Lutte anti-diabète :

Eric Magamootoo le retour : beaucoup de mots et quelques actions...


Publié / Actualisé
Encore une association de lutte contre le diabète. Elle s'appelle Cosaladi (Coordination pour la surveillance, l'action et la lutte anti-diabète) et a été fondée par des personnes venues des autres associations anti-diabète. Celle-ci se veut " lanceuse d'alerte " et compte déposer une requête contre l'Etat d'ici deux mois pour manque d'action face à la maladie. A sa tête : Eric Magamootoo, qui réapparaît cette fois en tant que vice-président délégué de la Cosaladi. Il aura fallu gratter un peu en surface pour voir apparaître quelques idées concrètes. Le reste étant un constat général du diabète à La Réunion.
Encore une association de lutte contre le diabète. Elle s'appelle Cosaladi (Coordination pour la surveillance, l'action et la lutte anti-diabète) et a été fondée par des personnes venues des autres associations anti-diabète. Celle-ci se veut " lanceuse d'alerte " et compte déposer une requête contre l'Etat d'ici deux mois pour manque d'action face à la maladie. A sa tête : Eric Magamootoo, qui réapparaît cette fois en tant que vice-président délégué de la Cosaladi. Il aura fallu gratter un peu en surface pour voir apparaître quelques idées concrètes. Le reste étant un constat général du diabète à La Réunion.

Peut-être était-ce la colère qui a fait perdre ses mots à Eric Magamooto ce mardi 9 avril 2019. Toujours est-il que la présentation de sa nouvelle association anti-diabète, Cosaladi, a cruellement manqué de précision au départ. Les chiffres du diabète sont catastrophiques, certes mais qu’est-ce qui différencie vraiment cette nouvelle association des autres ? Pourquoi en fonder une nouvelle ? Après l’indignation, les explications. Nous avons rappelé le vice-président pour tenter en savoir plus.

"Vous avez pris des cafés sans sucre j’espère", avait commencé Eric Magamootoo en début de conférence, à l'adresse des journalistes présents. Une introduction humoristique avant de laisser place à la désolation : "qui sommes-nous devenus ? où allons-nous ? quelle est notre identité ?" Autant de questions shakespeariennes qui en disent peu sur les projets de la nouvelle association. "Tout plan d’action ne se dévoile pas d’un coup comme ça", sourit le vice-président délégué.

Quelques heures et un nouveau coup de fil plus tard, les informations arrivent. Il faut forcer un peu : si l’Etat ne fait pas assez, que lui demander concrètement ?

Les actions concrètes

En premier lieu, l’association demande une réelle application du dispositif "Dites non au diabète", censé toucher 2 600 personnes pré-diabétiques. "Moins de 200 personnes sont concernées par ce programme actuellement", assure Eric Magamootoo.

Autour des produits sucrés, le vice-président s’interroge : "La loi Lurel était une excellente initiative mais où en est-on de son application ? Les produits réunionnais sont-ils effectivement moins sucrés qu’avant ?". Les informations manquent, les preuves aussi : trois ans après la loi, il faut les résultats.

Lire aussi : 2016 : le surplus de sucre banni des produits péi

Pour les malades, l’association demande un meilleur accompagnement de la part du corps médical. "Les médecins doivent leur prescrire plus de sport, parce qu’une activité physique est essentielle", estime Eric Magamootoo. Idem pour la conduite, dangereuse pour certains diabétiques, il est nécessaire que les médecins sachent évaluer la capacité ou l’incapacité à conduire du malade.

Pour ce qui est des feuilles d’analyses, elles ne sont pas assez lisibles selon lui. Il ajoute que les malades ou les pré-diabétiques devraient avoir droit à des consultations gratuites chez un diététicien.

Concernant la sensibilisation, l’association demande "une grande campagne régionale". Et au-delà de simples affiches, ce qu’attend Eric Magamootoo c’est "bien plus qu’une journée nationale par an". Aller vers des journées supplémentaires de prévention donc, mais organiser aussi des ateliers dans les écoles pour parler du diabète aux plus jeunes.

Enfin, il est nécessaire selon les membres de l’association de mettre en place une réunion tous les 6 mois entre les différents acteurs du diabète : ARS, professionnels de santé, associations, pour faire le point sur la maladie et les nouvelles actions à mettre en place.

"Un système trop opaque"

"Nous assistons à la chute verticale d’un peuple", paraphrase Eric Magamootoo. La citation vient de Jean Finance, en 1948. L’actuel vice-président de l’association s’estime légitime pour mener ce combat, à la fois citoyen réunionnais, diabétique et ancien avocat. "Car nous nous appuyons sur des bases juridiques pour attaquer l’Etat", explique-t-il. "Nous allons citer le principe de l’assistance à personne en danger et l’obligation de porter secours à quelqu’un en péril".

"Il ne s’agit pas de moi, mais bien de la société réunionnaise", assure Eric Magamootoo, qui semble pourtant prendre le combat contre sa propre maladie très à cœur : "ça me prend aux tripes", admet-il. "Dans la devise républicaine il y a le mot fraternité : l’Etat doit être solidaire face aux diabétiques et doit se mobiliser davantage pour abattre ce fléau qui secoue La Réunion." Le drame du sucre touche plus particulièrement les enfants, en ce qui concerne le diabète de type 2, qui entraîne une obésité importante chez les plus jeunes.

Il dénonce un système trop opaque, une maladie transformée en "business". Une personne diabétique coûterait 6 000 euros par an à la Sécu. Les amputations – environ 200 par an – sont des opérations lourdes qui valent cher, idem avec les pompes à insuline, à renouveler régulièrement.

Le plan d’action de l’ARS est insuffisant et inefficace selon l’association. "Attention on ne dit pas que l’Etat n’agit pas, on dit qu’il n’agit pas assez", nuance Eric Magamootoo. Il va jusqu’à comparer cette lutte avec la mobilisation contre la dengue et souhaiterait qu’il en soit de même pour le diabète, une "maladie sournoise". "Je crois à la stratégie du colibri : chaque petite action peut mener à une plus grande conscientisation de la population".

Le diabète en chiffres

  • Selon les chiffres de l’ARS, 4 600 nouveaux patients en moyenne sont pris en charge chaque année. Soit 7% de hausse par an.
  • En 2014, 1 Réunionnais sur 10 déclare être diabétique. 64 400 personnes diabétiques sont traitées par médicament, selon des observations faites en 2016.
  • Le suivi est irrégulier dans de nombreux cas : 1 Réunionnais sur 2 n’a pas de suivi cardiologique, 1 sur 3 n’a pas de consultation ophtalmologique dans les deux ans.
  • On dénombre 240 morts par an à La Réunion à cause du diabète.
  • Quant aux amputés ils sont environ 200 chaque année.

mm/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Action concrète, depuis son mobile, Posté
Je vais t'en donner moi du concret magamootoo, déficit de l'exploitation de l'aéroport, mauvaise gestion des travaux de pistes , augmentation des taxes aéroportuaires, bilan catastrophique des travaux de la CCIR , t'en veux encore . Allé va t'en on veut plus te voir