Une cinquantaine de mesures en réflexion (actualisé) :

Maladies bovines: un plan d'assainissement dévoilé fin septembre


Publié / Actualisé
L'Etat réfléchit toujours à un plan pour faire face aux maladies bovines à La Réunion. Le projet, qui contient pour l'instant 53 mesures, est encore en cours d'élaboration et devrait être présenté d'ici fin septembre - début octobre. Dans les locaux de la DAAF (Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt de La Réunion), on ne parle plus "d'éradication" mais plutôt "d'assainissement". Si les services sanitaires continuent de maintenir que la leucose ne provoque pas directement la mort de l'animal et ne peut absolument pas être transmise à l'humain, un plan est quand même envisagé pour résoudre la crise de confiance qui règne aujourd'hui face au boeuf péi.
L'Etat réfléchit toujours à un plan pour faire face aux maladies bovines à La Réunion. Le projet, qui contient pour l'instant 53 mesures, est encore en cours d'élaboration et devrait être présenté d'ici fin septembre - début octobre. Dans les locaux de la DAAF (Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt de La Réunion), on ne parle plus "d'éradication" mais plutôt "d'assainissement". Si les services sanitaires continuent de maintenir que la leucose ne provoque pas directement la mort de l'animal et ne peut absolument pas être transmise à l'humain, un plan est quand même envisagé pour résoudre la crise de confiance qui règne aujourd'hui face au boeuf péi.

"La leucose ne tue pas les vaches". C'est l'argument répété encore et encore par la DAAF, y compris devant les associations de consommateurs rencontrées ce vendredi 30 août 2019. Selon Philippe Simon, directeur, la leucose a "un impact prudentiel" lié aux doutes croissants du consommateur face au boeuf péi. "Il n'y jamais eu de preuve que la maladie tuait l'animal", ajoute-t-il.

A ses côtés Loïse de Valicourt, cheffe de service Alimentation à la DAAF et docteure vétérinaire. "Il faut aussi faire attention au mot maladie. La leucose provoque une leucémie chez l'animal et donc des ganglions mais dans de très rares cas. "On estime à 1 ou 2 sur 5000 le risque de développer la maldie" ajoute-t-elle. Dans ce cas cela doit être repéré par l'éleveur bien avant que la vache n'arrive à l'abattoir. Si toutefois cela n'est pas fait, la viande de l'animal est retirée de la consommation."

Le boeuf péi en crise

Le risque de transmission à l'homme est nul, répète-elle elle aussi. Toujours est-il que la crise de confiance des consommateurs, elle, est bien réelle. D'où l'utilité de ce plan leucose selon le directeur de la DAAF. "Nous sommes là pour répondre aux attentes des consommateurs. Même sans risque pour l'être humain, aujourd'hui les consommateurs nous disent : nous ne voulons pas de cette viande issue de vaches malades. On vise donc à assainir les cheptels réunionnais."

Pour le lait, seul 20% proviennent de La Réunion. 18,2 millions de litres de lait ont été livrés l'année dernière, contre 25 millions au début des années 2000. Le nombre d'élevages laitiers, lui, est passé d'une centaine à 68 aujourd'hui. La production de viande, elle, a chuté de 50%.

Comment faire dans ce cas ? Un "plan leucose" avait été évoqué il y a environ trois mois. Par bruits de couloirs, et révélations anticipées venant du maire du Tampon, nous avions appris que l'Etat envisageait une éradication de la leucose, en "sortant" les bêtes malades pour faire entrer dans les cheptels des bêtes saines.

Finalement aujourd'hui la DAAF ne parle plus d'éradication, mais préfère le terme assainissement. "Si les vaches sont des porteuses saines de la leucose ou d'autres maladies, c'est-à-dire que la maladie n'est pas 'activée', aucune raison de les euthanasier", estime Loïse de Valicourt. "On va plutôt essayer de s'attaquer aux parasites qui transportent la maladie."

La question de faire entrer des bêtes saines dans les cheptels est toujours d'actualité. "Cinq veaux sur six naissent négatifs, il faudrait donc les isoler pendant deux ans, sans être au contacter des animaux positifs, et petit à petit assainir un cheptel de cette manière. Au mois d'août 2018 nous l'avons fait dans un élevage de la Plaine des Cafres, ça a très bien marché", assure la docteure vétérinaire. Un cheptel pourrait, selon la DAAF, être assaini de cette manière en 3-4 ans.

Une cinquantaine de mesures évoquées

Cette action devrait se faire en trois temps, selon Philippe Simon, qui précise que ce "plan global de maîtrise sanitaire" – son nom officiel – ne porte pas que sur la leucose, "il porte sur toutes les maladies bovines", précise-t-il. "Ces trois temps seront décrits plus tard, quand le plan sera finalisé et présenté fin septembre ou début octobre."

En tout, 53 idées sont en cours d'expertise. "Avoir une idée c'est bien mais il faut une adhésion des agriculteurs, des coopératives SICALAIT et SICAREVIA, des partenaires financiers, mais aussi des transformateurs et des consommateurs" explique le directeur de la DAAF.

Le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) accompagne ce dispositif, via la mesure "bâtiments d'élevage", avec la modernisation des infrastructures, qui participe à la lutte contre les maladies bovines, via aussi les éleveurs eux-mêmes avec la gestion de l'élevage et des structures plus adaptées. La question des aides attribuées aux agriculteurs devrait donc faire partie des actions évoquées.

Les associations sceptiques

En sortant de réunion, le président d'UFC Que choisir Réunion Jean-Pierre Lajoy était partagé : "nous avons eu un certain nombre de réponses, mais si la leucose est éradiquée en France, ce n'est pas normal qu'elle ne le soit pas à La Réunion. Les règles qui s'appliquent en métropole doivent s'appliquer ici."

En métropole en effet, la présence de la leucose entraîne la suppression du cheptel. "Cela avait été fait en métropole pour de pures raisons économiques, car la présence de la leucose dans certaines élevages entraînait des problèmes de concurrence face à ceux qui ne l'avaient pas", explique Bertrand Guizard, directeur adjoint de la DAAF. A La Réunion, ce problème de concurrence n'existe pas. Cette différence de traitement date d'ailleurs d'un arrêté préfectoral datant de 2017.

Les associations applaudissent le fait que l'idée d'un plan d'assainissement soit conservé, mais regrette ne pas avoir eu plus de garanties. "On nous parle de problèmes de financements pour l'instant et de mesures qui doivent encore être débattues" explique Jean-Pierre Lajoie.

Lui et Jean-Pierre Lajoie appellent les consommateurs à suivre le "principe de précaution". "Il faut faire attention", maintient Philippe Courquer. "On nous dit qu'il n'y a pas de transmission possible aux humains, mais nous sommes très sceptiques. Ils se contredisent dans leur argumentation : ils disent que la leucose n'a aucun effet sur la consommation, et à côté on prépare un plan d'éradication."

Autre raison de leurs doutes : la mortalité bovine à La Réunion, supérieure à la métropole. Pour les vaches laitières, le taux de mortalité est de 11,7% sur l'île contre 5,9% sur l'hexagone, soit le double. Selon la DAAF, cette différence est essentiellement dûe à des problèmes d'infrastrucures, qui renforcent le risque d'accidents des vaches, mais sûrement pas à la leucose.

Concernant les morts "inexpliquées" de vaches

Pour le président de l'association CLCV Réunion, Philippe Courquer, les résultats des mesures déjà mises en place se font discrets : "Le taux de leucose dans les cheptels de La Réunion ne fait qu'augmenter, on est à 81% aujourd'hui, selon la dernière campagne de prophylaxie." Il ajoute à ça les différents cadavres de vaches retrouvés dans certains élevages. Des morts que l'ADEFAR avait qualifié d'énigmatiques, tout en évoquant un lien entre la leucose et ces morts à répétition.

Sujet sensible du côté de la DAAF. Loïse de Valicourt s'est rendue plusieurs fois sur le cheptel des Lauret, à la Plaine des Cafres, qui compte une dizaine de vaches mortes depuis le début de l'année. "J'ai inspecté moi-même les vaches des Lauret, et je peux vous garantir qu'aucun cadavre n'est mort de leucémie et donc de la leucose" explique-t-elle.

"Ce que j'ai vu était lié à des défauts de surveillance, comme un accident de vêlage parce que la vache n'est pas surveillée et que le veau reste coincé, ou encore des vaches atteintes de mammite, des animaux extrêmement maigres, même des morsures de chiens…" Des problèmes de soins de la part des éleveurs selon elle et surtout pas à cause de la leucose. "Je le redis clairement : on ne meurt pas de la leucose. Pas les vaches, encore moins les humains."

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Eugenia, Posté
M. Courquer donne le chiffre de 81 % de vaches leucosées; mais ce qu'il ne dit pas c'est que ce chiffre ne concerne que les vaches laitières. Pour les boeufs destinés à faire de la viande de boucherie, ce taux n'est que de 14 % (voir focus leucose, question 10, publié sur le site Internet de la préfecture de la Réunion). Quelles sont donc les intentions de M. Courquer en donnant une image plus dégradée que la réalité ? Est-il vraiment impartial ? On voit que la DAAF a voulu faire acte de transparence en rencontrant les représentants des associations de consommateurs. Sur la base des échanges, il me semble que ceux-ci auraient dû s'abstenir d'exprimer le sentiment "des consommateurs" sans avoir au préalable rendu compte de ces échanges devant leur base. En s'exprimant ainsi, ils ne donnent que leur propre point de vue, qui était de toute façon visiblement orienté. Ce n'est le point de vue que de deux personnes, et non celui des consommateurs. Tout cela n'est qu'une triste mascarade offerte par deux retraités qui ne représentent qu'eux-mêmes.
Guénec, Posté
53 mesures il faut en mettre 54 n° 1bis baisser les prix . 20 â"¬ le kilo c'est trop pour de la viande produit local J'ai trouvé de la viande réfrigérée de très bonne qualité provenance FRANCE a 10 euros et de NAMIBIE ou est l'erreur
SOWETO, Posté
La leucose bovine enzootique est une maladie contagieuse des bovins qui se transmet par des piqÃ"res d'insectes et notamment les tiques (Amblyomma variegatum et Boophilus microplus) mais aussi par les mouches piqueuses du bétail (Stomoxys calcitrans et Stomoxys nigra qui pullulent ici à la Réunion) et aussi par les voies iatrogènes (aiguilles des seringues utilisées plusieurs fois...), le taux d'infestation est proche de 80% des troupeaux. L'éradication de cette maladie à la Réunion est une utopie tant qu'une action conjuguée de lutte ne soit menée contre les vecteurs cités plus haut et le dépistage systématique des bovins porteurs du virus n'est pas mise en place. A la réunion la réglementation n'est pas respectée tant pour la lutte des maladies réputées contagieuses que pour les maladies transmises lors de la monte publiques (le contrÃ'le des taureaux reproducteurs). Les autorités oublient souvent que la Réunion est une île donc un milieu fermé et que toute introduction d'animaux ou de plantes vivants est la voie élective d'entrée des maladies. Monsieur le Préfet nie ce principe fondamental qu'on apprend à l'école que la porte d'entrée des maladies est l'importation des plantes et des animaux vivants. A méditer aussi sur les raisons pour lesquelles en France, on lutte contre la LBE, raisons zootechniques ou sanitaires. La LBE affaiblit l'organisme du bétail et fait le lit de nombreuses autres maladies souvent mortelle. Il semblerait qu'il existe un lien entre les cancers du sein et la consommation du lait renfermant le virus de la leucose. Peut-on mener cette enquête à la réunion pour comparer le taux de cancer du sein par rapport à celui de la métropole, en Chine on ne boit pas trop le lait et il n'y a peu de cancer du sein.
Dans les années 90, la Daf de l'époque a missionnée un chercheur de l'IMVT pour mener une enquête parasitaire à la Réunion. Ce remarquable travail dirigé par le Dr Nicolas Barré a fait l'objet d'un rapport dont la conclusion est simple : En milieu tropical, le principal fléau de notre élevage reste les problèmes parasitaires tant externes que les parasites internes qui déciment directement et indirectement nos troupeaux.
Ses travaux terminés le Dr Barré a proposé des solutions d'éradication et de lutte notamment par l'introduction de parasitoïdes (Tachnephagus et Spalangia) pour venir à bout de ces parasites dans le cadre d'une lutte biologique contre les mouches piqueuses des bovins. Malheureusement on n'entend plus parler des lâchers ou d'élevage de ces parasitoïdes alors qu'à l'Ile Maurice la lutte biologique a porté ses fruits contre les mouches qui transmettent la maladie du Surra.
D'autres pistes existent mais cela demande des investissements que la Région n'est pas prête de financer notamment la recherche de l'existence d'un champignon entomopathogène qui pourrai venir à bout de nos mouches piqueuses qui transmettent des maladies souvent mortelles à notre bétail.
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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