Grogne et grincements de dents :

Bus gratuits ou pas : rififi dans le réseau Car jaune


Publié / Actualisé
La très discrète FNTV, la fédération nationale des transports de voyageurs a invité la presse, pour la première fois ce mercredi 24 avril 2019. Le syndicat de transporteurs prend le taureau par les cornes et dénonce. L'objet de la conférence, le réseau Car jaune. La Région est l'instance qui chapeaute le dossier et depuis que le président de la collectivité a évoqué le sujet de la gratuité sur le réseau, les transporteurs sont vent debout. Fabienne Couapel Sauret conseillère régionale en charge des transports, affirme que le président n'a fait qu'ouvrir le débat et que rien n'est acté. Sous la question de la gratuité, de nombreuses zones d'ombre. Pouvoir, magouilles, argent, politique, ego, la guerre autour des cars jaunes est déclarée. (photo rb/www.ipreunion.com)
La très discrète FNTV, la fédération nationale des transports de voyageurs a invité la presse, pour la première fois ce mercredi 24 avril 2019. Le syndicat de transporteurs prend le taureau par les cornes et dénonce. L'objet de la conférence, le réseau Car jaune. La Région est l'instance qui chapeaute le dossier et depuis que le président de la collectivité a évoqué le sujet de la gratuité sur le réseau, les transporteurs sont vent debout. Fabienne Couapel Sauret conseillère régionale en charge des transports, affirme que le président n'a fait qu'ouvrir le débat et que rien n'est acté. Sous la question de la gratuité, de nombreuses zones d'ombre. Pouvoir, magouilles, argent, politique, ego, la guerre autour des cars jaunes est déclarée. (photo rb/www.ipreunion.com)

Le réseau Car jaune, ce n'est pas que la Région 

Pour beaucoup, les cars jaunes c’est la Région. En même temps, difficile d’en douter, la collectivité s’affiche en long, en large et en travers sur les véhicules. Mais il y a une subtilité, les cars jaunes, ce n’est pas que la Région.

En fait, c’est une DSP, une délégation de service public. La collectivité est à la tête de la structure et comme elle n’a pas le savoir faire, elle laisse la gestion à un délégataire : le groupement Cap’Run.

Cap’Run est composé du GIE Activ ( groupement des acteurs du transport interurbain de voyageurs) dix sociétés de transports, des grands noms du secteurs, Moutoussamy père et fils, l’oiseau bleu, Balaya, Mooland, Ah-Niave… Le GIE Activ s’occupe de l’exploitation du réseau.

L'autre moitié de Cap'Run, c'est le groupe Transdev Services Réunion, il a en charge la gestion du réseau.

De prime abord, ça peut paraître compliqué alors expliquons les choses de manière schématique, la Région Réunion est la patronne et les transporteurs sont les petites mains. Vous verrez, cet éclairage est déterminant pour comprendre les enjeux autour de ce réseau de cars interurbain, objet d’âpres discussions en coulisses.

Là où ça coince

Il y a quelques semaines, Didier Robert annonçait vouloir "ouvrir le débat" sur la question de la gratuité des transports publics, notamment sur le réseau Car jaune. Grand mal lui en a pris, les transporteurs ont vu rouge, ils ne comprennent pas que la collectivité veuille mettre la charrue avant les bœufs.

Car pour la FNTV, la priorité est d’améliorer la flotte de véhicules, d’ajouter des bus sur les lignes. Aujourd’hui, le réseau est ultra saturé, "on a des usagers qui voyagent debout, bien sûr, c’est légal, mais c’est inconfortable et cela montre qu’on est arrivés au bout du système" explique Louis Carpaye, le président de la FNTV. Tout en sachant que chaque année la fréquentation du réseau Car jaune augmente, entre 6 et 8%,  une réelle demande mais une flotte de véhicules à bout de souffle.

Finalement, c'est logique, avant de penser à la gratuité il faut penser à la logistique. "Si le réseau Car jaune devient gratuit, il y aura un boom de la fréquentation, on peut parler de 30 à 40% et on ne maîtrisera plus rien, ça va virer à l'émeute. Les conditions ne sont clairement pas réunies pour faire face, cela fait plus de deux ans que nous demandons à ce que la flotte soit augmentée et nous n’avons rien obtenu."  s’indigne Louis Carpaye.

Difficile de s’entendre

À cela s’ajoute une relation houleuse entre la collectivité et les transporteurs. Assez consensuels, ils ne veulent pas enfoncer le clou mais en filigrane, le message est clair, à l’heure actuelle, le dialogue est rompu entre les instances décisionnaires régionales et les transporteurs. Ces derniers ne veulent plus avoir affaire à Fabienne Couapel-Sauret - pourtant chargée du transport à la Région - ils demandent à rencontrer directement le président. Mais leurs deux courriers adressés au chef de la pyramide inversée sont restés lettre morte.

Mais au fait, que dit la Région sur le sujet ?

C’est bel et bien Fabienne Couapel-Sauret qui répond à nos questions sur le sujet. Au courant de la conférence de presse de la FNTV, elle a affûtée ses arguments et, comme à son habitude, elle ne mâche pas ses mots.

Sur la question de la gratuité, la réponse de l’élue est assez simple "le président a souhaité ouvrir le débat sur la question. Si les transporteurs ne veulent pas que les choses changent, c’est parce qu’ils ont peur de perdre leurs privilèges et leurs avantages.  Car aujourd’hui, la Région demande un effort de qualité et surtout de transparence aux transporteurs  et ils n’y sont pas habitués."

La conseillère régionale balance 

Selon Fabienne Couapel-Sauret, les transporteurs ont peur que la collectivité mette le nez dans leur comptabilité. Il y a deux ans, un audit initié par la Région avait mis en exergue certaines anomalies contractuelles, un manque de transparence de la part des transporteurs et de la Transdev notamment au niveau des recettes.

Au fur et à mesure de la conversation, on comprend que Fabienne Couapel-Sauret est touchée dans son ego. Furieuse de ne plus être l’interlocutrice des transporteurs, elle balance "ils ont du mal à travailler avec une femme, qui en plus, a fait des études"...

L'élue poursuit sur ce qu'elle appelle "les dérives du secteur": "aucune convention collective n’est appliquée par les transporteurs à La Réunion, le personnel est très mal payé et les conditions de travail laissent à désirer. Lorsque nous avons voulu acheter les trois cars à étages, les tranporteurs s'y sont opposés parce-que les chauffeurs réclamaient des augmentations étant donné qu'ils avaient plus de responsabilités. Malgré cela, nous avons tout de même acheté ces cars à étages."

Concernant la réaction des transporteurs sur la question de la gratuité du réseau car jaune, l’élue s’exclamer "qui dit plus de bus, dit plus de chauffeurs. Au dépôt de Saint-Pierre, il y a une quinzaine de bus à l’arrêt, ce sont les bus de réserve, ils prennent le relais en cas de panne mais souvent, ils sont juste là, toute la journée à attendre mais les transporteurs refusent d’embaucher". Pas vraiment ce que disent ces transporteurs…

"On se débrouillera…"

Quand on insiste en soulignant que la Région n’arrive pas à se faire entendre alors qu’elle est à la tête de la DSP, Fabienne Couple Sauret s’emporte "mais écoutez, s’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à ne pas signer la prochaine convention en 2024". Alors on lui demande ce qui arrivera s’il n’y a plus personne pour transporter les passagers, la réponse est brève : "on verra, on se débrouillera"...

Une phrase qui n’est pas anodine car dans le milieu, une rumeur devient de plus en plus persistante, au cœur du dossier, roulements de tambour : Fabienne Couple-Sauret.

Depuis plusieurs mois, la conseillère régionale mène une chasse aux sorcières contre plusieurs structures spécialisées dans la mobilité, la SMTR (Syndicat mixte des transports de La Réunion), l’élue régionale pousse Alix Galbois, le président de la structure vers la porte l’accusant de mauvaise gestion "il prend des décisions sans tenir compte des avis de ses partenaires" dit-elle.

La Transdev est aussi dans le viseur "la situation monopolistique de la Transdev pose question" s'insurge-t'elle.

Et maintenant la GIE Activ, les transporteurs du réseau Car jaune sont sur le gril. 

La finalité du projet serait, disent certaines sources, assez ambitieuse. Un projet d’envergure, Fabienne Couapel-Sauret chercherait à faire passer la DSP du réseau car jaune en société publique locale (SPL) dont elle serait, évidemment, à la tête. Une belle promotion pour la conseillère régionale qui cumule déjà plusieurs casquettes : présidente de l’agence d’urbanisme de La Réunion (Agorah), PDG de la SPL Maraïna et vice-présidente de la réserve marine.

Lorsqu’on aborde le sujet avec elle, Fabienne Couapel-Sauret semble tomber des nues : "c’est bien la première fois que j’entends parler de cela, je sais que je gêne et certains sont prêts à tout pour garder leurs privilèges". L’élue ne nie pas non plus…

La gratuité des transports en commun, une fausse bonne idée

Au delà de la question des transporteurs ou des ambitions (ou non) de certains, il y a la question de fond, la viabilité du projet. Rendre les transports en communs gratuits à l’échelle d’une région serait une première sur le territoire nationale. En métropole, certaines villes comme Niort, Châteauroux, Dunkerque l’ont fait et cela a plutôt bien fonctionné relançant ainsi le secteur des transports en communs boudés par les usagers.

Mais le dispositif a atteint ses limites lorsqu’Anne Hidalgo, la maire de Paris a annoncé vouloir faire la même chose dans la capitale. Bus, métros et tram 100% gratuits. Valérie Pécresse, la présidente de la Région Île-de-France a freiné des quatre fers. L’investissement pour agrandir la flotte des différents véhicules et la compensation versés aux exploitants de réseaux ne serait jamais rentabilisé. Une refonte en profondeur d’un modèle économique et surtout une mesure inefficace.

Si Paris recule, difficile d’imaginer La Réunion se lancer dans une telle aventure mais Fabienne Couapel-Sauret le rappelle "le président de Région ouvre le débat, rien n’est acté."

Un timing qui ne doit rien au hasard

La question de la gratuité des transports arrive sur le devant de la scène à la veille des élections régionales, et rien n'arrive au hasard.

Aujourd’hui, la collectivité prend en charge 80% du billet, les 20% restants viennent de l’usager. Si demain, les transports en communs deviennent gratuits, la Région prendra alors 100% du prix du billet sur ses fonds propres donc dans la poche du contribuable. La gratuité a donc un coût et c’est vous qui payez l’addition.
 

fh/www.ipreunion.com

   

4 Commentaire(s)

Jean421, Posté
Pourquoi pas se serai une idée surtout que le réseau subi une augmentation de son nombre d'usagers mais dans ce cas faudrait rajouter des cars supplémentaires et un service plus étendu seraient le top.
Un connaisseur, Posté
Un ancien de Air Bourbon est souvent mêlé avec le GIE Activ mais bizarrement son nom n'est jamais cité. N'hésitez pas à enquêter de ce coté là ;) Après autant les transporteurs opèrent en groupe très fermé dans l'objectif de préserver ou améliorer les marges (les salaires sont bizarrement les mêmes partout), autant le fait d'avoir les transports gratuits n'est pas une solution.
Bibi, Posté
De toute façon les bus à la reunion sont trop chère surtout pour les personnes en recherche d emploi et pour les personnes au rda en métropole un tiket à 2euros pour une heure de trager et pour toute les ligne ils faut revoir tout ça
Titi974, Posté
En clair, tout est histoire de gros sous, magouilles et fraudes, pas plus, pas moins non plus.