Les travaux vont durer 2 ans :

Réparation du barrage du Bras de la Plaine : un défi environnemental


Publié / Actualisé
C'est chose connue : le barrage du Bras de la Plaine dans le sud de l'île nécessite des réparations. Construit à la fin des années 1960, l'ouvrage de 8 mètres de haut sur 37 de large a été renforcé à plusieurs reprises. Depuis sa construction, de nombreuses dégradations ont été constatées et ont nécessité des travaux. Résultat : le Conseil départemental lance de nouvelles réparations, mais celles-ci nécessitent la mise en place d'une piste temporaire de 4x4 dans le lit de la rivière. Un choix qui inquiète certains habitants. Pourtant le projet a bel et bien été validé par le commissaire enquêteur avec une obligation : que le suivi environnemental soit impeccable. Le défi est de taille pour ce cours d'eau bordant l'Entre-Deux, le Tampon et Saint-Pierre. Plusieurs mesures sont d'ores et déjà sur la table pour assurer la préservation de la rivière, et de ses poissons.
C'est chose connue : le barrage du Bras de la Plaine dans le sud de l'île nécessite des réparations. Construit à la fin des années 1960, l'ouvrage de 8 mètres de haut sur 37 de large a été renforcé à plusieurs reprises. Depuis sa construction, de nombreuses dégradations ont été constatées et ont nécessité des travaux. Résultat : le Conseil départemental lance de nouvelles réparations, mais celles-ci nécessitent la mise en place d'une piste temporaire de 4x4 dans le lit de la rivière. Un choix qui inquiète certains habitants. Pourtant le projet a bel et bien été validé par le commissaire enquêteur avec une obligation : que le suivi environnemental soit impeccable. Le défi est de taille pour ce cours d'eau bordant l'Entre-Deux, le Tampon et Saint-Pierre. Plusieurs mesures sont d'ores et déjà sur la table pour assurer la préservation de la rivière, et de ses poissons.

La dernière opération d’envergure datait de 2006. La crue liée au passage du cyclone Gamède a emporté et ruiné une partie des travaux, qui n’étaient pas encore achevés. Or les installations sont encore vulnérables. Pour le Conseil départemental, c'est clair : il est nécessaire d’intervenir sur la structure et les fondations des ouvrages avant que les instabilités se développent et menacent l’intégrité du barrage. Le montant prévisionnel de cette nouvelle opération est de 15 millions d'euros.

Un projet validé sur le plan environnemental

Pour mener à bien ce projet, près de 3 000 pages ont été rédigées suites à " études environnementales approfondies", explique le Département. Ces études ont d'ailleurs été soumise à l’avis de l’Autorité environnementale, qui reconnaît la qualité de l’étude d’impact : elle présente "de manière pédagogique et concise, les critères vis-à-vis des enjeux environnementaux principaux (...) Elle indique les principales raisons du choix retenu, notamment une comparaison des incidences sur l’environnement et la santé humaine." Un projet, salué donc, en terme de protection de l'environnement selon l'institution.

Une concertation avec des associations, de pêche et de randonneurs, ainsi qu'avec la commune de l’Entre-Deux a aussi été menée, pour faire le point sur les travaux. L’opération permettra in fine le nettoyage de la rivière, puisque des matériaux de construction ont été emportés par la crue du cyclone Gamède en 2007. Un partenariat a donc été imaginé avec une association de randonneurs pour repérer les déchets présents dans le cours d'eau.

Enfin, ces dossiers ont été soumis à une enquête publique organisée du 28 janvier au 28 février 2019. Résultat, le commissaire enquêteur a donné un avis favorable, assorti de la recommandation suivante : "étudier et mettre en oeuvre des modalités d’information continue du public sur l’avancement des travaux et son suivi environnemental, et ajuster si nécessaire ces modalités en cours de chantier." Un projet d’arrêté préfectoral d’autorisation des travaux a donc été présenté au Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques (CODERST), le 30 avril 2019. Il comporte 40 pages garantissant  "le respect de l'environnement".

Une piste de 10 km construite dans la rivière

Pour permettre l'acheminement des véhicules travaillant sur le chantier, une piste provisoire de 10 kilomètres va être réalisée dans le lit de la rivière. Le terme provisoire est important pour le Département, qui chapeaute les travaux, comme pour la collectivité de la CASUD qui regroupe les communes du Tampon et de l'Entre-Deux. Car celle-ci ne durera que le temps du chantier, soit deux ans au total. Ces travaux devraient commencer d'ici un mois.

Plusieurs riverains se disent toutefois inquiets du respect de l’environnement dans le cadre de ces travaux. Certains s’interrogent sur le bien-fondé d’une piste 4x4. L’un d’eux, souhaitant rester anonyme, s’étonne de ce choix : " A l’heure où l’on se bat pour la défense de l’environnement, c’est surprenant ! ". Pour les différents acteurs du projet de rénovation, la solution de la piste est pourtant la moins douloureuse pour l'environnement. Elle évite notamment de perturber la faune locale et de nuire aux coulées de lave historiques de la zone.

"On aurait aimé éviter la piste, c'est certain", explique Armand Métro, directeur de la Fédération de pêche à La Réunion, "mais c'est le choix qui a été retenu afin de limiter l'impact terrestre, qui aurait été beaucoup plus important". L'installation d'un périphérique avait été envisagée pendant un temps, mais celui-ci aurait menacé la bonne circulation des pétrels à cause des câbles et des rotations d'hélicoptère. Ce sera donc une piste dans le lit de la rivière.

"Ce ne sera pas sans conséquence"

Malgré les efforts des différents acteurs, et un projet qui, on le reconnaît, bien à coeur les problématiques environnementales, " les passages des véhicules ne seront pas sans conséquence ", explique Armand Métro. " Le directeur de la Fédération de la pêche redoute notamment " une rupture de continuité pour les poissons, qui ne pourront plus poursuivre leur trajectoire normalement ".

La rivière du Bras de la Plaine comporte plusieurs espèces différentes : poissons-plats, anguilles, bichiques, cabots bouche-ronde…  " Pour les poissons-plats surtout, les travaux peuvent perturber leur reproduction " explique Armand Métro. Et dans le cas des cabots bouche-ronde, l’espèce est pour l’instant classée comme étant en " vulnérabilité sévère ", elle pourrait éventuellement basculer dans la catégorie " espèce protégée " d’ici peu, selon la Fédération de la pêche. Autre risque pour la faune aquatique : la présence de matières en suspension, liées aux travaux.

C’est pour faire face à ces dangers que la Fédération de la pêche a été appelée par le Département, afin d’assurer des pêches de sauvegarde. " On va installer des filets pour permettre aux poissons le franchissement de la rivière ", explique Armand Métro.

Une fréquentation dense redoutée

Ce qui menace le lit de la rivière c’est aussi la surfréquentation de la zone. Au-delà des allées et venues des camions de chantiers, la présence d’une piste pourrait pousser les riverains à vouloir en profiter pour leurs sorties dominicales. Par sécurité, le grand public n'est pas autorisé à fréquenter la zone pendant la durée des travaux, et l’accès à cette nouvelle piste sera réglementé. Mais malgré l’interdiction de fréquenter le chemin, Armand Métro a encore le souvenir amer des campings sauvages et des amoncellements de déchets après les pique-niques en pleine nature.

"C’est exactement ce qu’il s’est passé en 2006 lors des derniers travaux de réparation : la mise en place d’un chemin a attiré beaucoup de monde." Des écogardes seront présents pendant le chantier, c’était l’une des mesures " compensatrices " proposées aux riverains. Autres mesures censées garantir le bon déroulé des travaux : le suivi de la qualité de l’eau de la rivière, et la revégétalisation de la zone à la fin des travaux, pour une remise en état complète du lit de la rivière. C’est en tout cas ce qu’espèrent les riverains.

mm/www.ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Stéphane , Posté
Je suis profondément choqué par ce choix a une époque où la sauvegarde de la biodiversité, de notre environnement et de notre île magnifique est devenu crucial. En plus il existe bien d'autres méthodes si on veut bien regarder. Un exemple parmis d'autres, la captation de l'eau de pluie que l'on reminéralise en suite comme au Brésil ou dans certains endroit d'Afrique. On peut aussi baisser notre consommation d'eau (toilettes sèches, plantes qui n'ont pas besoin d'arrosage, favoriser les arbres, etc...). On peut aussi faire les travaux différemment en utilisant moins de gros matériel, plus de temps et plus de main d'oeuvre à une époque ou le chÃ'mage est si important. C'est comme si on venait de construire un super marcher sur une cathédrale magnifique.
Paul Mc Watson, depuis son mobile, Posté
A tous les coups cela donnera envie à certains cochons d'aller plus loin déposer leurs ordures...
Tamponais, Posté
Et les hélicoptères ? Travaux possible en hélicos ? Parce que une piste de 10km dans le lit de la rivière... pour un patrimoine de l'UNESCO ou on interdit à tout le monde de construire etc.... la une piste de 10km (qui en plus nest pas sure de tenir si il y'a à nouveau des cyclones ) ... au bon milieu du bras de la plaine ... on se demande qui valide tout sa ... et au profit de qui ..? ... cordialement .
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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