Domaine public maritime :

Tourisme : quand hôtels et restaurants ont les pieds dans le sable


Publié / Actualisé
Les paillotes à l'Hermitage, l'hôtel Alizé Plage à Saint-Pierre... ces dossiers ont fait la une et posent la question de la " privatisation " de certains morceaux de plages par ces restaurants ou hôtels qui s'installent sur le domaine public maritime. Des collectifs s'activent pour tenter de faire respecter la loi alors que plusieurs de ces établissements se trouvent maintenant en zone rouge. La DEAL, Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement, fournit de son côté bien peu d'explications. (Photo d'illustration : RB/Imaz Press Réunion)
Les paillotes à l'Hermitage, l'hôtel Alizé Plage à Saint-Pierre... ces dossiers ont fait la une et posent la question de la " privatisation " de certains morceaux de plages par ces restaurants ou hôtels qui s'installent sur le domaine public maritime. Des collectifs s'activent pour tenter de faire respecter la loi alors que plusieurs de ces établissements se trouvent maintenant en zone rouge. La DEAL, Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement, fournit de son côté bien peu d'explications. (Photo d'illustration : RB/Imaz Press Réunion)

"Rendez la plage aux Réunionnais" : c’est le mot d’ordre de ces associations qui s’organisent autour d’un même combat, celui de la protection du littoral et du lagon. Parmi eux, le Collectif pour la défense du DPM (domaine public maritime). Mais face à l’argument environnemental qui fait bien pâle figure, le tourisme est tenace. Toujours est-il que certains gérants martèlent leur bonne foi et ne comprennent pas "l’acharnement" dont ils sont la cible, alors qu’ils disent disposer d’AOT (autorisation d’occupation temporaire) délivrées par la préfecture.

Des cas de "privatisations" qui posent problème

Prenons le cas emblématique de Jean-Michel Piron. Il est le gérant de l’hôtel Alizé Plage, qui défrayait la chronique voilà quelques semaines. L’établissement, situé à Saint-Pierre, a fait polémique en s’étalant un peu plus qu’à l’accoutumée sur la plage. "C’était une réception exceptionnelle", explique le gérant. Au total : une centaine de personnes étaient rassemblées pour une soirée les pieds dans le sable.

Le reste du temps, Jean-Michel Piron affirme qu’il n’a jamais cherché à "privatiser" la plage. Pourtant, face à l’hôtel, s’étalent quotidiennement la vingtaine de transats et les six parasols qui lui appartiennent. Le gérant affirme qu’il dispose d’une vieille AOT, datant de 1995, qui lui autorise une exploitation de la plage mais sans définition précise.

Nous avons en effet pu consulter la convention en question, qui ne contient aucun plan, comme le déplore l’Association citoyenne de Saint-Pierre, vent debout contre les installations de l’hôtel sur la plage. Les seules mentions de cet espace demandent une "mise en valeur du site", et une conservation de "l’aspect naturel du littoral". Quant aux termes de la convention, ils évoquent une "occupation privative du domaine public", mais stipulent malgré tout que le document n’est constitutif "d’aucun droit réel"…

Jean-Michel Piron, lui, estime être dans son bon droit. Mais légal ne veut pas dire légitime pour les associations. Fatigué d’être leur cible, le gérant rappelle l’existence de l’AOT : "Que les collectifs soient contre l’autorisation, ok, mais ce n’est pas moi qu’il faut aller voir, c’est la préfecture !" Quant à l’exploitation de la plage, il assure laisser ceux qui le veulent s’installer dans les transats, même s’il considère ces actions comme une "provocation".

Pourtant l’Association citoyenne de Saint-Pierre fait état du contraire. Gaëtan Hoarau, à la tête du collectif, évoque des alertes qu’il reçoit régulièrement par e-mail de la part de riverains, comme ce message que nous retranscrivons ici : "Des employés d’Alizé Plage ont refoulé des personnes allongées sur le sable pour installer leur matériel".

De nombreux établissements en zone rouge

C’est le cas d’Alizé Plage à Saint-Pierre et de nombreux autres établissements dans l’ouest : le changement du PPRL en 2018 (Plan de prévention des risques littoraux) les place désormais en zone rouge. A savoir : aucune construction possible. "Ces hôtels et restaurants sont maintenant menacés par la mer et sont réciproquement menaçants pour le littoral et le lagon", explique Karl Bellon.

L’AOT d’Alizé Plage, qui se termine officiellement le 8 décembre 2020, sera-t-il donc renouvelé ? L’Association citoyenne de Saint-Pierre demande expressément à ce qu’elle ne le soit pas. Mais que faire ensuite de l’hôtel ?

Le Sauvage, situé sur la plage des Brisants, est également concerné. Les clients ont littéralement les pieds dans le sable et une vue imprenable sur la mer, abrités par des parasols et installés à des tables en bois. Un cadre idyllique… pourtant menacé par ce nouveau plan des risques littoraux. "On ne sait pas encore si notre AOT sera renouvelée", raconte Glenn Dané, le gérant du restaurant. "Mais zone rouge ne veut pas dire qu’on va tout démolir, c’est juste qu’on ne construit plus".

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Pourtant techniquement, aucun bâtiment ne devrait se trouver dans une zone rouge, l’établissement risque donc pour sa survie. Leur matériel respecte la règle qui demande qu'aucune construction en dur ne soit installée, les tables, chaises et parasols étant mobiles. Mais ils restent malgré tout sur la plage durant la nuit... "Ce serait trop compliqué de devoir tout enlever à chaque fois", se justifie le gérant. Un agent de nuit surveille donc la zone.

"La DEAL s'en lave les mains"

Commerçants et collectifs s'entendent au moins sur un point : la responsabilité de la DEAL (Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement). Nous avons tenté de contacter ce service de la préfecture pour démêler le vrai du faux et comprendre pourquoi certaines installations sur la plage ne sont pas plus encadrées.

Du côté de la préfecture, on nous annonce qu’il sera impossible de répondre à nos questions au téléphone. Faute d’interview, nous recevons alors des éléments par e-mail, nous assurant que qu’ "à chaque fois que des travaux ou des occupations du DPM non autorisés préalablement ont été constatés, la DEAL a établi un procès-verbal de grande voirie. Cela a été le cas le 1er juillet 2018 pour les 6 activités économiques de la plage de l'Hermitage ne disposant plus des autorisations nécessaires".

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Rappelons pourtant qu’il aura fallu une plainte du Collectif de défense du DPM et des dégradations orchestrées par des manifestants pour se poser la question de la légitimité de ces restaurants de plage appelées maintenant ex-paillotes. "Est-ce que ça veut dire que pour chaque établissement qui pose problème il va falloir qu’on porte plainte ?", s’interroge Karl Bellon, du Collectif de défense du DPM. "Malgré l’épisode des ex-paillotes, rien n’a changé." "La DEAL s'en lave les mains", ajoute Gaëtan Hoarau. "C’est très difficile de les contacter, ça reste extrêmement verrouillé." Nous le confirmons.

Des conséquences importantes

Cette gestion chaotique s’en ressent sur les mairies, à qui la DEAL délègue la gestion des parcelles situées sur le domaine public maritime. Certains restaurants en ont justement payé les frais. C’est le cas de l’ex-rondavelle de La Saline les Bains, installée devant l’école primaire de La Saline. La gérante avait alors obtenu la gestion de cet espace par la mairie de Saint-Paul. Mais la parcelle voulue se trouvait finalement en zone rouge et appartenait qui plus est à l’école... Encore des cafouillages liés aux autorisations livrées par les mairies. Le contrat était bancal dès le début. Et tout le monde en pâtit : gérants comme plagistes.

Quoi qu’il en soit, il faut des sanctions plus fréquentes, selon Karl Bellon. Le Collectif de défense du DPM estime qu’il y a "des règles strictes à respecter". "Ce n’est pas normal, tout le monde devrait pouvoir profiter de la plage. On attend qu’il y ait une forte houle pour démontrer le danger sur les établissements et les familles peut-être ?" Sans parler du risque d’érosion, très important. Des habitations sont également concernées, mais la gestion en est toute autre : "On ne peut pas virer les gens qui sont prioritaires", explique Karl Bellon. Pour le domaine public maritime, par contre, les collectifs comptent bien tout faire pour que la loi soit appliquée.

mm/www.ipreunion.com

   

5 Commentaire(s)

Strop, Posté
La jalousie mes amis, la jalousie...
Ticreole, Posté
Et roche noir c un vrai crime contre la nature l'immeuble dison dans la mer
Casuarina, Posté
la voie judiciaire ne marche plus a la REUNION,! ce pays est trop gangrené, il y a que la pression populaire qui peut faire avancer les choses!!
Citoyens vigilants, Posté
tous ces élues véreux...et ce service de l'état bancal finiront par déclencher le bordel dans ce pays..!!
PAULO, Posté
Très bon article ! La diversité des situations et la carence de l'Etat, visiblement dépassé, sont parfaitement mis en évidence. L'Etat doit gérer près d'un siècle de négligence et de passes-droits. ...mais les collectivités sont aussi propriétaires de vastes domaines forestiers soumis aux mêmes règles que le DPM (ouverture gratuite au public et protection des espaces naturels)... aet aux mêmes empiétements tnnégligences. Le chantier qui s'annonce pour remettre de l'ordre dans tout cela est tout simplement monstrueux !!!