Des dons, un carrom, des sourires (actualisé) :

Au coeur de Saint-Denis, un lieu de vie pour les demandeurs d'asile sri-lankais


Publié / Actualisé
En treize mois, six bateaux de migrants sri-lankais sont arrivés à La Réunion. Loin des critiques, des insultes et des piques racistes qui fleurissent sur les réseaux sociaux, à la radio, et même dans la rue, des militants s'organisent. Parmi eux, Fabrice, fondateur d'Ansamb OI. Depuis plusieurs mois, il donne tout son temps et toute son énergie pour leur venir en aide. Dans un local à Saint-Denis, il accueille les demandeurs d'asile et récolte vêtement, nourriture, produit de première nécessité... Imaz Press est allé à sa rencontre. (Photo : RB/Imaz Press Réunion)
En treize mois, six bateaux de migrants sri-lankais sont arrivés à La Réunion. Loin des critiques, des insultes et des piques racistes qui fleurissent sur les réseaux sociaux, à la radio, et même dans la rue, des militants s'organisent. Parmi eux, Fabrice, fondateur d'Ansamb OI. Depuis plusieurs mois, il donne tout son temps et toute son énergie pour leur venir en aide. Dans un local à Saint-Denis, il accueille les demandeurs d'asile et récolte vêtement, nourriture, produit de première nécessité... Imaz Press est allé à sa rencontre. (Photo : RB/Imaz Press Réunion)

"Au début, en décembre, mes amis ne comprenaient pas ce que je faisais. Ils me disaient : "Fabrice, tu es fou, dans quoi t’es-tu lancé ? Tu ne sais pas qui sont ces gens, ce sont peut-être des voleurs, des tueurs." Je leur ai dis tout simplement de venir les rencontrer. Une quinzaine est venue, aujourd’hui ces personnes sont dans l’association. Quand tu vois les familles, les enfants, dans tristesse… tu ne peux pas les haïr…" raconte Fabrice qui nous accueille les bras ouverts dans ce local, en plein centre de Saint-Denis.

"Tout ce qui n’est pas donné est perdu," semble être le credo d’Ansamb OI. Ici, Fabrice reçoit tous les dons apportés par des particuliers pour les demandeurs d’asile Sri-Lankais. "S’il fait chaud, c’est parce que la clim’ est cassée, il faut qu’on la répare," indique le maître des lieux, dont le téléphone n’arrête pas de sonner. "Nous avons les chaussures, il y en a beaucoup, en différentes tailles. Là ce sont les vêtements homme et enfant, les femmes sont à part dans une autre pièce. Nous avons aussi des jouets…" montre Fabrice, enthousiaste.

Les lieux sont encore vides mais Fabrice compte bien continuer de le meubler. Il recherche des tables et des bancs pour le rendre encore plus vivant. Pour le moment, les meubles se résument à cinq ou six chaises, un frigo, un bureau et des carrom… Les fameux.

Ces ancêtres du billard, "numéro un au Sri-Lanka" semblent retenir toute l’attention de la dizaine de Sri-Lankais présents aujourd’hui. On joue, on rit, on jure, on se concentre… Même les enfants sont aspirés par les pions noir et blanc… Et entre deux coups de téléphone Fabrice les rejoint à la table de jeu. "C’est lui qui gagne, tout le temps, c’est lui le boss ici," s’exclame en riant Diham* qui vient tout juste de perdre.

Un lieu de vie

Ce local n’est donc pas qu’un simple lieu de stockage. C’est un endroit de vie, tout simplement. "Ici c’est un lieu de rencontre, on ne se connaît pas tous puisque nous ne sommes pas hébergés au même endroit. Cet endroit nous permet d’être ensemble, d’être unis," raconte Diham, toujours aussi souriant.

Certains Sri-Lankais sont à La Réunion depuis décembre, d’autres sont arrivés il y a seulement deux semaines, mais si Fabrice ne connaît pas tous les noms, il reconnaît les visages. Chaque nouveau venu dans le local est salué, et il y a toujours du monde. "Ils viennent pour récupérer des vêtements, des chaussures, des produits d’hygiène… Des personnes viennent aussi donner des cours aux enfants," explique le militant.

Une organisation bien rodée

Après le jeu, le travail et l’organisation. Pour organiser l’aide, l’association a dû mettre en place plusieurs outils via les réseaux sociaux. Devant deux écrans d’ordinateur, Fabrice jongle avec les différents groupes de discussion sur la messagerie What’s App. "Aide pour l’hébergement," "Don," "repas", tout est listé… Et les messages n’arrêtent pas d’arriver.

"Nous activons ces outils dès que nous en avons besoin. Tout est fluide," indique Fabrice. L’homme est bien rodé à l’exercice, il a 22 ans de militantisme derrière lui…

Après un coup de téléphone, il part retrouver Elise, une donatrice venue apporter deux sacs de vêtements. Deux Sri-Lankais l’attendent devant le local, avant d’aller lui prêter main forte. Depuis décembre, elle vient de temps en temps apporter des vêtements, des chaussures, de la vaisselle. Elle récupère des choses à droite et à gauche, chez les voisins et les copains. Elle remplit des sacs et blinde sa voiture. Une fois, elle a même déposé des déguisements d’enfants…

"Il me semble évident de partager les affaires, nous ne sommes pas obligés de tout avoir alors que des gens n’ont rien. Autant filer un coup de main quand on peut et avec les moyens qu’on a," explique-t-elle. Samedi dernier, Elise avait déjà apporté une trentaine de sacs de vêtements.

"Aider les Sri-Lankais n’empêche pas d’aider les autres"

Fabrice lui fait faire un tour des lieux, ils discutent de choses et d’autres, des personnes qui sont encore confinées en zone d’attente dans le gymnase de Sainte-Marie, des démarches de ceux qui sont sortis, et des critiques… Des mots parfois durs qu’on entend un peu partout depuis les arrivées successives des bateaux, comme "pourquoi les aider eux et pas nos SDF ?". "Je peux comprendre… Oui et non… Ces personnes qui se plaignent, aident-elles les sans abris ? Quand je croise un SDF, je vais lui acheter à manger, c’est normal. Aider les Sri-Lankais n’empêche pas d’aider les autres," souffle Elise. "Les Réunionnais ont peur," conclut simplement Fabrice.

Une cagnotte en ligne

Pour aller plus loin, Ansamb OI a besoin de don et de bénévoles. De nombreuses initiatives se lancent comme la mise en place d’une cagnotte en ligne sur Leetchi ou d'un doodle pour organiser les permanences au local. L'association invite également les familles à venir rencontrer et échanger avec les demandeurs d'asile sri-lankais, "un petit geste qui peut changer le cours des choses," énonce Fabrice. "Il me reste encore de la vaisselle à t’apporter," lui lance Elise avant de s’en aller.

* Le nom a été modifié

Pour soutenir l'association, vous pouvez faire un don en cliquant sur CE LIEN

nt/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Jeff, Posté
comment entrer en contact avec cette association, afin de contribuer ?
(Réponse du Webmaster : Bonjour Jeff et merci pour ce commentaire. Vous pouvez notamment vous rendre sur la page Facebook d'Ansamb OI et rentrer en contact avec l'association par message ; ou vous pouvez faire un don sur Leetchi sur ce lien : https://www.leetchi.com/fr/c/lWKKV4Vl )