Le label vert ne fait pas tout :

Pour les Réunionnais, manger bio c'est bien, manger local c'est mieux


Publié / Actualisé
Selon les chiffres révélés mardi 4 juin 2019 par l'Agence Bio, le bio représente désormais 5% des achats alimentaires des Français, avec près de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Or on confond souvent "bio" et "local". Dans l'imaginaire collectif, les aliments dits "chimiques", ce sont ceux qu'on trouve en grande surface, lisses et sans terre, parfois même emballés dans du plastique. Et les aliments dits "bio" sont surtout vus comme ceux que l'on trouve au marché. Mais attention à ne pas confondre les deux. A La Réunion, on cherche avant tout une production péi, et pas nécessairement une agriculture biologique... (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Selon les chiffres révélés mardi 4 juin 2019 par l'Agence Bio, le bio représente désormais 5% des achats alimentaires des Français, avec près de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Or on confond souvent "bio" et "local". Dans l'imaginaire collectif, les aliments dits "chimiques", ce sont ceux qu'on trouve en grande surface, lisses et sans terre, parfois même emballés dans du plastique. Et les aliments dits "bio" sont surtout vus comme ceux que l'on trouve au marché. Mais attention à ne pas confondre les deux. A La Réunion, on cherche avant tout une production péi, et pas nécessairement une agriculture biologique... (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

L’île est championne en terme de pesticides… Elle se classe 2ème parmi les départements français, derrière le Vaucluse, et devant la Martinique. C’est dans ces territoires que la vente de pesticides est la plus importante. Et ça, Arnaud, un consommateur régulier de fruits et légumes, l’a bien compris. "C’est compliqué à La Réunion, il y a quand même beaucoup de pesticides ici donc on a pas vraiment le choix. On fait comme on peut, on nettoie les fruits du coup."

Il opte donc pour le produit local, quel qu’il soit. "Je fais davantage confiance aux producteurs d’ici. Quand je vais au marché, la vendeuse voit que je m’intéresse, elle me fait goûter des nouveaux fruits. Il y a une vraie complicité qui se crée."

Idem pour Margaret, qui vit à Saint-Gilles. "Peu importe leur forme finalement, je choisis toujours mes fruits et légumes origine Réunion. Tant que je peux acheter local, j’achète local. C’est important pour les producteurs, pour faire marcher l’économie du pays." Quand on l’interroge sur le bio par contre, cette retraitée admet qu’elle ne fait "pas très attention à ça".

Tout le monde ne cherche pas l’étiquette verte

Le label n’est pas si simple à obtenir et les règles européennes sont assez strictes. Il est évidemment interdit d’utiliser des OGM (organismes génétiquement modifiés), des engrais artificiels, herbicides et pesticides. Il faut donc privilégier les engrais naturels et donc organiques, choisir des variétés résistantes pour limiter l’invasion des mauvaises herbes, des semences bio etc… Autant de règles qui peuvent en freiner plus d'un.

D'autant plus que le bio a aussi un coût pour le producteur. Il y a notamment des frais à avancer pour ceux qui souhaitent se convertir à l'agriculture biologique. Plusieurs centaines d’euros, en fonction de l’exploitation et des cultures en question. Selon David Morel, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'Agriculture de La Réunion, "ces frais peuvent ensuite être remboursés par le Département, qui subventionne les agriculteurs à hauteur de 600 euros". Ces sommes correspondent notamment au contrôle nécessaire par la suite dans les exploitations bio afin d’en faire le suivi.

Résultat le prix du produit évolue lui aussi, une récompense pour le producteur. "On n’a pas le droit de communiquer sur sa conversion bio avant le 13ème mois, mais on peut bien sûr en parler à l’oral, et sur les marchés, c’est un argument qui fonctionne", nous assure David Morel. Selon lui, les prix peuvent parfois évoluer du simple au double entre un produit classique et un produit bio. "Le label bio, c’est une preuve de qualité et de respect du cahier des charges aux yeux de l’acheteur."

Un marché qui augmente à La Réunion

Environ 340 producteurs sont "engagés dans une démarche biologique à La Réunion", nous explique David Morel. "C’est-à-dire qu’au bout de 2 ou 3 en fonction de leurs cultures, ils obtiennent le label bio". En tout, entre 400 et 500 hectares sont dédiés au bio sur l'île. Sur ces terrains, pas de pesticides.

Un chiffre en constante augmentation, selon David Morel. "L’année dernière on comptait environ 270 producteurs engagés dans une conversion bio. La progression est variable d’année en année mais dans tous les cas ça ne fait qu’augmenter." Pour l’île cette évolution est importante pour lutter contre l’omniprésence des pesticides dans les champs.

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Céline Maufras, responsable locale de l’entreprise La Ruche qui dit oui, spécialisée dans la distribution de paniers péi, nous confirme que le bio, c'est ce que viennent chercher les clients en priorité. Mais il suffit de rencontrer les producteurs pour adapter son avis. "Souvent ceux qui viennent nous voir privilégient le bio au début, mais quand on les met en relation avec les maraîchers, ils se rendent vite compte que même sans l’étiquette AB, beaucoup ont une agriculture responsable." Comprendre : le label bio ne fait pas tout. "Ne pas avoir la certification, ça ne veut pas dire qu’on vend des légumes chimiques."

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D’autant que les prix ne sont pas les mêmes. Exemple concret avec des pommes de terre. Bio, on les trouve à 3,74 les 500 grammes, contre 2,50 euros sans le label AB. Certains n’hésitent pas à préciser "légumes non traités" à défaut de posséder la certification officielle agriculture biologique.

Bio ou pas bio, ce genre de service de proximité plaît beaucoup à La Réunion. On compte 10 "ruches" sur l'île, et déjà 8.300 commandes auu premier trimestre 2019. 425 nouveaux clients se sont ajoutés à ceux déjà inscrits. La Ruche qui dit oui compte une progression de 42% par rapport à 2018, c'est bien la preuve que la production péi, ça parle aux habitants.

Rien ne vaut les légumes du jardin

Le plus simple reste toujours de cultiver son propre jardin… Micheline l’a bien compris. Son potager à Saint-Gilles-les-hauts est bien rempli : "Je cultive salade, brèdes, aubergines, persil, oignons, concombres, citrouilles, chouchou, pois, haricots…" Et puisque Micheline aime le travail bien fait, elle ne met jamais de produits sur ses légumes. "Parfois juste un peu de savon noir", admet-elle. Et le résultat est saisissant, ses légumes, 100% bio, ont un goût bien différent de ceux achetés chez le primeur : "Il y a beaucoup moins d’eau qui dégorge quand on les fait cuire, et leur saveur est bien plus prononcée."

Ce n’est pas un secret : les produits sont meilleurs quand ils viennent du jardin. Alors pour allier à la fois cette envie de légumes locaux, et responsables, à défaut de faire du bio, certains optent pour une agriculture "raisonnée". Pas de fameuse étiquette verte "AB", mais un usage d’engrais chimiques le plus limité possible, le choix du circuit court et une attention toute particulière donnée à la distribution des produits.

Exemple concret avec une marque réunionnaise appelée "Cueillettes péi", qui vend 21 variétés de tomates, des aubergines, concombres, poivrons, melons et fraises, issus d’exploitations situées à Saint-Louis, Saint-Leu, Saint-Pierre et à la Plaine des Cafres. En tout, près de 600 tonnes de fruits et légumes qui ont été produites en 2018 par cette société.

Le bio a ses limites

Cette agriculture "raisonnée" ou ces produits non traités ne valent pas moins que le bio. D’autant plus que l’agriculture biologique a ses failles. Le magazine 60 Millions de consommateurs a lancé une alerte, après un banc d'essai de 130 produits, et met notamment en garde contre le "faux bio". Le dernier hors-série dénonce "l'argument marketing de poids" du bio aujourd’hui.

Sa rédactrice adjointe, Christelle Pangrazzi, cite aussi plusieurs dérives, comme l'exploitation de travailleurs immigrés dans les champs ou l'utilisation de l'huile de palme, autorisée malgré le fait que sa culture participe à la déforestation. Or, ajoute-t-elle, "en optant pour le bio, le consommateur devrait avoir la garantie d'acheter responsable d'un point de vue aussi bien nutritionnel qu'écologique ou éthique".

Parmi les 130 produits testés par le magazine : le lait, le muesli, la pâte à tartiner, les pommes, mais aussi le vin, la viande ou le poisson. Ainsi, certains oeufs et laits contiennent plus de polluants en bio que leurs homologues conventionnels. Des huiles d'olive bio recèlent aussi des plastifiants, notamment des phtalates. Enfin, précise le magazine, "gâteaux, pâtes à tartiner ou plats préparés bio renferment tout autant de sucres, de gras et de sel que des produits non-bio".

Plusieurs points seraient donc à améliorer, comme l'utilisation des engrais et pesticides, l'exploitation intensive, l'impact carbone négatif des fruits hors-saison, la vente sous plastique de certains fruits et légumes bio.

Quand les champs bio côtoient les champs non bio

Autre problème : "rien n'interdit à l'agriculteur (bio) de s'installer sur un sol contaminé ou à proximité d'une source de pollution (dioxines, PCB)". Une assertion que la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB) a relevé : "alors que le label bio impose aux paysans et paysannes des exigences fortes de production, leurs animaux, leurs fruits, leurs légumes sont exposés à la pollution qui nous entoure, plus que des animaux élevés en batterie ou des fruits et légumes hors sol", indique t-elle. "La lutte contre la pollution de l'air, des sols et de l'eau doit devenir une priorité du gouvernement pour nous assurer à tous un environnement sain et durable".

"Ce n'est pas aux paysans et paysannes biologiques de faire les frais de la pollution générée par d'autres, le principe pollueur-payeur doit s'appliquer", explique Guillaume Riou, président de la FNAB, qui, par ailleurs, ne répond pas aux autres critiques de 60 Millions de consommateurs.

Enfin, le magazine rappelle que manger exclusivement bio est bien compliqué, "pour des raisons économiques, mais aussi parce que toutes les denrées ne sont pas disponibles". Autant de raisons qui poussent les Réunionnais à préférer souvent le local responsable au "100% bio", parfois trop utopique.

mm/www.ipreunion.com avec l'AFP / redac@ipreunion.com

   

2 Commentaire(s)

Aterla, Posté
2eme département français pour les pesticides...
Et l'article qui vante "responsable", "raisonné", "local"... en attendant cabris y mange salade traitée...
Je continuerai à prendre bio tant que le prix reste raisonnable, merci.

De toutes façons la Réunion n'a pas le choix: face à Madagascar qui saura produire plus, plus vite, moins cher, la seule solution pour les agriculteurs locaux sera (est déjà) de passer au bio: il faudra encore un temps avant que Madagascar puisse mettre en place une filière bio vérifiable.
Citoyen, Posté
Curieux ces consommateurs qui ne se soucient pas de manger de la "Merde", du moment qu'elle soit locale??
Les pesticides et les empoisonneurs ont de beaux jours à la Réunion