Encore très chère, elle n'est pas accessible à tout le monde (actualisé) :

Agriculture bio : bon pour la santé, mauvais pour le portefeuille


Publié / Actualisé
Les produits bio ont le vent en poupe. A La Réunion, ils commencent à se faire une vraie place dans nos assiettes, via notamment les circuits courts qui consistent à aller chercher son petit panier de légumes directement apporté par le producteur. Mais leur prix n'est pas toujours abordable... en tout cas les produits bios sont pour l'instant réservés à une petite catégorie de la population. Alors pourquoi le bio est-il aussi cher ? Coût de production, rareté sur le marché, début de la transition à La Réunion... on vous explique tout. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les produits bio ont le vent en poupe. A La Réunion, ils commencent à se faire une vraie place dans nos assiettes, via notamment les circuits courts qui consistent à aller chercher son petit panier de légumes directement apporté par le producteur. Mais leur prix n'est pas toujours abordable... en tout cas les produits bios sont pour l'instant réservés à une petite catégorie de la population. Alors pourquoi le bio est-il aussi cher ? Coût de production, rareté sur le marché, début de la transition à La Réunion... on vous explique tout. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Environ 340 producteurs réunionnais sont engagés dans une démarche biologique aujourd'hui. L’année dernière on en comptait environ 270. Le bio prend donc place peu à peu sur l'île. Une bonne nouvelle pour les anti-pesticides, alors que l'île est le deuxième plus gros département français utilisateur de glyphosate.

Petit problème : le bio plaît, mais il reste dédié à une petite partie de la population, celle qui a les moyens de s'acheter ces produits. Et vu les prix, ce n'est pas donné à tout le monde. Il faut être prêt à mettre la main au porte-monnaie pour s'offrir 500 grammes de pommes de terre 4 euros ou même une pintade 30 euros. Ces prix, on ne les invente pas, ce sont ceux qu'on retrouve en AMAP (association pour le maintien d'une agriculture de proximité).

Attention aux abus

A "La Ruche qui dit oui", chaîne de circuits courts qui se répand en 10 lieux sur l'île, on nous explique que ce sont les producteurs qui fixent leur prix et que la Ruche ne touche à rien. "Ce sont les éleveurs ou maraîchers qui déposent leur catalogue de prix sur notre site", explique Céline Maufras, responsable locale. "Après, évidemment, on se permet de les contacter si on constate que leurs prix sont étonnamment élevés."

C'est déjà arrivé plusieurs fois, Céline Maufras se rappelle notamment d'un maraîcher qui vendait ses fraises bio 6,20 euros la barquette. "Contre 2,50 euros au marché forain... la différence nous avait semblé un peu excessive." Les organisateurs prennent aussi en compte les remarques des clients, qui font un retour constant sur leurs produits. Si en consultant le catalogue, certains prix leur paraissent abusifs, ils peuvent le faire remonter jusqu'au producteur, qui décide de les baisser... ou pas. "C'est déjà arrivé que des producteurs ne souhaitent pas faire baisser leurs prix et n'écoutent pas nos remarques. Dans ce cas, on ne fait plus affaire avec eux" explique la responsable.

Un mode de production bien différent

Pour Bruno Robert, vice-président de la Chambre d'Agriculture, c'est logique. "Il faut rester cohérent, on ne peut pas vendre un produit bio seulement 10 centimes plus cher qu'un produit industriel vu le travail que ça demande." Le mode de production est en effet bien différent. "En agriculture dite conventionnelle, l'objectif c'est la quantité, donc la fertilisation sera forcément différente, et on utilisera volontiers des produits phyto-sanitaires. Des outils qui ne sont pas autorisés dans le cahier des charges de l'agriculture biologique."

Le bio pas cher, on l'aura compris ça n'existe pas. A surface égale, la production bio est donc moins fournie. C'est la question de l'offre et de la demande : les prix sont plus chers. Cela fait sens aussi pour Céline Maufras de La Ruche qui dit oui. "Laisser le producteur décider de ses prix, c'est aussi notre point fort. C'est ce qui nous différencie des grandes surfaces. Le but c'est qu'un exploitant soit gagnant."

Dans l'exploitation de Sandrine Baud, à Saint-Pierre on fait du "100% bio". Aujourd'hui, elle fait de la vente sur place et passe par une AMAP. "Je suis une fervente militante de l'agriculture biologique" explique-t-elle. Là-bas elle produit des asperges, des mangues, des haricots, des concombres, des bananes... et quand on produit sans pesticides, l'effort humain est forcément plus important. "Ça n'a rien à voir avec l'agriculture conventionnelle", nous dit-elle, "Pour désherber, il faut compter un bon quart de main d'oeuvre en plus. Certains disent le double, mais avec un bon paillage on peut s'en sortir." Plus de main d'oeuvre, plus de frais, c'est mathématique.

Le rendement aussi est différent. "Avant j'étais déjà dans une démarche agro-écologique, et je récoltais 20 kg de tomates au mètre carré, aujourd'hui c'est 12 kg." Pourtant, contrairement à ce que l'on peut penser, bio ne signifie pas nécessairement baisse de production. Pour certains légumes, même si ce n'est pas une généralité, c'est même l'inverse : "mes haricots et mes concombres poussent beaucoup mieux désormais." Pour elle, c'est une question de patience et de savoir-faire : avec un bon compost, pas besoin de fertilisants chimiques.

Des prix amenés à diminuer

Pour Bruno Robert, ces prix assez élevés ne sont pas une fatalité. "On est encore au début de la transition bio. Quand ça sera davantage installé sur l'île, les prix vont baisser, mécaniquement, puisque les producteurs bios seront plus nombreux." Cependant le milieu tropical rend l'agriculture biologique plus difficile, car se passer de pesticides relève parfois du défi étant donné les parasites extérieurs. Sans parler des champs que l'on a envie de fertiliser au plus vite, pour rattraper une récolte perdue à cause d'un cyclone...

Pour l'instant le bio concerne davantage les productions "faciles" type bananes, letchis, chouchoux. Pour les autres, oui il y a un effort à fournir. "C'est un vrai choix de vie de produire et de consommer bio", avoue Bruno Robert.

Notre productrice du Sud, Sandrine Baud, estime que les prix ne sont pas toujours supérieurs à ceux des marchés. "Chez moi la roquette pousse très bien par exemple, donc je la vends 2,5 euros les 100 grammes et en chargeant les sacs des consommateurs, il y a souvent plus de 100 grammes... je ne suis pas si loin des prix de l'agriculture conventionnelle."

Tout est question du temps passé sur ses légumes aussi. "Une courge classique, je vais la vendre 4 euros le kilo. Mais si je passe plus de temps dessus, que je bloque une parcelle pour arriver à 6 mois de maturation, dans ce cas ce ne sera pas la même taille ni la même qualité, donc je la vends à 7 euros le kg."

Le label bio, cher lui aussi

La filière bio est accompagnée, assure le vice-président de la Chambre d'Agriculture, "au niveau des aides européennes, du POSEI (Programme d'Options Spécifiques à l'Eloignement et à l'Insularité, ndlr), et du Département qui rembourse le label". Pour les producteurs qui souhaitent se convertir au bio, il y a notamment des frais à avancer : plusieurs centaines d’euros, en fonction de l’exploitation et des cultures en question. Le Conseil départemental, lui, rembourse les agriculteurs à hauteur de 600 euros. A condition d'être réactif...

En effet, Céline Maufras a déjà vu des situations dans lesquelles la subvention tardait trop, ou n'arrivait jamais... "Ça reste quand même de la théorie, c'est dommage... après le label bio ne fait pas tout. Certains agriculteurs ne sont pas certifiés, pourtant ils font le même travail que des producteurs bio." D'autant plus que les Réunionnais sont pour l'instant davantage sensibles à l'aspect local qu'à l'aspect nécessairement biologique.

Lire aussi : Pour les Réunionnais, manger bio c'est bien, manger local c'est mieux

mm/www.ipreunion.com/redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Bruno, depuis son mobile, Posté
A l ' époque, nos anciens utilisaient le fumier pour faire du naturel. Le champ se préparait ainsi :avant la labour, la parcelle était propre et le fumier était déposé sur le champ. Deux mois après la labour faisait son travail. Ensuite il fallait attendre encore un peu de temps, les fraises faisaient le reste.Emietage de la terre, plantation des légumes, fruits, épices etc...Un arrosage quotidien et c'est tout .IL n'y avait pas de cancer comme aujourd'hui et les gens marchaient beaucoup plus. Les confitures étaient excellentes et nous avions des réserves pour l' hiver.
Tristan , Posté
Effectivement, niel le milliardaire est heureux que vous achetiez à la ruche, ça l'enrichit.
"La Ruche qui dit oui"? , Posté
laruche qui dit oui a ete developpé par Xavier Niel le sponsor de macron; C'est l'uberpop du bio. sans moi