Les scientifiques du monde entier sont à l'affût :

Volcan sous-marin à Mayotte, une découverte historique et un plongeon vers l'inconnu


Publié / Actualisé
Une découverte historique, un volcan de 800 mètres de haut enfoui sous les eaux à plus de 3000 mètres de profondeur. On dirait le début d'un conte... C'est pourtant la réalité, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Mayotte, un cône volcanique gronde depuis un peu plus d'un an, entraînant des épisodes sismiques sans précédent dans l'archipel comorien. Pour la communauté scientifique, il s'agit là d'une découverte exaltante, assister à la naissance d'un tel édifice est forcément excitant pour des passionnés mais c'est aussi une plongée vers l'inconnu. Avec des spécialistes, Imaz Press a cherché à comprendre ce qu'implique cette trouvaille à l'avenir.
Une découverte historique, un volcan de 800 mètres de haut enfoui sous les eaux à plus de 3000 mètres de profondeur. On dirait le début d'un conte... C'est pourtant la réalité, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Mayotte, un cône volcanique gronde depuis un peu plus d'un an, entraînant des épisodes sismiques sans précédent dans l'archipel comorien. Pour la communauté scientifique, il s'agit là d'une découverte exaltante, assister à la naissance d'un tel édifice est forcément excitant pour des passionnés mais c'est aussi une plongée vers l'inconnu. Avec des spécialistes, Imaz Press a cherché à comprendre ce qu'implique cette trouvaille à l'avenir.

Peu de certitudes et de nombreuses zones d'ombre 

Mayotte et La Réunion sont deux îles volcaniques, au large, trouver des cônes volcaniques sous-marins n’est pas quelque chose de nouveau. Mais un volcan en activité, là, ça sort de l’ordinaire.

À l’heure actuelle, la seule certitude est que ce volcan sous-marin en activité s’est élevé sous les eaux à vitesse grand V. Un phénomène si ce n’est rare, au moins exceptionnel. Aline Peltier, la directrice de l’observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, associé aux études menées autour de volcan, explique pourquoi le petit nouveau sort de l’ordinaire "sa spécificité, c’est qu’il évolue sous l’eau et pouvoir suivre la naissance d’un volcan est exceptionnel."

Et il a plus d’un tour dans son sac, Son panache de fluides volcaniques de deux km de hauteur n’atteint pas la surface de l’eau, car il reste une épaisseur d'eau d'environ 1 km. Ce nouveau volcan n'est donc pas visible depuis la surface de la mer. L’autre spécifié de ce volcan, c’est sa taille, en quelques mois, on a quand même un édifice de 800 mètres de hauteur et 3,4 kilomètres de largeur qui s’est édifié. C’est fascinant. " explique Aline Peltier. 

Patrick Bachèlery est volcanologue et il connaît bien la région océan indien, le scientifique a vécu trente ans à La Réunion. L’enthousiasme d’Aline Peltier, il le partage largement "c’est une nouvelle fabuleuse, d’une part, ça explique de manière claire cette activité sismique et la déformation qui l’accompagne qui se développait à Mayotte."

Un volcan aux répercussions mutliples 

L’existence de ce nouveau volcan explique les crises sismiques que connaît l’île soeur depuis un an, un autre phénomène est lié à ce volcan, l’affaissement de l’île aux parfums, Aline Peltier nous explique le processus "lorsqu’il y a une éruption volcanique, il y a des transferts de magma des profondeurs vers la surface. Ces transferts sont à l’origine des gonflements et là on a un affaissement des actuel de l’île de Mayotte, on est à plus de 10 centimètres de déplacement vers l’est et 13 cm d’affaissement. "

Les scientifiques sont particulièrement attentifs à l’évolution de ce volcan. Au vu de son caractère inédit, difficile d’anticiper les réactions du cône sous-marin. D’autres volcans sous-marins existent mais la croissance rapide de celui-ci sort de l’ordinaire "déjà 800 mètres de haut en un an, c’est tout à fait exceptionnel." commente Patrick Bachèlery.

Tout repose sur les études en cours 

Les études du volcan ont commencé il y a plusieurs mois déjà. Il est observé sous tous les angles "il y a eu plusieurs missions, une première plus géophysique a consisté à récolter des échantillons de gaz sur terre pour comprendre leur composition et voir s’il y avait des composantes magmatiques puis analyser leur évolution au cours du temps. Des analyses toujours en cours actuellement. Il y a aussi eu d’autres missions sur terre notamment à Grande Glorieuse où l’observatoire a installé une station sismique et GPS pour mieux comprendre la formation des séismes et les déformations." explique Aline Peltier.

Patrick Bachèlery complète "des sismomètres ont été installés dans les profondeurs, les études de ces relevés vont être cruciales, on suit l’activité du Piton de la Fournaise et des volcans en général par leur sismicité et la mesure de leurs déformations. Autre point essentiel : prélever des échantillons et les étudier pour avoir une meilleure idée de l’origine du magma et de sa nature. A-t-il transité par des champs magmatiques, à quelle profondeur… Tout un travail à réaliser pour caractériser cette activité volcanique."

Des travaux de longue haleine menés et financés par l’État et le centre national de le recherche scientifique (CNRS). L’observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise est aussi associé à l’étude qui devrait sans doute durer dans le temps.

Au delà du financement, il y a aussi la logistique, étudier un volcan sous-marin n’est pas une mince affaire, la principale difficulté est évidente : l’eau " on ne travaille pas par 3000 mètres de profondeur comme on travaille en milieu émergé. Cela demande d’abord de gros moyens financiers et observer un volcan sous-marin est plus délicat qu’observer un volcan terrestre. " détaille l’universitaire installé à Clermont-Ferrand.

Ce volcan représente-t-il une menace pour Mayotte ? 

Ces études permettront d’affiner les connaissances de la communauté scientifiques sur ce nouveau volcan et de, peut-être, anticiper sa progression. À l’heure actuelle, les experts n’ont privilégié ou écarté aucune hypothèse quant à l’évolution de ce cône volcanique sous-marin.

Des questions de sécurité civile se posent. Ce volcan pourrait-il être une menace pour Mayotte ? Patrick Bachèlery n’est pas catégorique mais il se fie à ce qu’on connaît déjà "on a des exemples de volcans sous-marins au large de Tahiti ou au large d’Hawaii qui sont en activité depuis des années et qui n’ont toujours pas émergé donc c’est une question extrêmement délicate et l’observation de cette activité sera riche d’enseignements. Mais a priori, il n’y a pas de menace immédiate pour la population de Mayotte. "

Aline Peltier, loin d'être alarmiste rappelle que tout repose sur les études en cours "il va y avoir des missoons menées par diverses équipes scientifiques. Il est trop tôt pour répondre à cette question. Il faudra travailler sur l’ensemble des données récoltées sur cette mission effectuée par le Marion Dufresne, sur les diverses missions qui ont été faites sur terre sur les prélèvements de gaz et sur l’installation de nouvelles stations pour voir l’évolution de ce phénomène." indique la directrice de l'observatoire du Piton de la Fournaise. 

Comment fonctionne un volcan sous-marin ? 

Un processus classique explique Aline Peltier : "lors de la campagne en mer, les scientifiques ont pu imager le volcan en trois dimensions, c’est un volcan tout ce qui a de plus semblable à un volcan terrestre avec des épanchements de lave...  Les scientifiques ont également pu imager une colonne de fluides remontant à à peu près un kilomètre vers la surface. Comme un volcan terrestre avec un cône qui s’est formé, des épanchements de lave, des gaz et des fluides qui s’en échappent."

Quel nom portera ce nouveau volcan ?

Là encore, une grande inconnue "au vu de sa taille, il va probablement être baptisé. Par qui, je ne sais pas, il n’y a pas d’instance particulière qui gère ce genre de choses. Peut-être que ceux qui s’occupent des cartes marines proposeront un nom mais bon, il n’y a pas urgence" s’amuse Patrick Bachèlery.

Un défi humain, scientifique et historique 

Il n’a pas encore de nom et pourtant, ce volcan secoue la communauté scientifique. Son évolution, ses répercussions, pour le moment, un brouillard entoure l’édifice. Seule certitude, les experts comptent bien lever le voile et en apprendre plus sur ce nouveau volcan.

Pour l’État, l’enjeu est humain : comprendre le fonctionnementet pouvoir anticiper les secousses liées au cône volcanologique sous-marin pour protéger au mieux la population mahoraise.

Des enjeux il y en a, les études menées sur ce nouveau volcan pourraient prendre du temps avant d’apporter les premiers éléments de réponse.

fh/www.ipreunion.com 

   

4 Commentaire(s)

Akohokely, Posté
@Brownman Ayant vu le jour à Mayotte, vécu 18 années sur l'île, je ne me considère pas comme un indigène. Que je sache, ce bout de terre est français tout autant que la Réunion. Je vous conseille d'aller le visiter. Cela vous permettra (je l'espère), vous ouvrir un peu plus votre esprit...
Daoud, Posté
Un super volcan atteindra la surface en 2 ou 3 ans.
Les rejets finiront par dérègler le climat entraînant un aire glaciaire.
Et du coup une extinction de masse.
Qui permettra le règne des insectes pour le prochain millénaire.
Vivement le saison 4 de Rick&Morty !!
BrownMan, Posté
Quel genre de fluide sortira de ce volcan ? Les indigènes de mayotte auront ils leurs part du baril de lave ou devront ils se contenter de la secousse quotidienne ? Après les essaims, les météorites, les volcans quel est le prochain phénomène astral qui s abattra sur mayotte ?
MOHAMED-NADHOIF, Posté
C'est intéressant comme informations malgré les enjeux
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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