparition de symptômes suite au traitement.

A ce jour, il n’existe aucun produit insecticide biologique autorisé pour ce type d’intervention.

Quelles précautions doivent être prises lors des interventions de traitement insecticide ?

Une information de la population est systématiquement réalisée avant les traitements, soit directement par les équipes de porte à porte en journée, soit par avis de passage remis dans les boîtes aux lettres pour les traitements nocturnes. La programmation des interventions de traitement est disponible sur le site Internet de l’ARS OI et adressée aux communes et intercommunalités qui bien souvent relaient ces informations par voie de presse ou directement sur le terrain. Ainsi, les habitants des quartiers concernés sont globalement bien informés de la programmation des traitements, et les signalements pour défaut d’information sont extrêmement rares.

Les avis de passage précisent les recommandations à suivre pour limiter les risques d’exposition :

AVANT LE TRAITEMENT

• Couvrir les bassins et aquarium
• Mettre à l’abri les tortues
• Fermer portes et fenêtres
• Protéger les ruches

APRÈS LE TRAITEMENT

• Maintenir portes et fenêtres fermées au moins 30 minutes 
• Eviter de pénétrer dans la zone traitée pendant 6 heures
• Laver et/ou peler les fruits et légumes avant de les consommer

Existe-t-il des méthodes alternatives aux produits insecticides ?

L’ARS OI est engagée dans la recherche de méthodes alternatives. Elle suit avec attention le développement de la technique de l’insecte stérile (TIS) à la Réunion. Cette technique innovante s’appuie sur des lâchers de moustiques mâles stérilisés, qui entrent en compétition avec les mâles sauvages et génèrent, après accouplement avec les femelles sauvages, des pontes non viables. Des lâchers massifs de mâles stériles pourraient ainsi permettre de réduire les densités vectorielles de moustiques. Cette technique a fait preuve de son efficacité en laboratoire et il est à présent envisagé de l’évaluer à petite échelle en milieu extérieur urbain. Mais le processus de développement est encore long, afin de s’assurer de son efficacité en toute sécurité, et les échéances de mise en œuvre opérationnelles à grande échelle restent donc lointaines et incompatibles avec la gestion de l’épidémie en cours.
L’ARS OI étudie également les possibilités de recours à des techniques de piégeages en complément des interventions de lutte anti-vectorielle. Une étude cofinancée par l’ARS OI et la mairie du Port est en cours de développement pour évaluer l’efficacité de deux de ces techniques : des pièges à CO2 et des pièges pondoirs.

   

3 Commentaire(s)

JD974, Posté
Au lieu de s'attaquer à des milliards de moustiques sains dont une partie va être contaminée, attaquons les moustiques contaminés et contaminants. La bataille est plus facile !
Dr Anonyme, Posté
Il me semble qu'il serait temps de faire mieux que la chasse à tous les moustiques sains ou contaminés. C'est un combat difficile. Il existe trop de gites larvaires pour gagner à 100 % dans cette éradication.
Nous pourrions casser cette épidémie de dengue avec un moyen médicamenteux ne visant, cette fois, que les seuls moustiques contaminés et contaminants. Ce moyen pourrait être l'ivermectine.
Il faut s'en expliquer. Certaines régions endémiques pour le paludisme sont également infestées par les filarioses de Bancroft et de Médine. La population y bénéficie, déjà et régulièrement, de traitements par l'ivermectine pour ces deux filarioses. Cela marche, c'est de l'acquis.
Le Lancet a lancé l'idée que ce traitement pourrait également prévenir le paludisme. Il est probable que les moustiques anophèles, ingérant de l'ivermectine dans le sang des personnes traitées ne survivent pas à cette prise, réduisant ainsi le risque de transmission à l'échelle de la communauté.
Peut-t-on reprendre l'idée originale du Lancet et préconiser, chez nous, l'usage, inédit mais non interdit, de l'ivermectine pour lutter contre l'épidémie de la dengue de la Réunion?
Comment est-ce possible ? Les personnes traitées par de l'ivermectine portent en elles de quoi faire mourir les moustiques qui les piqueraient.
Premier groupe de ces personnes: celles qui portent un parasite invertébré sans le savoir et qui pourraient en être libérés par une prise d'ivermectine à laquelle, par ailleurs, les moustiques ne survivent pas.
L'ivermectine est un antiparasitaire à large spectre déjà bien connu pour traiter : l'onchocercose, la rosacée aux acariens, la filariose lymphatique de Bancroft, la filariose africaine, l'anguillulose, l'ascaridiose, l'oxyurose, la larva migrans cutanée, la gale et le palu d'importation. Peut-être même peut-on espérer traiter la pédiculose du cuir chevelu (poux) et d'ailleurs tous les insectes hématophages, puces, tiques qui transmettent la maladie de LYME, etc.
Second groupe, les malades en cours de dengue. Elles pourraient prendre de l'ivermectine, non pas pour traiter la dengue, elle reste sans remède, mais afin de protéger leur entourage de cette affection.
Est-ce dangereux ? L'ivermectine possède une action toxique sur la neurotransmission des seuls invertébrés (dont les moustiques) ainsi d'ailleurs que sur tous les autres parasites invertébrés.
Elle est, par contre, sans aucune action (effets secondaires) chez les mammifères. Les vertébrés dont nous sommes ne possèdent pas la même neurotransmission que les invertébrés.
Cette particularité permettrait une action sur presque ces parasites sans déranger les mammifères.
LouisP, Posté
Non mais il n'y a donc PERSONNE qui réagit ? Pulvériser ben faut bien mais après... les carcasses auto, les frigos, les machines à laver les pneus ? Vous croyez quoi ? Ca va recommencer ! On se croirait en pleine crise du Chikungunya : Pareil !
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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