Observation des cétacés :

On voulait sauver la baleine, on sauvera finalement le business


Publié / Actualisé
Après une consultation citoyenne qui aura duré 7 jours, le verdict concernant le projet d'arrêté préfectoral sur l'approche des baleines est tombé. Il n'y aura finalement pas d'interdiction de baignade l'après-midi. Cette mesure - pourtant la plus forte - faisait partie de l'arrêté mis à disposition du public sur internet. Sans elle, le texte définitif est surtout une reprise de la charte d'observation et d'approche des cétacés déjà mise en place. Version officielle : limiter la mise à l'eau jusqu'à 13h était prématuré et risquait de provoquer une surcharge des sorties le matin. Version officieuse : il semble bien que ce soit surtout le business des sorties baleines qui ait gagné. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Après une consultation citoyenne qui aura duré 7 jours, le verdict concernant le projet d'arrêté préfectoral sur l'approche des baleines est tombé. Il n'y aura finalement pas d'interdiction de baignade l'après-midi. Cette mesure - pourtant la plus forte - faisait partie de l'arrêté mis à disposition du public sur internet. Sans elle, le texte définitif est surtout une reprise de la charte d'observation et d'approche des cétacés déjà mise en place. Version officielle : limiter la mise à l'eau jusqu'à 13h était prématuré et risquait de provoquer une surcharge des sorties le matin. Version officieuse : il semble bien que ce soit surtout le business des sorties baleines qui ait gagné. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

C'était une surprise pour tout le monde : contrairement à ce qui était stipulé dans le projet d'arrêté portant sur la réglementation de l'observation des cétacés, les baigneurs pourront continuer à patauger près des baleines l'après-midi. Il avait pourtant été envisagé de ne l'autoriser que jusqu'à 13h afin d'instaurer "une période de quiétude".

Du côté de l'association Globice (Groupe local d'observation et d'identification des cétacés), "on ne cache pas une certaine déception..." admet Jean-Marc Gancille, responsable sensibilisation. Deux mesures avaient été envisagées à partir de 13h : arrêter la mise à l'eau et allonger la distance d'observation de 100 à 300 mètres. Aucune des deux idées n'a été conservée.

L'association avait pourtant proposé des alternatives. Notamment l'idée de décaler la mise à l'eau de 9h à 15h, plutôt que de 7h à 13h. "Cela aurait été, je pense, moins contraignant pour les clubs et les plaisanciers", explique Jean-Marc Gancille. "D'un côté, ça laisse le temps à la baleine et potentiellement son baleineau de s'éveiller et ça leur laisse un peu de quiétude le matin. De l'autre côté, ça aurait permis aux observateurs de profiter de la journée jusqu'au milieu d'après-midi". Une alternative qui n'a pas non plus été retenue...

Quant à la justification de la "surcharge" en matinée, Jean-Marc Gancille se dit "mitigé". "Les opérateurs n'auraient pas pu de toute façon multiplier les balades". Le risque aurait peut-être concerné davantage les plaisanciers individuels qui louent un bateau...

Quoi qu'il en soit, le projet d'arrêté était "courageux", estime le responsable sensibilisation de Globice. Dommage de ne pas être allé jusqu'au bout... et dommage d'écouter les professionnels des sorties baleines plutôt que les professionnels de la protection des baleines...

A quand l'accident ?

La réalité des choses est bien là : l'observation des baleines, c'est un commerce juteux. Et c'est une vraie chance de pouvoir profiter de ce spectacle magique chaque année à La Réunion. Notre île est d'ailleurs l'un des 6 territoires au monde à autoriser la mise à l'eau en présence des cétacés. Alors limiter cette baignade, qui est rappelons-le, une activité de loisirs, aurait peut-être été judicieux afin de préserver cette chance que nous avons... et éviter tout accident malheureux qui pourrait conduire à la fin définitive de la mise à l'eau.

Car le risque est réel. Et le sous-préfet Olivier Tainturier l'a bien rappelé ce mercredi 12 juin : "Nous n'oublions pas les accidents de l'an passé, avec le coup de nageoire de la baleine Mereva, ou la triste histoire de ce baleineau dont le dos avait été labouré par une hélice de bateau..." Autant d'événements tragiques qui poussent à renforcer la sécurité selon lui. Mais pas assez pour limiter la mise à l'eau... Faut-il alors attendre un accident humain pour s'alarmer ?

Mereva en était pourtant la preuve vivante : les mises à l'eau à répétition peuvent profondément déranger les cétacés si elles ne sont pas faites dans de bonnes conditions. La préfecture dit redouter une "surcharge" des observations et baignades dans la matinée si la mise à l'eau est interdite après 13h, "ce qui aurait été contraire à l'effet souhaité", ajoute le sous-préfet.

C'est donc la version officielle. Peut-on imaginer une version officieuse ? Celle qui dirait par exemple que la préfecture aurait cédé face à la pression des clubs nautiques ? "La vie ce n'est pas que des rapports de force", se défend Olivier Tainturier, qui dément toute pression et parle simplement d'une mesure "prématurée". Une étude d'impact devrait être menée d'ici l'année prochaine afin de savoir si une mise à l'eau uniquement le matin pourrait concrètement améliorer le bien-être des baleines ou non.

L'observation des baleines, une activité "florissante"

Une chose est sûre, cette mesure, si elle passe un jour, aurait un effet néfaste sur le commerce des sorties baleines. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 15 ans, l'activité du "whale watching" (observation des baleines) a explosé. En 2003, on comptait 2 entreprises qui organisaient ce type de sorties. Aujourd'hui on en dénombre plus d'une centaine, clubs de plongée, associations, clubs nautiques etc... "Les sorties baleines représentent 30 à 40% de leur chiffre d'affaires annuel", estime le sous-préfet de Saint-Paul, qui parle lui-même d'une "activité florissante". Sachant qu'une sortie baleines varie souvent de 20 à 60 euros par personne, à raison de deux vagues de sorties par jour pour les clubs, on imagine bien...

Certes, cet arrêté est censé aller au-delà du cadre "business" et s'attaquer à la partie sécurité, en encadrant l'observation des cétacés sur d'autres points. La mise à l'eau doit se faire obligatoirement vêtu d'une combinaison, et elle devient interdite pour les mineurs de moins de 8 ans. Et le non-respect de l'arrêté est désormais sanctionnable. Montant de l'amende ? 38 euros. Cela suffira-t-il à responsabiliser les plaisanciers ? Pas sûr...

Il est donc assez évident que sans la mise à l'eau, l'arrêté ressemble davantage à un copié-collé de la charte déjà existante. Il en reprend les règles en terme de distance, de nombre de navires autorisés ou de durée de mise à l'eau...

Les clubs sont mitigés

Certains clubs, bien sûr, se réjouissent. Ils pointaient du doigt la limitation à 13h qui risquait de créer de gros problèmes d'organisation. Certains petits clubs, ou clubs de plongée associatifs ont par ailleurs abordé le problème suivant : le matin étant habituellement réservé aux plongées bouteille, pour des raisons météo, il aurait été difficile pour eux de gérer sur une même matinée les sorties baleines (en palmes, masque et tuba).

D'autres se disaient prêts. L'un de ces clubs, situé à Saint-Gilles-les-Bains, explique qu'il aurait été assez facile de s'organiser. "On aurait pas tellement eu le choix", reconnaît Alain, le patron du club. "Mais honnêtement on aurait fait avec. Au lieu de faire une sortie le matin et une sortie l'après-midi, on en aurait fait deux le matin en commençant plus tôt. On se serait débrouillés."

En l'occurrence, il doute sérieusement de l'intérêt d'un arrêté. "Nous les clubs nous faisons attention. Les combinaisons obligatoires par exemple, ça fait longtemps qu'on le faisait, on était dans les clous depuis un bon moment." Mais à force de rencontrer chaque année des individuels qui "ne respectent rien", il est persuadé que ce ne sera pas une amende de 38 euros qui poussera les gens à faire plus attention.

Un autre club, situé également à Saint-Gilles, s'étonne de voir que l'on ne parle jamais de pollution sonore. "On fait tout à l'envers", estime son responsable, qui a choisi de ne pas faire de sorties baleines. "Il y a d'autres choses beaucoup plus importantes à étudier en priorité." Et l'association Globice est plus que d'accord : "les menaces sonores sont identifiées depuis un certain temps déjà".

L'étude d'impact de la mise à l'eau, elle, devrait être menée dans les 12 mois qui arrivent... Voyons alors si dans un an les choses auront bougé. Mais il va falloir être patient...

www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

CECCU, depuis son mobile, Posté
Pauvre que vous êtes.....Comme d'habitude à la Réunion le Fric a eu le dernier mot vous savez ce qu'il vous reste a faire.....ne pas y allez et ......bloquer le port le matin avec des petites embarcations pour ralentir l'activité ou autres choses qui les empêchent de sortir
Bibik, Posté
tous pourris.. où est L'ACSp sur toutes les dérives actuelles, manque d'équité sur les dossiers environnementaux: ti colon i paye, gros zozos i kontinué..!! tous des Vendus
Bruno, Posté
Une présentation à sens unique qui oublie complètement toute pédagogie.
Le vrai visage de "Globice" au final est en faveur des plus riches et des dérogations.
Merci à la seule association de la Réunion (Association Citoyenne de Saint-Pierre) qui a eu le courage d'exprimer publiquement son avis lors de la consultation publique. Un avis bien plus ouvert vers la pédagogie à destination de toute la population, et sans exclusion.